Reactionism Watch

Centre de Surveillance de la Droite Internationale

Articles Tagués ‘Afghanistan’

Une histoire rocambolesque

Publié par sylvainguillemette le 10 août, 2011

Si Hollywood semble répétitive depuis quelques années, remuant ici et là, quelques vieux scénarios pour les accorder à travers le temps, les forces de l’O.T.A.N., elles, ne semblent pas souffrir de carence en la matière.

La mort de Ben Laden

Tout d’abord, notre cher Ossama meurt d’une «brave attaque» des forces spéciales états-uniennes, spécialement habilitées à manier les armes, mais pas les appareils photo, qui  auraient su prouver leur prétention d’avoir débarrassé la Terre d’une crapule devenue, cela dit,  l’outil désuet de la bourgeoisie de Wall Street.

Mais il n’en est rien, le pauvre agent de la CIA serait décédé d’une insuffisance rénale, selon bien des sources beaucoup plus pertinentes, dont celle-ci.

La mort des forces spéciales ayant tué Ben Laden

Fin de semaine dernière…, je suis devant la télévision et j’apprends la nouvelle de l’écrasement d’un hélicoptère dans la région de l’Afghanistan sans trop de stupeur. Mais à ce moment là, je ne suis pas au courant que les victimes sont précisément, les «forces spéciales» ayant tué le barbu si célèbre. Mais soit, ce sont eux, paraît-il. Alors j’acquiesce d’abord pour ma part, la mort de «certaines forces spéciales», parmi tant d’autres…, vu le budget dépensier de l’Empire. Mais non, ce sont bel et bien les forces ayant tué le barbu… Le tout se confirme, la source? L’OTAN, Washington plus précisément.

Hmmm…, quelque chose pue déjà….

La mort du «gars» qui a tiré la roquette sur l’hélicoptère des «gars» qui ont tué Ben Laden

Je viens d’arriver de faire mon temps chez mon employeur. J’ouvre la télévision, comme à l’habitude, voir ce qu’«ils disent» sur ce qu’il se passe dans le monde.

Qu’est-ce que je vois au bas de l’écran, dans le fil de presse? L’OTAN a perpétré une opération spéciale et a réussi à abattre, sans farce là, le «gars» qui tenait le lance-roquette RPG-7 et qui a appuyé sur la détente de ce dernier pour descendre le transporteur de troupes, mieux connu sous le nom de Chinook CH-47, un bimoteur rendu populaire pour son efficacité en milieu de combat.

On nous prend pour des cons. Comment ont-ils réussi à identifier le type? Il avait une barbe? Un RPG-7 à l’épaule? Le RPG-7 est l’arme antichar la plus répandue dans le monde, en Afghanistan également, bien évidemment! Les Russes fabriquent ces armes et  en ont laissé des beaucoup d’exemplaires lors de leur retraite précipitée. Il n’y a donc pas de quoi s’étonner, qu’un type dans un territoire occupé, ait porté une arme identique à celle qui aurait, selon LA SOURCE TRÈS FIABLE qu’est l’OTAN, buté un hélicoptère de la coalition de pilleurs et de tueurs que sont les membres de l’OTAN.

Et d’autre part, l’OTAN abat souvent des troupes en Afghanistan et dans certaines régions pakistanaises, contrôlées par les Talibans et des factions hostiles aux forces impérialistes, grâce aux drones particulièrement. Ils n’en font pas toujours une mention aussi vantarde. Ils cachent plutôt les bilans plutôt tristes qu’occasionnent ces ADM dernier cri, contrôlés à distance, parfois d’un pays  lointain.

Et soyons franc, la guerre, ce n’est pas comme dans un jeu vidéo. Il n’y a pas de «TAG» au-dessus des joueurs pour les identifier, il n’a donc certainement pas été possible d’identifier celui qui a descendu le CH-47, encore moins lorsqu’il était en retraite, à des kilomètres de là, où ses déguisements auraient également pu laisser place à d’autres.

C’est qu’on nous prend vraiment pour des cons.

Conclusion

Il faut peut-être s’attendre à ce que le «gars» qui a tiré le «gars» qui a tué «les gars» qui ont tué le gars, se fasse, lui aussi, tuer par un autre «gars»…

Ne posons pas trop de question…, ils feraient un génocide pour taire la vérité!

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Afghanistan, le bilan canadien

Publié par sylvainguillemette le 12 juillet, 2011

Voilà que se termine une mission impérialiste pour en débuter une autre, plus profondément marquée celle-là, par l’idéologie des partis au pouvoir dans nos pays occidentaux, membres de l’O.T.A.N..

Car en effet, au bien triste bilan de la mission afghane pour le Canada et ses alliés, s’ajoutera à l’histoire triste du capitalisme la mission Libyenne, visant à stopper les initiatives économiques de Muammar Kahadfi pour libérer l’Afrique de toute ingérence économique des pays occidentaux. Et si certains soulignent qu’il a usé de la force pour réprimer ceux qui en usèrent avant lui, ils n’en sont pas moins muets lorsqu’on leur demande comment réagiraient les autorités des pays de l’O.T.A.N. si des rebelles armés d’armes lourdes et légères (un AK47, c’est une arme légère…) attaquaient les villes, les policiers et les militaires de leur pays. Ils leur lanceraient les fleurs? Ou le pot?

Mais revenons plutôt à cette mission afghane, qu’on dit terminée.

Quel en est son bilan? Quels sont les gains, non pour les pays de l’O.T.A.N., nous y reviendrons, mais pour les Afghans eux-mêmes? Qu’y ont-ils gagné?

Gain Pour Les Afghans?

Une démocratie? Pas vraiment. Hamid Karzaï ne fut jamais élu, mais fut plutôt installé dans son socle, comme le dictateur du pays, par les pays occupants, membres de l’O.T.A.N..

En effet, rappelez-vous le début du mandat de George Walker Bush Jr, la maison blanche envoie Hamid Karzaï, à titre de consultant pour UNOCAL, une branche de Chevron qui sera dissoute une fois passées les négociations avec ce que nomme à l’époque le gouvernement Bush, le «gouvernement Taliban». Bref, Karzaï tente de convaincre, vainement, les Talibans de laisser passer un oléoduc  sur leur territoire. Il ne le dit peut-être pas alors, mais le projet consiste à contrer le marché russe de Gazprom, qui domine alors le marché européen. L’affaire ne fonctionne pas et Karzaï rebrousse chemin. On connait la suite. Il sera installé à titre de président de l’Afghanistan, via des élections truquées qui feront pour l’O.T.A.N., office de démocratie (Ça vous donne une idée des potentialités en Libye…). Or, les boîtes de scrutin n’ont jamais dépassé les quelque points de contrôle de l’armée d’occupation et le dictateur finira par contracter sur internet, le surnom de «maire de Kabul», vu le si faible appui reçu dans les faits apparents.

Ils ont gagné quoi sinon? La sécurité? Pas du tout, même qu’au contraire, les attaques se font de plus en plus fréquentes, et précises surtout. Les rebelles afghans sont toujours aux portes de Kandahar, de Kabul et des autres grandes villes du pays. Ils titillent les forces de l’O.T.A.N., à faibles coûts, en lui lançant de temps à autre des obus sur la tête. Juste pour dire qu’ils y maintiennent un continuel combat, permanent. Sinon, les bombes artisanales, les «Improvised Explosive Device», font énormément de victimes chez les soldats afghans et les troupes de l’OTAN. La sécurité ne peut donc pas servir de base argumentaire à ceux qui sont fiers de cette mission, impérialiste, de toute évidence.

Et que dire du marché de l’opium, ayant explosé depuis la présence des forces de l’OTAN en Afghanistan? Plus de 90% de l’opium mondial est fourni par l’Afghanistan, où des proches du dictateur Karzaï (Ahmed Wali Karzaï) s’occupent des affaires lucratives, tant pour eux, que pour la CIA. Il faut savoir que l’opium avait pratiquement disparu du marché afghan, sous le règne des Talibans, et qu’on ne peut donc pas leur imputer cet ouvrage.

Et l’eau? Coca-Cola s’occupe déjà de l’affaire, en puisant dans la nappe phréatique, le nécessaire aux agriculteurs et aux éleveurs.  Certes, un barrage, des routes et des sentiers furent inaugurés au pays depuis son invasion, mais cela ne limite aucunement la fameuse compagnie de boisson gazeuse à piller la ressource la plus indispensable de l’Afghanistan, son eau raréfiée.

Et ces routes, qu’en est-il? Un camarade à moi, vétéran de cette guerre sale, jadis artilleur des Forces Armées Canadiennes, me décrivait la scène. Des routes, avec aux quelques kilomètres, des «Checkpoints» improvisés, illégaux, où les «valeureuses» forces afghanes pillent les gains contractés par les Afghans sur leur retour du labeur, à la maison… Voilà pour les seules routes empruntables et praticables!  Et encore faudra t-il les surveiller pour vrai, après le départ des troupes étrangères…

Sur les bases de l’O.T.A.N., des Afghans y travaillent, dont des enfants, aux côtés des forces afghanes y étant entraînées. Ce même ami à moi, y a été témoin de viol collectif sur des  jeunes garçons, ceux-là, payés pour nettoyer la vaisselle. En effet, il a bien vu des soldats afghans violer collectivement un de ces jeunes et après en avoir discuté avec son supérieur immédiat, il s’est fait dire de se mêler de ses affaires. Son envie de vider son chargeur sur les violeurs se cachait mal… Voilà pour le travail offert aux braves Afghans! Voilà pour les valeureuses troupes du dictateur Karzaï!

Et la démocratie? Quelle démocratie?!? Comment peut-on faire part d’une quelconque démocratie dans de telles circonstances? Comment peut-on faire croire aux masses que la liberté d’expression y est respectée, ou qu’il y a eu une réelle participation aux élections législatives? Nous l’avons vu, le «président» vient tout droit des tentacules des pétrolières et s’est muni d’un C.V. de la CIA pour prétendre à la présidence, via des élections truquées. Alors comment peut-on de suite, affirmer que l’Afghanistan, grâce à nos troupes tombées au combat, jouit désormais d’une démocratie? Il faut y croire, simplement, et comme les religieux, faire fi des faits, pour s’en convaincre. C’est bel et bien la dictature que nous y avons installé.

Mais alors, est-il possible que les gains n’aient été que pour les pays de l’O.T.A.N.?

Des Gains Pour l’O.T.A.N.

En contrepartie, les gains pour l’O.T.A.N. furent considérables. Une nouvelle situation géostratégique très forte, près des pays prochains à conquérir. Un sol riche en gaz naturel, en Nickel, et en divers autres métaux, mais surtout, le passage désiré par l’OTAN, d’un oléoduc, destiné à contrecarrer l’autofinancement de la Russie via ses gaz qu’elle vend à toute l’Europe, ainsi qu’à divers pays limitrophes.

Mais encore, on oublie souvent que le marché militaire désire aussi sa part de gâteau, et il aura été gâté depuis le début des hostilités, tard en 2001. Car en effet, les États-Unis d’Amérique surtout, et leurs acolytes, auront essuyé de lourds coûts pour mettre sur pied cette grande armée d’occupation et cela se répercute déjà d’ailleurs, sur les finances de l’Empire, en quasi faillite. Mais qui paie et qui en bénéficie? Le contribuable paie, et le fabricant d’armes encaisse. Des bombes qui s’entassent dans des entrepôts, ça perd de la valeur… Et d’autre part, la bourgeoisie n’a que faire de ces faillites, elle est sans logis, elle ira donc voir ailleurs s’il y a du prolétaire à exploiter.

La guerre d’Afghanistan est non seulement un fiasco social pour les Afghans eux-mêmes, mais un fiasco financier pour les contribuables occidentaux, lesquels sont désormais soumis à des politiques d’austérité forcées et lesquels devront donc faire les frais de la cupidité d’une minorité parasitaire et guerrière. Encore faudrait-il que cette minorité radine fasse elle-même sa guerre, mais elle préfère y envoyer la chair à canon du prolétariat.

Bref, les forces de l’O.T.A.N., au service de cette minorité parasitaire bourgeoise,  n’avaient que des potentiels de victoire, étant donné leur dessein préparé depuis belle lurette. Mais qu’y ont gagné les prolétaires Canadiens ou des autres pays membres au juste? Rien du tout! La mort! La dette! Et le regard impuissant de voir fricoter les forces de l’O.T.A.N. avec ces mêmes «Al-qeadiens» à Benghazi, en Libye, où ils sont de mèche dans un nouveau Coup d’État visant à contrecarrer les plans économiques de toute l’Afrique, qu’ils pilleront à son tour.

La guerre en Afghanistan nous aura coûté beaucoup, en vies humaines, en matériel, en fric, en temps et elle n’aura rien donné aux prolétaires Canadiens, ni à leurs enfants, encore moins de la sécurité. La haine ne peut que semer la haine.

C’est donc un échec retentissant et une guerre honteuse, qui n’aura finalement visé que destinées impérialistes.

Les Canadiens peuvent avoir honte de leurs troupes, qui n’ont servi qu’à maintenir une dictature en place, orchestrée celle-ci, par les maîtres incontestés de l’O.T.A.N., les États-Unis d’Amérique.

Honte aux missions impérialistes du Canada! Honte au Canada!

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Commentaires »

La Chine apporte son soutien militaire au Pakistan face aux USA (par Webster G. Tarpley)

Publié par sylvainguillemette le 29 mai, 2011

En multipliant les agressions militaires sur le territoire pakistanais et en accusant Islamabad d’avoir protégé Oussama Ben Laden, l’administration Obama cherche à pénétrer dans la zone d’influence chinoise. Cependant Beijing a immédiatement transféré un arsenal aérien à Islamabad et adressé un ultimatum à Washington : toute nouvelle ingérence US au Pakistan sera considérée comme un acte inamical envers la Chine !

JPEG - 26.6 ko
Venu à Beijing le 18 mai 2011 appeler la Chine au secours, le Premier ministre pakistanais s’est vu offrir 50 avions de chasse JF-17 pour défendre son pays en cas d’attaque états-unienne ou indienne.

La Chine a officiellement mis en garde les États-Unis sur le fait que toute attaque de Washington contre le Pakistan serait interprétée comme un acte d’agression envers Beijing. Cet avertissement très direct constitue le premier ultimatum stratégique reçu par Washington depuis plus d’un demi-siècle, le dernier en date fut l’avertissement envoyé par l’URSS lors de la crise de Berlin entre 1958 et 1961 ; ceci met en évidence le danger réel de guerre généralisée que représente la montée de la tension entre les États-Unis et le Pakistan.

« Toute attaque contre le Pakistan serait perçue comme une attaque contre la Chine »

Faisant suite aux rapports indiquant que la Chine avait demandé aux États-Unis de respecter la souveraineté du Pakistan dans les jours qui ont suivi « l’opération Ben Laden », le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Jiang Yu, a profité de la conférence de presse du 19 mai pour réaffirmer catégoriquement la volonté de Beijing que « la souveraineté et l’intégrité du territoire du Pakistan soient respectées ». D’après certaines sources diplomatiques pakistanaises citées par le Times of India, Beijing a « clairement prévenu qu’une attaque contre le Pakistan serait considérée comme une attaque contre la Chine ». Cet ultimatum aurait été adressé lors d’entretiens stratégiques et de pourparlers économiques qui ont eu lieu à Washington le 9 mai, et lors desquels la délégation chinoise était emmenée par le vice-Premier ministre chinois Wang Qishan et le conseiller d’État Dai Bingguo [1].

Les avertissements de la Chine sont implicitement renforcés par sa force de frappe nucléaire, puisqu’elle possède quelque 66 missiles intercontinentaux dont plusieurs ont la capacité de frapper les États-Unis, en plus des 118 missiles de moyenne portée, 36 missiles lançables à partir de sous-marins, et de nombreux autres systèmes de missiles à courte portée.

Pour les observateurs avertis, le soutien de la Chine est d’une importance cruciale pour le Pakistan, qui, sans lui, serait pris en tenaille entre les États-Unis et l’Inde. « Si la pression des États-Unis et de l’Inde continue, le Pakistan pourra dire ’’La Chine est avec nous. Ne pensez pas que nous sommes isolés, nous avons une super-puissance potentielle avec nous’’ », a déclaré à l’AFP le général en retraite et analyste politique Talat Massoud [2].

JPEG - 17.3 ko
La porte-parole chinoise, Jiang Yu, a déclaré lors de sa conférence de presse du 19 mai 2011 : « Nous sommes d’avis que le Pakistan, qui y a apporté une contribution importante, au prix d’énormes sacrifices, doit pouvoir bénéficier de la compréhension et du soutien de la communauté internationale dans ses efforts pour préserver la stabilité intérieure et réaliser le développement socio-économique et que l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale du Pakistan doivent être respectées. »
JPEG - 25.7 ko
Venus à Washington le 9 mai 2011 pour participer au troisième cycle de Dialogue stratégique-économique Etats-Unis- Chine, la délégation emmenée par le vice-Premier ministre chinois Wang Qishan et le conseiller d’État Dai Bingguo a apporté un ultimatum à l’administration Obama. Le vice-président Joe Biden et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton assistaient à cet entretien difficile.
©Xinhua

L’ultimatum chinois est survenu durant la visite à Pékin du Premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani, pendant laquelle le gouvernement hôte a annoncé le transfert immédiat et sans frais de 50 avions de chasse à réaction dernier modèle JF-17 [3]. Avant son départ, Gilani a souligné l’importance de l’alliance entre le Pakistan et la Chine en affirmant : « Nous sommes fiers de compter la Chine parmi nos meilleurs amis et de réaffirmer la confiance qui nous lie. La Chine pourra toujours compter sur le Pakistan pour être à ses côtés en toute circonstance… Quand nous disons que cette amitié est plus grande que l’Himalaya et plus profonde que les océans, cela décrit parfaitement l’essence de cette relation » [4]. Ces remarques furent accueillies par des cris d’indignation des porte-paroles états-uniens, notamment du sénateur républicain de l’Idaho, James E. Risch.

La crise diplomatique latente entre les États-Unis et le Pakistan a explosé avec force le 1er mai après l’incursion unilatérale et non autorisée de commandos US supposés avoir tué le fantomatique Oussama Ben Laden dans une maison fortifiée de la ville d’Abbottabad [5] ; cette opération constitue une violation flagrante de la souveraineté du Pakistan. L’agenda de ce rodéo militaire réalisé pour attiser les tensions entre les deux pays, n’avait absolument rien à voir avec la prétendue guerre contre le terrorisme et tout à voir avec la visite au Pakistan fin mars, du Prince Bandar, le chef de la sécurité nationale saoudienne.

De cette visite a résulté une alliance immédiate entre Islamabad et Riyad En effet, le Pakistan a promis de fournir des troupes pour mâter toute éventuelle révolution colorée concoctée par les États-Unis dans le Royaume [saoudien], et d’offrir une protection nucléaire aux Saoudiens, les rendant ainsi moins vulnérables au racket états-unien menaçant de laisser l’Iran s’occuper du sort de la monarchie pétrolière. Un mouvement conjoint entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite pour briser la main mise de Washington dans la région, quoi que l’on pense de ces deux régimes, représenterait un coup fatal à l’empire états-unien déjà fragilisé en Asie du Sud.

Quant aux affirmations concernant le raid supposé sur Ben Laden, le 1er mai, il y a une masse de contradictions inextricables dans les explications qui changent d’un jour à l’autre. Une analyse de cette opération serait plutôt de la compétence de critiques littéraires ou d’œuvres théâtrales. Le seul fait solide et cohérent qui émerge de tout cela est que le Pakistan est devenu la cible majeure des États-Unis, ces derniers ayant de fait intensifié leur politique anti-pakistanaise mise en place depuis le tristement célèbre discours d’Obama à West Point en décembre 2009 [6].

Gilani : représailles intensives pour défendre les biens stratégiques du Pakistan

L’avertissement envoyé par les Chinois à Washington est survenu juste après la déclaration de Gilani au parlement pakistanais : « Ne laissons personne tirer les mauvaises conclusions. Toute attaque contre les acquis stratégiques pakistanais, qu’elle soit visible ou cachée, trouvera une réponse appropriée… Le Pakistan se réserve le droit de contre-attaquer avec force. Personne ne devrait sous-estimer la motivation et la capacité de notre nation et de ses forces armées à défendre notre patrie sacrée. » [7] Une telle menace de représailles venant d’une puissance nucléaire comme le Pakistan doit absolument être prise au sérieux, même par les va-t-en-guerre les plus acharnés au sein de l’administration Obama.

Les acquis stratégiques dont parle Gilani sont les armes nucléaires pakistanaises qui forment la clef de la dissuasion pour parer toute éventuelle attaque de la part de l’Inde, dans le cadre de l’accord de coopération nucléaire entre les États-Unis et l’Inde. Les forces armées US en Afghanistan n’ont pas réussi à tenir secret leur vaste plan de saisie et de démantèlement des armes nucléaires pakistanaises. Selon un reportage de Fox News en 2009, « Les États-Unis ont mis au point un plan détaillé pour infiltrer le Pakistan et s’emparer de son arsenal de têtes nucléaires mobiles, s’il apparaissait que le pays était sur le point de tomber entre les mains des talibans, d’al-Qaïda, ou de tout autre mouvement extrémiste islamique. » Ce plan a été élaboré par le général Stanley McChrystal lorsqu’il était à la tête du commandement des opérations spéciales de Fort Bragg en Caroline du Nord. Ce commandement qui est directement impliqué apparemment dans l’opération Ben Laden, est composé de l’Army Delta Force, des Navy SEALs et « d’une unité spéciale de renseignement high-tech, connue sous le nom de Task Force Orange ». « De petites unités doivent se saisir des armes nucléaires pakistanaises, les neutraliser avant de les rassembler dans un endroit sécurisé », a déclaré une source citée par Fox News [8].

Obama a déjà donné son aval à une attaque furtive contre les armes nucléaires pakistanaises.

Comme l’écrit le Sunday Express de Londres, Obama a déjà approuvé une action agressive en ces termes : « Les troupes américaines seront déployées au Pakistan si les installations nucléaires de cette nation menacent de passer sous le contrôle de terroristes désireux de venger la mort de Ben Laden [...] Le plan, qui pourrait être activé sans le consentement du président Zardari, a provoqué la colère des officiels pakistanais [...] Obama donnerait l’ordre de parachuter des troupes pour sécuriser les sites clefs de missiles nucléaires. Ceci inclut la le quartier général de la base aérienne de Sargodha, qui abrite des F-16 de combat dotés d’au moins 80 missiles balistiques à têtes nucléaires. » D’après les officiels états-uniens, « le plan a reçu le feu vert, et le président a déjà manifesté son intention de déployer des troupes au sol au Pakistan s’il pense que cela est important pour la sécurité nationale. » [9]

L’extrême tension sur cette affaire met en évidence la politique de la corde raide et l’incroyable folie aventurière d’Obama et de son raid unilatéral du 1er mai qui aurait tout aussi bien pu être interprété par les autorités pakistanaises comme l’attaque promise contre ses installations nucléaires. D’après le New York Times, Obama savait pertinemment qu’il encourait un conflit immédiat avec le Pakistan, mais a insisté « pour que le commando chargé de l’opération Ben Laden soit suffisamment puissant pour pouvoir se battre et sortir du pays s’il était confronté à des forces de police ou des troupes locales hostiles. »

Le conflit armé a déjà commencé

Le conflit armé entre les forces états-uniennes et pakistanaises a subi une escalade le 17 mai, quand un hélicoptère de l’OTAN a violé l’espace aérien pakistanais au Waziristan. Les forces pakistanaises étaient en état d’alerte maximale et ont immédiatement ouvert le feu. L’hélicoptère US a répondu par des tirs. Deux soldats postés dans la zone frontalière de Datta Khel ont été blessés. [10]

Une riposte pakistanaise à cette incursion a peut-être eu lieu à Peshawar, le 20 mai, lorsqu’une voiture piégée a apparemment pris pour cible un convoi de deux véhicules du consulat des États-Unis, ne causant que des dégâts matériels sans faire de victimes côté US. Un passant pakistanais a été tué et plusieurs personnes blessées. Sur le front de la guerre des services secrets, la chaîne de télévision Ary One a dévoilé le nom du chef de l’antenne de la CIA à Islamabad, ce qui en fait le deuxième chef-espion en place à voir sa couverture révélée en moins de six mois.

Marc Grossman, l’envoyé des USA rejette les appels du Pakistan à cesser les violations territoriales

Le représentant spécial états-unien en Afghanistan et au Pakistan, Marc Grossman, remplaçant de feu Richard Holbrooke, a rejeté de manière arrogante, le 19 mai, les appels du Pakistan exigeant que des opérations comme celle d’Abbottabad ne soient plus perpétrées sur son territoire. [11] Se refusant à toute promesse de ce genre, Grossman a déclaré que les autorités pakistanaises n’avaient jamais demandé le respect de leurs frontières au cours de ces dernières années. [12]

Au beau milieu de cette crise diplomatique importante, l’Inde a surenchéri en programmant des manœuvres militaires provocatrices ciblant le Pakistan. Comme cet exercice « Vijayee Bhava » (Soyons victorieux) qui s’est déroulé dans le désert de Thar au Rajasthan Nord. Cet exercice de guerre-éclair NBC (Nucléaire, Biologique, Chimique) implique le Second corps d’armée qui est « considéré comme la plus importante des trois formations d’attaque de l’armée indienne, et sa tâche est de diviser littéralement le Pakistan en deux, en cas de guerre totale déclarée entre les deux pays. » [13]

JPEG - 20.6 ko
Le nouveau représentant spécial des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan, Marc Grossman, est un des faucons les plus durs de Washington. Connu pour ses liens avec les services israéliens, il a renforcé la collaboration entre la CIA, le Mossad et la RAW.

La CIA, la RAW et le Mossad ont créé ensemble de pseudos-Taliban

L’une des façons d’obtenir une provocation suffisante pour justifier une attaque américano-indienne contre le Pakistan serait par exemple une augmentation des actions terroristes attribuées à de soi-disant talibans. Selon ce qu’en dit la presse dominante au Pakistan, la CIA, le Mossad israélien et la RAW (Research and Analysis Wing) indien ont créé leur propre version des talibans sous la forme d’un gang terroriste qu’ils contrôlent et dirigent. Selon une source, « Les agents de la CIA ont infiltré les réseaux des talibans et d’al-Qaïda et ont créé leur propre force Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) dans le but de déstabiliser le Pakistan. » Le brigadier général Aslam Ghuman, ancien commandant régional de l’ISI au Penjab (L’ISI étant les services secrets pakistanais), a déclaré : « Au cours de ma visite aux États-Unis, j’ai appris que l’agence de renseignement Mossad, en connivence avec le RAW indien et sous la supervision directe de la CIA, voulait déstabiliser à tout prix le Pakistan. » [14] Le double attentat à la bombe qui a tué 80 paramilitaires au Waziristan, la semaine dernière, a- t-il été perpétré par ce gang sous fausse bannière ?

D’après la même source, les services de renseignement russes ont révélé que « le contractant de la CIA, Raymond Davis, et son réseau ont fourni aux agents d’al-Qaïda des armes nucléaires, chimiques et biologiques, de façon à ce que des installations militaires états-uniennes puissent être ciblées et le Pakistan rendu responsable. » Davis, lui-même un vétéran des opérations spéciales, a été arrêté pour le meurtre de deux agents de l’ISI, mais a ensuite été libéré par le gouvernement pakistanais après une douteuse et bruyante campagne du Département d’État US [15].

La CIA affirme que le nouveau patron d’al-Qaïda vit au Waziristan

Si les États-Unis ont réellement besoin d’un prétexte pour justifier de nouveaux raids, il leur sera facile d’évoquer la présence supposée au Waziristan de Saïf al-Adel, désormais déclaré par la CIA comme le successeur de Ben Laden à la tête d’al-Qaïda. [16]

Il est clair que le fait pour Obama de prétendre que Saif al-Adel se trouve tout près de la frontière la plus sensible au monde et non pas à Finsbury ou Flatbush, convient parfaitement à ses intentions belliqueuses.

Après le raid états-unien non autorisé du 1er mai, le général en chef pakistanais Ashfaq Kayani a lui-même prévenu les USA qu’une telle « opération aventureuse » ne devra pas être répétée, et a annoncé que le personnel états-unien au Pakistan serait considérablement réduit. D’après les estimations de l’ISI, il y a actuellement environ 7 000 agents de la CIA au Pakistan, dont beaucoup sont inconnus du gouvernement pakistanais. D’après certaines sources, le partage d’information entre les services pakistanais et US aurait été réduit. En réponse à la réaction de Kayani, l’opération de propagande de la CIA connue sous le nom de Wikileaks a une fois de plus montré sa véritable nature en essayant de discréditer le commandant en chef pakistanais au travers de la diffusion de télégrammes douteux d’ambassades US établissant que celui-ci avait demandé aux États-Unis davantage — et non pas moins — d’attaques de drones ces dernières années.

Depuis le discours d’Obama à West Point, la CIA a utilisé les attaques de drones pour massacrer des civils dans le but de fomenter une guerre civile au Pakistan, et d’amener la division du pays selon les lignes ethniques du Penjab, du Sind, du Baloutchistan et du Pachtounistan. L’objectif géopolitique de tout ceci est de mettre fin au rôle joué par le Pakistan de couloir énergétique entre l’Iran et la Chine. [Comme par hasard,] l’expert Selig Harrison a [récemment] émergé comme un éminent partisan états-unien pour la sécession du Baloutchistan.

Depuis le 1er mai, six attaques de drones US ont fait au moins 42 morts dans la population civile pakistanaise, conduisant celle-ci à une haine frénétique anti-américaine. En réponse, une session commune du parlement pakistanais tenue le 14 mai, a demandé officiellement et à l’unanimité l’arrêt des attaques de missiles états-uniens, et a appelé le gouvernement à couper la route de soutien logistique de l’OTAN vers l’Afghanistan si les attaques continuaient. [17] [18] Alors que la ligne de ravitaillement Karachi-Khyber via la passe du même nom transporte les deux tiers du ravitaillement des envahisseurs de l’Afghanistan, une telle mesure causerait un véritable chaos parmi les forces de l’OTAN. Tout ceci souligne la folie inhérente consistant à rentrer en conflit ouvert avec le pays par lequel passent vos lignes de ravitaillement.

JPEG - 31.1 ko
Devant le parlement, le Premier ministre Youssouf Raza Gilani a rejeté les accusations états-uniennes de complicité avec Oussam Ben Laden. Il a retracé l’historique de la création par la CIA d’Al-Qaïda et du « mythe Ben Laden ». Enfin, il a mis en garde Washington contre toute nouvelle ingérence.

Les États-Unis veulent utiliser le chef des talibans, le Mollah Omar, contre le Pakistan

Le département d’État a renoncé à toutes les conditions préalables dans ses négociations avec les talibans en février dernier, et selon le Washington Post, les États-Unis seraient maintenant en train de parlementer avec les envoyés du Mollah Omar, le légendaire leader borgne du conseil de la Quetta-Shura, autrement dit le Haut conseil des talibans. Il paraît évident que les États-Unis offrent aux talibans une alliance contre le Pakistan. Marc Grossman, l’envoyé spécial US dans la région est hostile au Pakistan, mais au sujet des talibans, on l’a affublé du surnom de « Monsieur Réconciliation ». [19] À l’inverse, certains affirment que les États-Unis veulent assassiner le chef du réseau Haqqani au moyen d’une opération comparable à celle qui a visé Ben Laden. Les Pakistanais sont tout autant déterminés à conserver Haqqani comme allié.

Si la Chine se range derrière le Pakistan, il sera alors tout à fait envisageable que la Russie s’aligne derrière la Chine. En vue de la prochaine réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai le 15 juin, le Président chinois Hu Jintao s’est félicité des relations sino-russes qu’il décrit comme ayant atteint « un niveau sans précédent, » et d’ « un intérêt stratégique évident ». Lors d’ une conférence de presse donnée cette semaine, le président Dmitry Medvedev a été obligé de reconnaître indirectement que le «  renouveau » des relations entre les USA et la Russie tant acclamé par Obama se résumait à peu de choses depuis l’annonce du programme US d’implantation de missiles ABM en Roumanie et dans le reste de l’Europe de l’Est, programme si évidemment dirigé contre la Russie, et qui signifie que le traité START n’est plus d’actualité, ce qui réveille le spectre d’une possible nouvelle Guerre froide. Étant donné l’actuel assaut de l’OTAN contre la Libye, Medvedev a déclaré qu’« il n’y aurait pas de résolution de l’ONU contre la Syrie ». Poutine avait raison depuis le début et Medvedev essaie de lui emboîter le pas pour se ménager quelque chance de rester au pouvoir.

Sommes-nous en « Juillet 1914 » ?

La crise qui a mené à la Première Guerre mondiale a commencé avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914, mais la première déclaration de guerre majeure n’eut lieu que le 1er août. Et durant le mois de juillet, une bonne partie de l’opinion publique européenne se réfugia derrière une espèce d’illusion idyllique élégiaque, alors même que la crise mortelle s’amplifiait. Quelque chose de similaire est en train de se produire aujourd’hui. Nombreux sont les citoyens états-uniens qui pensent que la mort supposée de Ben Laden marque la fin de la guerre contre le terrorisme et de la guerre en Afghanistan. C’est le contraire qui se passe, l’opération contre Ben Laden a clairement conduit à une nouvelle situation d’urgence stratégique. Des forces qui s’étaient opposées à la guerre en Irak, de MSNBC aux nombreux libéraux de gauche appuyant le mouvement pour la paix, soutiennent désormais, d’une manière ou d’une autre, l’agression sanglante d’Obama en Libye, voire célèbrent en Obama un va-t-en-guerre finalement plus efficace que la clique Bush-Cheney, auréolé qu’il est de son succès supposé aux dépens de Ben Laden.

 

Webster G. Tarpley

Historien et journaliste états-unien. Dernier ouvrage paru en français : La Terreur fabriquée, made in USA. Dernier ouvrage en anglais : Barack H. Obama : The Unauthorized Biography (Progressive Press, 2008).

 

Source

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le Canada, une démocratie?

Publié par sylvainguillemette le 27 mai, 2011

Le gouvernement conservateur s’apprête à présenter son premier budget en position de majorité. Il s’apprête ainsi à imposer certaines parts d’idéologie dans un budget devant porter sur l’économie canadienne et non pas, sur les mœurs devant être adoptées par les Canadiens.

En effet, le gouvernement conservateur de Stephen Harper prévoit mettre fin au financement par le public, des partis politiques. C’est que chaque fois que vous posez le geste démocratique de voter pour votre dictateur aux 4 ans, vous donnez au parti de votre choix, un montant précisé par la loi liée à cet effet. Vous financez donc, publiquement et démocratiquement le parti de votre choix.

Mais voilà que les conservateurs affirment que ce financement est antidémocratique et le financement par des parties privées serait d’avantage démocratique. Or, il est évident et indéniable que le financement par des parties privées n’a précisément rien de démocratique et tout d’antidémocratique.  Je m’explique.

Les partis politiques sont comme les chaussettes, il y a en pour quasi tous les goûts, j’ai bien dit quasi. Mais il y a donc ces partis, défendant chacun leurs intérêts. En outre, il y a la division des partis politiques en intérêts, ceux-là,  représentant les classes sociales. Il y a donc des partis politiques qui défendent les intérêts des riches et d’autres, préférant s’en tenir à la classe sociale la plus dense, celle des pauvres et des travailleurs salariés, bien ordinaires.

Il devient donc évident qu’il naît dans la mesure proposée par les conservateurs de Stephen Harper, une injustice sociale profonde, elle-même née de l’injustice économique régnant dans nos économies capitalistes, où les richesses s’entassent dans les poches des propriétaires des moyens de production, alors que les créateurs de richesse quémandent cette dernière, appartenant dans le modèle capitaliste, au bourgeois possédant les moyens de production. C’est le monde à l’envers.

Mais comprenez le problème. Comment peut-on nier le fait que les riches pourront financer aisément leur parti préféré, alors que les pauvres continueront de tenter de joindre les deux bouts, sans pouvoir contribuer et poser le geste dit «démocratique» par les conservateurs? Car en effet, les partis défendant les intérêts des moins nantis ne pourront que compter sur des maigres financements du privé, alors que les partis défendant les pétrolières et les intérêts des mieux nantis dans leur ensemble, pourront pour leur part s’en remettre aux grâces de ceux et celles qu’ils servent, en parfaits laquais.

Le Canada ne fait donc pas de pas en avant dans la mesure où il se prétend démocratique, mais recule plutôt très bas dans l’échelle démocratique, d’autant plus qu’il consolidera les dictatures étrangères en Tunisie et en Égypte, aux côtés de ses alliés impérialistes de l’OTAN et du G8, en finançant à coups de dizaines de milliards des pseudo-démocraties, en réalité aux ordres de Washington.

Désormais, les Canadiens verront leurs partis politiques devenir de véritables reflets de la société. Nous y trouverons donc des partis sans moyen, sans capital pour se payer de la propagande et en contrebalance, un parti conservateur bourré de fric et répandant son fiel sur tous les écrans, tous les journaux (Quebecor est déjà là!) et toutes les chaînes radio, à l’instar des outils de propagande de l’opposition vénézuélienne, couvrant plus de 97% des médias vénézuéliens contrairement aux prétentions d’un «Chavez qui contrôle l’information» (des médias qui rappelons-le, avaient soutenu le Coup d’État raté de 2002 contre Hugo Chavez et encouragé à l’assassinat de ce dernier, tout cela orchestré par l’opposition et la maison blanche, appuyés ceux-là de Reporters Sans Frontières (paravent de la CIA)…).

Nous aurons donc, nous Canadiens, réellement pour notre part, notre autocrate Stephen Harper et ses hypocrites d’acolytes pour contrôler notre information, pour nous intoxiquer de leur bêtise et de leur ignorance crasse, si ce n’est pas de leur hypocrisie en réalité. Et nous n’aurons plus les moyens de contrer cette propagande haineuse, cette imbécilité créationniste, cet anti syndicalisme primaire, cet aplatventrisme devant la minorité parasitaire bourgeoise, bref,   ces lourdes valeurs conservatrices partagées dans l’ouest canadien et rejetées au Québec.

Stephen Harper et son équipe rejettent donc les principes démocratiques et se dirigent un peu plus vers la dictature, voulant contrôler le financement des partis politiques adverses, via l’argumentaire hypocrite prétextant que le don de capital à un parti politique représente un geste démocratique. Or, on ne peut rien donner si on ne possède rien et sachant que le capitalisme ne partage pas la richesse, il est objectif d’affirmer que toutes et tous ne pourront effectuer le «geste démocratique» en question.

À ce train là, avant longtemps, nous serons forcés de faire le « Hail Harper»… Vous me direz que j’exagère, mais ce n’est pas comme si les conservateurs n’appuyaient pas ce qu’Adolf Hitler avait fait subir aux juifs, aux homosexuels, aux handicapés et aux communistes après tout, puisqu’Israël et les États-Unis d’Amérique ont répété maintes fois ces crimes et que jamais Stephen Harper ne s’en est offusqué. Au contraire, avec ce qu’on appelle le «printemps arabe» et la très probable mise en place d’un« Plan Marshall» (40 milliards) dans la région, on comprend mieux ce qui se passe en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, au Bahreïn et en Algérie…, on comprend mieux que le bras armée de la bourgeoisie occidentale, l’OTAN, ne fait que consolider ses positions molles, dues à une économie capitaliste en phase de passer le flambeau au fascisme, étant donné ses ratées consécutives depuis déjà plus de 2 siècles d’évolution marquée par des réformes majeures répétées.

Demandez-vous donc si le Canada est le pays démocratique dont on vous parle depuis votre tendre enfance, passée celle-là, à regarder nos principaux alliés à la télévision, piller les richesses tant humaines que naturelles des pays du tiers-monde ou de ces pays qui osent faire le contraire que ce que commande le diktat bourgeois. Demandez-vous donc si le Canada est vraiment ce grand pays, dont rêvent tous nos émigrants, quand il est possible de vérifier que bien des arrivants quittent leur pays, parce que nos alliés l’occupent ou y financent une dictature afin de relever à rabais, les richesses humaines et naturelles de leur terre originelle.

Demandez-vous donc finalement, si le Canada est ce qu’il prétend être, une démocratie, alors que nous sommes à même d’observer un gouvernement qui ne cesse de restreindre les libertés collectives, pour avantager les libertés individuelles de ceux et celles qui ont les moyens d’affirmer cette liberté entrepreneuriale. Demandez-vous également ce qu’il advient de la démocratie, dans les pays qu’occupe le Canada, aux côtés de ses alliés. L’Afghanistan est sous la dictature d’Hamid Karzaï, un homme qui n’a jamais été élu, mais pour lequel nos soldats canadiens meurent. Et la Libye possède le moins pire de tous les chefs d’État d’Afrique, où études et santé sont universels et accessibles à toutes et tous. Pourtant, le Canada y largue des bombes à uranium appauvri, afin de soutenir une branche d’Al-Qaeda, déguisée en groupe de combat pour la «démocratie», prônant ouvertement le départ du dirigeant. Le Canada et ses alliés se comportent en véritables mafias.

En réalité, je vous l’affirme, le Canada n’est qu’une autre de ces dictatures bourgeoises pour laquelle vous pouvez voter aux 4 ans et qui de temps à autre, vous offre des soupapes populaires, afin de déguiser ses véritables magouilles. Nous le voyons bien, en limitant le capital des partis se battant pour les intérêts des moins nantis, les conservateurs du dictateur Harper veulent censurer les débats, faire taire leurs adversaires.

Le Canada est-il une démocratie d’après vous? Je ne crois pas pour ma part…

Sylvain Guillemette

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le recyclage des hommes de Ben Laden Ennemis de l’OTAN en Irak et en Afghanistan, alliés en Libye (Par Webster G. Tarpley)

Publié par sylvainguillemette le 23 mai, 2011

S’appuyant sur le dépouillement entrepris à l’Académie militaire de West Point des archives confisquées de l’Émirat islamique d’Irak, l’historien et journaliste états-unien Webster G. Tarpley montre que le personnel du Conseil national de transition libyen est largement issu d’al-Qaida. Dans un vaste mouvement de réorganisation de leurs actions secrètes, les États-Unis encadrent en Libye —et en Syrie— les jihadistes contre lesquels ils luttent en Irak et en Afghanistan. « Ben Laden est mort ! Vive les benladenistes ! », peut-on s’exclamer avec cynisme à Washington.

« Des serpents, la soif, la chaleur et le sable, seule la Libye peut présenter cette multitude de malheurs qui pousserait tout homme à la fuir. »
Lucain, La Pharsale

L’actuelle opération militaire contre la Libye a été motivée par la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU [1] et a pour objectif de protéger les civils. Les déclarations du président Obama, du Premier ministre britannique David Cameron, du Président Sarkozy [2], et d’autres dirigeants ont souligné la nature humanitaire de cette intervention, qui a officiellement pour but d’empêcher le massacre de forces pro-démocratiques et de partisans des droits de l’homme par le régime de Kadhafi.

Mais dans le même temps, de nombreux commentateurs ont manifesté une certaine anxiété en raison du mystère entourant le gouvernement de transition anti-Kadhafi qui a vu le jour au début du mois de mars dans la ville de Benghazi située dans le district cyrénaïque au nord-est de la Libye. Ce gouvernement a déjà été reconnu par la France et le Portugal comme le seul représentant légitime du peuple libyen. Le Conseil des rebelles semble se composer d’un peu plus de 30 délégués, dont la plupart restent entourés d’un halo de mystère. De plus, les noms de plus d’une douzaine de membres de ce Conseil sont tenus secrets, prétendument pour protéger ces personnes de la vengeance [éventuelle] de Kadhafi. Mais il pourrait bien y avoir d’autres raisons derrière ce secret entourant leur identité. Malgré les nombreuses incertitudes, les Nations unies et une bonne partie des nations clés de l’OTAN, dont les USA, se sont empressées d’aider les forces rebelles au moyen de frappes aériennes, ce qui a mené à la perte d’un ou deux avions de la Coalition avec la perspective de pertes bien plus lourdes surtout en cas d’invasion [terrestre]. Il est grand temps que les États-uniens et les Européens en sachent un peu plus au sujet de ces rebelles qui sont supposés représenter une alternative démocratique et humanitaire au régime de Kadhafi.

Il est clair que les rebelles ne sont pas des civils, mais bien une force armée. Quel genre de force armée ?

Étant donné la difficulté d’étudier les chefs rebelles depuis l’étranger, et puisque le profil sociologique des rebelles est impossible à établir au beau milieu de cette guerre, peut-être que la méthode typiquement utilisée en histoire des sociétés peut être appelée à la rescousse. Existe-t-il un moyen de savoir exactement quel climat d’opinion prévaut dans ces villes du nord-est de la Libye, comme Benghazi, Tobrouk ou Darna, qui représentent les foyers de la rébellion ?

Une étude « West Point » datant de décembre 2007 s’est penchée sur le profil des combattants étrangers de la guérilla, et a établi que des djihadistes ou des Moudjahidins, certains étant des kamikazes potentiels, ont traversé la frontière syrienne pour se rendre en Irak pendant la période 2006-2007, le tout étant supervisé par l’organisation terroriste internationale al-Qaida. Cette étude se base sur près de 600 fiches du « personnel » saisies par les Forces US à l’automne 2007, puis analysées à West Point à l’aide d’une méthodologie que nous aurons l’occasion d’examiner après en avoir présenté les principales conclusions. Les résultats de cette étude [Document à télécharger au bas de cette page] ont permis de découvrir certains traits prédominants dans la mentalité et les structures de croyance des populations du Nord-Est libyen, et ont permis de déterminer quelques points importants sur la nature politique de la révolte anti-Kadhafi dans cette région.

Darna, nord-est de la Libye : Capitale mondiale des djihadistes

La découverte majeure à laquelle a mené cette étude de West Point est que le couloir allant de Benghazi à Tobrouk, en passant par la ville de Darna (aussi épelée Derna) représente l’une des plus grandes concentrations au monde de terroristes djihadistes, et peut être considérée comme la première source de candidats à l’attentat kamikaze, tous pays confondus. Darna, avec une proportion de 1 combattant terroriste envoyé en Irak « tuer de l’États-unien » pour 1 000 à 1 500 habitants, semble être le paradis des kamikazes, dépassant de loin son compétiteur le plus proche, à savoir Riyad, en Arabie Saoudite.

D’après les auteurs du rapport de West Point, Joseph Felter et Brian Fishman, l’Arabie Saoudite occupe la première place si l’on considère le nombre absolu de djihadistes envoyés en Irak combattre les USA et les membres de la Coalition pendant la période en question. La Libye, dont la population représente moins du quart de celle de l’Arabie Saoudite, occupe la deuxième place. L’Arabie Saoudite a envoyé 41 % des combattants. D’après Felter et Fishman, « La Libye était le suivant dans la liste des pays d’origine, avec 18,8 % (112) des combattants provenant de ce pays, parmi ceux qui ont précisé leur nationalité. » D’autres pays bien plus peuplés restaient loin derrière : « La Syrie, le Yémen et l’Algérie étaient les suivants avec respectivement 8,2 % (49), 8,2 % (48) et 7,2 % (43). Les Marocains représentaient 6,1 % (36) des effectifs et les Jordaniens 1,9 % (11). ».

Cela signifie qu’au moins 1/5 des combattants étrangers entrant en Irak à travers la frontière syrienne venaient de Libye, un pays peuplé d’à peine 6 millions d’habitants. La proportion d’individus désireux de combattre en Irak était bien plus importante parmi les Libyens que pour n’importe quel autre pays appuyant les moudjahidines. Felter et Fishman on souligné le fait que « presque 19 % des combattants dans les dossiers de Sinjar, venaient de la seule Libye. De plus, la Libye a proportionnellement bien plus contribué que n’importe quelle autre nation, d’après les dossiers de Sinjar, même par rapport à l’Arabie Saoudite. »

JPEG - 18.4 ko
Nombre de combattant par million d’habitant.
Source : Joseph Felter et Brian Fishman

Mais étant donné que les dossiers sur le personnel d’al-Qaïda contiennent le lieu de résidence des combattants étrangers, nous avons la preuve que l’envie de se rendre en Irak pour « tuer de l’États-unien » n’est pas répartie uniformément en Libye, mais se concentre tout particulièrement précisément dans les zones entourant Benghazi qui forment aujourd’hui l’épicentre de cette révolte contre le colonel Kadhafi que les USA, la Grande-Bretagne et la France soutiennent avec tant d’enthousiasme.

Comme le note [le journaliste] Daya Gamage dans un récent article d’Asia Tribune à propos de l’étude de West Point, « …chose inquiétante pour les stratèges politiques occidentaux, la plupart des combattants venaient de l’est de la Libye, précisément du foyer de l’actuelle insurrection contre le colonel Kadhafi. D’après le rapport de West Point, la ville de Darna située dans l’Est libyen a envoyé en Irak plus de combattants que n’importe quelle autre ville [de Libye]. Il fixe à 52 le nombre de combattants qui sont arrivés en Irak en provenance de Darna, une ville de tout juste 80 000 habitants (le 2e contributeur étant la ville de Riyad en Arabie Saoudite, ville qui compte plus de 4 millions d’habitants). Benghazi, la capitale du gouvernement provisoire libyen choisie par les rebelles anti-Kadhafi, en a envoyé 21, là aussi un chiffre disproportionné par rapport à sa population. » [3] Darna la mystérieuse a dépassé sur le fil la métropole de Riyad avec 52 combattants contre 51. Tripoli, la place forte de Kadhafi, en revanche, n’apparait pas du tout dans les statistiques.

JPEG - 14.8 ko
Ville de résidence des combattants libyens
Source : Joseph Felter et Brian Fishman

Comment expliquer l’extraordinaire concentration de combattants anti-US à Benghazi et à Darna ? La réponse semble liée aux écoles « extrémistes » en théologie et en politique qui fleurissent dans cette région. Comme le note le rapport de West Point : « Darna comme Benghazi sont depuis longtemps associées avec le militantisme islamique en Libye. » Ces zones sont en conflit idéologique et tribal avec le pouvoir central du Colonel Kadhafi, en plus de lui être politiquement opposé. La question de savoir si ce conflit théologique mérite la mort de soldats états-uniens ou européens appelle de fait une réponse rapide.

Fleter et Fishman remarquent qu’« une large majorité des combattants libyens parmi ceux qui ont précisé leur ville d’origine dans les fichiers de Sinjar habite au nord-est du pays, en particulier dans la ville côtière de Darna avec 62, 5% (52) et celle de Benghazi avec 23,9 % (21). Toutes deux sont depuis longtemps associées au militantisme islamique en Libye, en particulier au travers d’un soulèvement [organisé] par des organisations islamistes au milieu des années 1990. Le gouvernement libyen a accusé des « infiltrés » venant du Soudan et de l’Égype d’avoir fomenté cette révolte, ainsi qu’un groupe – le Libyan Islamic Fighting Group (jama-ah al-libiyah al-muqatilah) –connu pour compter dans ses rangs des vétérans afghans. Les insurrections libyennes furent extrêmement violentes. » [4]

L’Est de la Libye : La plus grande concentration de candidats kamikazes

Un autre aspect tout à fait remarquable de la contribution libyenne à la guerre contre les Forces US en Irak est la propension marquée de Libyens du Nord-Est à choisir l’attentat suicide à la bombe comme méthode privilégiée de combat. Comme le rapporte l’étude de West Point, « parmi les 112 combattants libyens fichés, 54,4 % (61) ont précisé la nature de leur mission. Parmi eux, 85,2 % (51) ont inscrit « attentat suicide à la bombe » pour décrire le but de leur venue en Irak. » [5] Ce qui signifie que les Libyens du Nord-Est sont bien plus enclins à se faire exploser que tous les combattants venant d’autres pays. « Les combattants libyens étaient beaucoup plus fréquents dans la liste des candidats kamikazes que pour toute autre nationalité (85 % pour les Libyens, 56 % pour tous les autres). » [6]

En 2007, l’organisation anti-Kadhafi dénommée Groupe islamique combattant en Libye (GICL) fusionne avec al-Qaïda

La base institutionnelle dédiée au recrutement des combattants de la guérilla dans le Nord-Est de la Libye est associée avec une organisation qui s’appelait auparavant le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) [??????? ??????? ????????]. Pendant l’année 2007, le GIAL s’est lui-même officiellement déclaré comme franchise d’al-Qaida, et a changé son nom en « Al-Qaïda au Maghreb Islamique » (AQMI) [????? ??????? ?? ???? ?????? ????????]. La conséquence de cette fusion en 2007 fut qu’un nombre croissant de combattants de la guérilla se rendit en Irak en provenance de la Libye. D’après Felter et Fishman, « l’apparent afflux de recrues arrivant en Irak pourrait être lié à une collaboration toujours plus étroite entre le GICL et al-Qaida, qui a abouti le 3 novembre 2007 à la fusion officielle entre le GICL et al-Qaida. » [7] Cette fusion est confirmée par d’autres sources : en 2008, une déclaration attribuée à Ayman al-Zawahiri confirmait que le Groupe islamique combattant en Libye ( avait rejoint al-Qaïda [8].

L’émir terroriste vante le rôle-clef de Benghazi et de Darna au sein d’al-Qaida

Le rapport de West Point établit clairement que les principales places fortes du GICL — devenu plus tard AQMI — étaient les deux villes de Benghazi et Darna. Ceci est illustré par une déclaration d’Abu Layth al-Libi, le très particulier « émir » du GICL, qui deviendra plus tard l’un des leaders d’al-Qaïda. Au moment de la fusion de 2007, Abu Layth al-Libi, l’émir du GICL souligna l’importance de la contribution de Benghazi et de Darna dans le djihadisme islamique, en déclarant : « C’est par la grâce d’Allah que nous hissons la bannière du djihad contre ce régime hérétique, sous la direction du Groupe islamique combattant en Libye ( qui a sacrifié l’élite de ses fils et de ses officiers pour combattre ce régime, et dont le sang fut versé dans les montagnes de Darna, les rues de Benghazi, les banlieues de Tripoli, le désert de Saba et les sables des plages. » [9]

JPEG - 16.5 ko
Ammar Ashur al-Rufayi dit « Abou Laith le Libyen (al-Libi) » (1967-2008), participa adolescent à la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan, sous l’autorité d’Oussama Ben Laden et de la CIA. Dans les années 90, il devint commandant du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) et assistant d’Ayman al-Zahwari. Il a participé au complot d’al-Qaida qui échoua à assassiner le colonel Kadhafi en 1994. Ultérieurement, un agent du contre-espionnage britannique, David Shayler, révéla que cette opération était commanditée par les services de Sa Majesté. Abou Laith le Libyen est réputé avoir organisé le commando suicide qui attaqua la base militaire aérienne US de Bagram (Afghanistan), le 27 février 2007 au cours de la visite du vice-président Cheney. Sa tête fut mise à prix 5 millions de dollars. Il fut ultérieurement abattu par un drone de la CIA.

La conséquence de la fusion de 2007 fut que les recrues libyennes d’al-Qaida prirent une importance croissante dans l’activité de l’ensemble de l’organisation, déplaçant ainsi son centre de gravité en l’éloignant des Saoudiens et des Égyptiens qui étaient beaucoup plus prépondérants avant cela. Comme le notent Felter et Fishman, « les factions libyennes (principalement le Groupe islamique combattant en Libye) ont pris une importance croissante au sein d’al-Qaïda. Les fichiers de Sinjar montrent que de plus en plus de Libyens sont partis combattre en Irak à partir de mai 2007. La plupart des recrues libyennes provenaient de villes du Nord-Est de la Libye, une zone connue depuis longtemps comme étant liée à la mouvance djihadiste. » [10]

L’étude de West Point rendue en 2007 conclut en formulant quelques options politiques pour le gouvernement US. Une approche possible, suggérée par les auteurs, serait que les États-Unis coopèrent avec les actuels gouvernements arabes pour contrer les terroristes. Comme l’indiquent Felter et Fishman, « les gouvernements libyens et syriens partagent cette même préoccupation américaine d’une idéologie djihadiste salafiste violente, et d’actes violents perpétrés par ses membres. Ces gouvernements, comme d’autres au Proche-Orient, redoutent la violence sur leur sol et préfèreraient de loin que les éléments radicaux aillent en Irak plutôt que de causer des troubles « à la maison ». Les efforts des USA et de la Coalition pour endiguer le flot de combattants se rendant en Irak seraient plus efficaces s’ils prenaient en compte l’ensemble de la chaine logistique qui permet de déplacer ces individus — en commençant par leur pays d’origine — plutôt que de s’occuper simplement des points d’entrée syriens. Les USA devraient être en mesure d’augmenter la coopération des gouvernements pour mettre un frein au flot de combattants se rendant en Irak, en les aidant à résoudre leurs propres problèmes locaux de violence djihadiste. » [11] Compte tenu de ce qui s’est produit par la suite, nous pouvons affirmer que ce n’est pas cette option qui a été choisie, ni à la fin de l’ère Bush, ni durant la première moitié du mandat d’Obama.

L’étude de West Point fournit également une autre option, plus sinistre. Felter et Fishman laissent entendre qu’il est possible en Libye d’utiliser les anciennes factions du GICL d’al-Qaida contre le gouvernement du colonel Kadhafi, essentiellement en créant une alliance de facto entre les États-Unis et un segment de l’organisation terroriste. Le rapport de West Point note que : « La fusion entre le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) et al-Qaida, et son apparente décision de fournir en priorité un soutien logistique à l’État islamique d’Irak est probablement une source de controverse au sein de l’organisation. Il ne serait pas surprenant que certaines factions du GICL donnent toujours priorité à la lutte contre le régime libyen par rapport au combat en Irak. Il est sans doute possible d’exacerber les divisions au sein même du GICL, et entre les leaders du GICL et ceux d’al-Qaida provenant de la base traditionnelle saoudienne et égyptienne. » [12] Cela correspond à la politique US que nous voyons aujourd’hui, celle consistant en une alliance avec les fanatiques obscurantistes et réactionnaires d’al-Qaida en Libye contre le colonel Kadhafi, un réformateur de type nassérien.

Armer les rebelles : l’expérience de l’Afghanistan

En regardant la dramatique expérience des efforts US consistant à mobiliser les populations d’Afghanistan contre l’occupation soviétique dans les années 80, il devrait être clair que la politique de la Maison-Blanche de Ronald Reagan s’attachant à armer les Moudjahidins afghans de missiles Stinger et d’autres armements modernes s’est révélée tragique pour les États-Unis. Comme semble pratiquement l’admettre Robert Gates dans ses Mémoires, al-Qaida fut créée pendant ces années-là par les États-Unis comme une sorte de légion arabe pour aller combattre la présence soviétique, avec les résultats à long terme désastreux que l’on connait.

Aujourd’hui, il est clair que les États-Unis fournissent des armes modernes aux rebelles libyens via l’Arabie Saoudite et à travers la frontière égyptienne, avec le soutien actif de l’armée égyptienne et de la nouvelle junte militaire pro-US installée dans ce pays [13]. Tout ceci se passe en violation directe de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, qui appelle à un embargo total des livraisons d’armes à la Libye. On suppose que ces armes seront utilisées contre le colonel Kadhafi dans les semaines qui viennent. Mais, étant donné la nature violemment anti-US de la population du Nord-Est libyen qui est en train d’être ainsi équipée, il n’est absolument pas certain que toutes ces armes ne vont pas un jour ou l’autre être retournées contre ceux qui les ont fournies.

Mais ce qui pose un problème encore plus important, c’est la conduite d’un futur gouvernement libyen dominé par l’actuel conseil rebelle, avec sa large majorité d’islamistes du Nord-Est, ou d’un gouvernement similaire d’un éventuel futur État indépendant cyrénaïque. En supposant qu’un tel régime aura accès aux revenus du pétrole, il est évident qu’un certain nombre de problèmes de sécurité internationale se posent. [Le journaliste] Daya Gamage écrit à ce propos : « Dans le cas où la rébellion réussit à abattre le régime de Kadhafi, elle aura accès direct aux dizaines de milliards de dollars que Kadhafi est censé avoir caché dans différents pays étrangers au cours de son règne de 40 ans. » [14] Vu la mentalité prévalant dans le Nord-Est de la Libye, on peut aisément imaginer à quoi seraient consacrés ces revenus.

Qu’est-ce qu’al-Qaida, et pourquoi la CIA l’a utilisée ?

Al-Qaida n’est pas une organisation centralisée, mais plutôt une espèce de rassemblement de fanatiques, de psychotiques , d’agents doubles, de provocateurs, de mercenaires, etc… Comme expliqué plus haut, al-Qaida fut fondée par les États-Unis et les Britanniques pendant la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. La plupart de ses leaders, comme le fameux commandant en second Ayman Zawahiri, ou l’actuelle star montante Anwar Awlaki, sont clairement des agents doubles du MI-6 et/ou de la CIA. La croyance fondamentale qui structure al-Qaida est que tous les actuels gouvernements arabes ou musulmans sont illégitimes et doivent être abattus, car il ne représentent pas le califat qu’al-Qaida affirme lire dans le Coran. Cela signifie que l’idéologie d’al-Qaida offre aux agences de renseignements un moyen simple et prêt à l’emploi pour attaquer et déstabiliser les gouvernements arabes et musulmans en place, dans le cadre de leur incessant besoin impérialiste et colonial de piller et d’attaquer les nations en voie de développement. C’est précisément ce qui se passe actuellement en Libye.

Al-Qaida a émergé du milieu politico-culturel des Frères musulmans, ou Ikhwan, lui-même créé par les services de renseignement britanniques en Égypte dans les années 1920. Les USA et la Grande-Bretagne utilisèrent alors les Frères musulmans égyptiens comme mouvement d’opposition aux brillantes politiques anti-impérialistes du président égyptien Nasser, qui remportait d’immenses victoires pour son pays en nationalisant le Canal de Suez et en bâtissant le barrage d’Assouan sans lequel l’Égypte moderne était inconcevable. Les Frères musulmans ont fourni contre Nasser une sorte de « 5e colonne » active et efficace, constituée d’agents étrangers, exactement comme al-Qaida au Maghred Islamique (AQMI) clame haut et fort son soutien à la rébellion contre le colonel Kadhafi.

Je parle en détail de la nature d’al-Qaida dans mon récent ouvrage intitulé La Terreur Fabriquée, Made in USA [15], et je ne vais pas répéter cette analyse ici. Je me contenterai de rappeler que nous n’avons pas besoin de croire au mythe fantastique que le gouvernement US a bâti autour de l’appellation « al-Qaida », pour reconnaitre le fait avéré que les militants ou les déséquilibrés qui rejoignent les rangs d’al-Qaida sont souvent sincères dans leur haine et dans leur ardent désir de « tuer de l’États-unien ou de l’Européen ». La politique de l’administration Bush a utilisé la supposée présence d’al-Qaida comme prétexte pour une attaque militaire directe contre l’Afghanistan et l’Irak. L’administration Obama est en train de changer cela, en intervenant aux côtés d’une rébellion dans laquelle al-Qaida et ses alliés sont fortement représentés alors qu’ils s’attaquent au régime autoritaire du colonel Kadhafi en place depuis des dizaines d’années. Ces deux politiques mènent à coup sûr à la faillite, et doivent être abandonnées.

Les chefs des rebelles, Jalil et Younis, comme la plupart de ceux formant le Conseil des rebelles sont membres de la tribu Harabi liée avec al-Qaïda

Le résultat de la présente enquête est que la branche libyenne d’al-Qaida représente un continuum du Groupe islamique combattant en Libye installé à Darna et à Benghazi. La base ethnique du GICL est apparemment constituée par la tribu Harabi [profondément] anti-Kadhafi, d’où est issue la grande majorité du Conseil des rebelles, y compris ses deux principaux leaders Abdul Fatah Younis et Mustafa Abdul Jalil. Ces éléments montrent bien qu’en pratique, le Groupe islamique combattant en Libye, l’élite de la tribu Harabi, et le Conseil des rebelles soutenu par Obama sont très fortement imbriqués. Comme me le disait il y a plusieurs années l’ex-ministre des Affaires étrangères de la République du Guyana et président de l’Assemblée générale de l’ONU, Fred Wills — qui fut un véritable combattant contre l’impérialisme et le néo-colonialisme —, les formations politiques dans les pays en voie de développement (et pas seulement là) masquent souvent des rivalités ethniques ou religieuses ; c’est le cas en Libye. La rébellion contre Kadhafi est un mélange toxique de haine fanatique contre Kadhafi, d’islamisme, de tribalisme, et de rivalités locales. De ce point de vue, la décision d’Obama de prendre parti dans une guerre tribale est idiote.

Lorsqu’Hillary Clinton s’est rendue à Paris pour être présentée aux rebelles libyens par le président Sarkozy, elle a rencontré le leader de l’opposition libyenne Mahmoud Jibril, qui a reçu une éducation états-unienne et était déjà connu des lecteurs de Wikileaks comme l’un des [interlocuteurs] préférés des États-Unis. [16]

Si Jibril peut être considéré présentable à Paris, les vrais meneurs de l’insurrection libyenne sont en réalité Jalil et Younis, tous deux ex-ministres de Kadhafi. Parmi les deux, Jalil semble bien être le chef, du moins pour l’instant : « Mustafa Abdul Jalil ou Abdul-Jalil (en arabe : ????? ??? ??????, qui peut aussi s’écrire Abdul-Jelil, Abd-al-Jalil, Abdel-Jalil ou Abdeljalil, et aussi parfois, mais de façon erronée Abud Al Jeleil) est un politicien libyen né en 1952. Il fut ministre de la Justice (et de façon non officielle, secrétaire du Comité général du peuple) du colonel Mouammar Kadhafi (…) Abdul Jalil a été identifié comme le président du Conseil national de transition basé à Benghazi, bien que ce poste lui soit contesté par d’autres éléments parmi les rebelles, en raison de ses connexions passées avec le régime de Kadhafi. » [17]

Concernant Younis, il a été étroitement lié à Kadhafi depuis sa prise de pouvoir en 1968-1969. « Abdul Fatah Younis (en arabe : ??? ?????? ????) est un haut gradé de l’armée libyenne. Il portait le rang de général, et a occupé le poste de ministre de l’Intérieur avant de démissionner le 22 février 2011… » [Ibid.]

Ce qui devrait le plus nous inquiéter est qu’aussi bien Jalil que Younis appartiennent à la tribu Haribi, majoritaire dans le Nord-Est de la Libye, qui est précisément celle qui se recoupe avec al-Qaida. D’après l’agence Stratfor, « …la tribu Harabi est historiquement un ensemble puissant de clans de l’Est libyen qui a vu son influence décliner sous Kadhafi. Le leader libyen a en effet confisqué des terres arables aux membres de cette tribu pour les attribuer à d’autres clans plus faibles, mais plus loyaux…La plupart des leaders de l’Est libyen émergeant aujourd’hui proviennent de la tribu Harabi, y compris les chefs du gouvernement provisoire installé à Benghazi, Abdel Mustafa Jalil, et Abdel Fatah Younis, qui ont eu un rôle-clef dans la défection de certains militaires au début de l’insurrection. » [18] C’est un peu comme une course à la présidentielle où les deux candidats seraient issus du même État, sauf que les féroces rivalités tribales aggravent considérablement le problème.

Conseil des rebelles : La moitié des noms restent secrets. Pourquoi ?

Même si l’on regarde le Conseil des rebelles dans sa globalité, l’image d’une base régionale, sectaire et étroite ne s’améliore pas, loin de là. D’après une description récente qui en est faite, le Conseil des rebelles est « présidé par un ex-ministre libyen de la justice, à la bonne réputation, Mustafa Abdul Jalil, et est formé de 31 membres, censés représenter tout le pays, mais dont les noms ne peuvent pas être divulgués pour des ‘’raisons de sécurité’’ » … « Les principaux membres du Conseil, du moins ceux que nous connaissons, appartiennent tous à la confédération de tribus Harabi du Nord-Est libyen. Ces tribus ont de fortes connexions avec Benghazi remontant à avant même la révolution de 1969 qui amena Kadhafi au pouvoir. » [19] D’autres articles confirment le nombre de représentants : « Le Conseil est constitué de 31 membres ; l’identité de plusieurs de ces membres n’a pas été rendue publique afin de préserver leur sécurité. » [20] Etant donné tout ce que nous savons sur l’extraordinaire densité de combattants du GICL et de fanatiques d’al-Qaïda dans le Nord-Est libyen, il nous parait légitime de nous demander si l’identité de tous ces membres du Conseil est véritablement gardée secrète pour les protéger de Kadhafi, ou bien si ce n’est pas plutôt pour éviter que leurs noms ne soient reconnus par l’Occident comme étant ceux de terroristes ou de sympathisants d’al-Qaïda. La dernière hypothèse semble bien plus proche de la situation actuelle.

Les noms divulgués à ce jour sont : Mustafa Abduljaleel ; Ashour Hamed Bourashed, représentant la ville de Darna ; Othman Suleiman El-Megyrahi, pour la région de Batnan ; Al Butnan, pour la zone frontalière avec l’Égypte et Tobrouk ; Ahmed Abduraba Al-Abaar, pourla ville de Benghazi ; Fathi Mohamed Baja, pour Benghazi ; Abdelhafed Abdelkader Ghoga, pour Benghazi ; M. Omar El-Hariri pour les Affaires militaires ; et Dr. Mahmoud Jibril, Ibrahim El-Werfali et Dr. Ali Aziz Al-Eisawi pour les Affaires étrangères. [21]

Le Département d’État devrait interroger ces personnes, en commençant peut-être par Ashour Hamed Bourashed, le délégué pour la ville de Darna, place-forte des terroristes et des candidats à l’attentat kamikaze.

Combien de membres, de vétérans ou de sympathisants d’al-Qaïda font partie du Conseil des rebelles ?

Tout ce que l’on peut savoir à travers le brouillard de la guerre, c’est qu’au moins une douzaine de membres du Conseil ont vu leurs noms publiés officiellement —en tout cas, pas plus de la moitié de ses 31 membres—. Les médias US et européens n’ont pas cherché à identifier pour nous tous ces noms que nous connaissons maintenant, mais surtout ils n’ont pas cherché à attirer l’attention sur cette majorité [obscure] du Conseil des rebelles qui continue d’agir dans le secret le plus total. Par conséquent, nous devons exiger de connaitre le nombre de membres, de vétérans ou de sympathisants du GICL et d’al-Qaida qui appartiennent à ce Conseil des rebelles.

Nous sommes actuellement les témoins d’une tentative de prise de pouvoir de la tribu Harabi sur les 140 autres tribus libyennes. Les Harabi ont déjà pratiquement l’hégémonie du pouvoir dans la région cyrénaïque. Au cœur de la confédération Harabi, on trouve le clan El-Obeidat, qui est lui-même divisé en 15 sous-clans. [22] Toutes ces considérations pourraient être d’un pur intérêt académique, s’il n’y avait cette évidente intersection entre d’une part les tribus Harabi et d’autre part le GICL et al-Qaïda.

Le mouvement Senussi en Libye – monarchiste ou démocratique ?

La tradition politico-religieuse au Nord-Est de la Libye fait de cette région un terreau propice aux sectes musulmanes les plus extrêmes, et la prédispose également à la monarchie bien plus qu’aux formes plus modernes de gouvernement voulues par Kadhafi. La tradition régionale prédominante est celle de l’ordre Sanussi (ou Senussi), une secte musulmane qui s’oppose à l’Occident. En Libye, l’ordre Senussi est étroitement lié à la monarchie, et ce, depuis le Roi Idris —ce dirigeant installé au pouvoir par les Britanniques en 1951 et qui fut renversé par Kadhafi en 1969— et qui était le chef de l’ordre Senussi. Dans les années 1930, les Senussi ont organisé la rébellion contre les colons italiens emmenés par le maréchal Rodolfo Graziani et son armée. Aujourd’hui, les rebelles utilisent le drapeau de la monarchie, et pourraient préconiser le retour sur le trône d’un des deux prétendants appartenant à la lignée d’Idris. [En somme], ils sont bien plus proches de la monarchie que de la démocratie.

Le Roi Idris, révéré par les actuels rebelles libyens

Voici la vision que l’agence Stratfor a du Roi Idris et des Senussi : « Le Roi Idris appartient à une lignée de dirigeants issus de l’ordre Senussi, un ordre religieux soufi fondé en 1842 à Al Bayda qui pratique une forme austère et conservatrice de l’islam. La Sanussie représentait, avant la création de l’État moderne de Libye, une force politique dans la région cyrénaïque, et conserve toujours une certaine influence aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si cette région est le foyer du djihadisme libyen, avec des groupes comme le Groupe islamique combattant en Libye (GICL). Le clan Kadhafi a de fait qualifié la révolte actuelle de complot islamique élaboré… » [23] Sous la monarchie, la Libye était selon certaines estimations, le pays le plus pauvre au monde. Aujourd’hui, elle figure en 53e position dans l’Indice de développement humain de l’ONU. Devançant la Russie, le Brésil, l’Ukraine et le Vénézuéla, elle est de surcroit le pays le plus développé d’Afrique. Le règne de Kadhafi a quelques mérites objectifs qui peuvent difficilement lui être niés.

Le Black Agenda Report de Glen Ford a illustré très justement le caractère raciste et réactionnaire de l’insurrection libyenne. Les tribus du Sud libyen, connues sous le nom de Fezzan, ont la peau brune. La base tribale sur laquelle s’appuie le régime de Kadhafi consiste en une alliance des tribus de l’Ouest, du Centre et du Sud (les Fezzans), qui s’opposent aux Harabi et aux El-Obeidat, qui elles s’identifient à l’ex-classe dirigeante du temps de la monarchie. Les Harabi et les El-Obeidat sont connus pour nourrir de forts sentiments racistes à l’encontre des Fezzans. Cela transparait dans plusieurs articles diffusés dans des médias pro-impérialistes dès le début de l’insurrection, et bien évidemment inspirés par des responsables Harab, selon lesquels les personnes à la peau noire présentes en Libye doivent être traitées comme des mercenaires à la solde de Kadhafi —et doivent par conséquent être exterminées—. Ces propos racistes sont encore répétés par quelques bonimenteurs comme Anne-Marie Slaughter la doyenne de l’École Woodrow Wilson à l’université de Princeton [et ex-directrice de la planification du département d’Etat]. Et effectivement, un nombre impressionnant de noirs africains venant du Tchad ou d’autres pays et travaillant en Libye ont été systématiquement lynchés et massacrés par les forces anti-Kadhafi. La Maison-Blanche d’Obama, qui affiche sa volonté de ne pas voir se reproduire [en Libye] les massacres du Rwanda, a soigneusement ignoré cette histoire effroyable de génocide perpétré par ses nouveaux amis de la région cyrénaïque.

Face à l’obscurantisme des Senussi, Kadhafi a misé sur l’équivalent musulman du sacerdoce de tous les croyants, expliquant que le Califat n’était pas nécessaire pour découvrir le vrai sens du Coran. Il a complété cela par une perspective panafricaine. Gerald A. Perreira du Black Agenda Report écrit la chose suivante à propos de la division théologique entre Kadhafi et les néo-Senussi du Nord Libyen ou d’autres clans obscurantistes : « Al-Qaïda est présente dans le Sahara et à ses frontières, et l’Union internationale des érudits musulmans exige que Kadhafi soit amené devant les tribunaux…[De son côté] Kadhafi a remis en cause l’islam des Frères musulmans et d’al-Qaida d’un point de vue coranique et théologique ; c’est l’un des seuls leaders politiques capables de faire cela. Benghazi a toujours été au cœur de la contre-révolution en Libye, accueillant les mouvements islamiques réactionnaires comme les wahhabites et les salafistes. Ce sont ces individus qui ont formé le Groupe islamique combattant en Libye basé à Benghazi, qui s’est rallié à al-Qaida, et s’est rendu responsable au fil des années, de l’assassinat de plusieurs membres du Comité libyen de la révolution. » [24] Et quel serait, par exemple, le statut des femmes sous le régime néo-Senussi du Conseil des rebelles de Benghazi ?

Al-Qaïda, du démon à l’allié des USA en Libye

Pour ceux qui tentent de suivre les changements dans la façon dont la CIA gère les différentes organisations fantoches au sein du présumé terrorisme islamique, il n’est pas inutile de retracer la transformation du GICL-AQMI qui est passé d’ennemi mortel à proche allié. Ce phénomène est étroitement lié au renversement général des fronts idéologiques de l’impérialisme US qui marque le passage de l’administration Bush-Cheney-néoconservateurs, au régime actuel Obama-Brzezinski-International Crisis Group. L’approche de Bush consistait à utiliser la supposée présence d’al-Qaïda dans un pays pour justifier d’une attaque militaire directe. La méthode Obama consiste [au contraire] à utiliser al-Qaida pour renverser les gouvernements indépendants, et ensuite, soit à séparer les populations et à fragmenter les pays en question, soit à les utiliser comme des pions kamikazes face à des ennemis bien plus forts, comme la Russie, la Chine ou l’Iran. Cette approche nécessite une fraternisation plus ou moins ouverte avec les groupes terroristes, qui a commencé à apparaitre dans le fameux discours d’Obama au Caire en 2009 [25]. Les liens entre la campagne d’Obama et les organisations terroristes déployées par la CIA contre la Russie étaient déjà dans le domaine public il y a trois ans. [26]

JPEG - 20.3 ko
The New Republic a consacré son édition du 11 juin 2008 à préparer l’opinion publique à un recyclage possible des hommes de Ben Laden.

Mais un tel renversement ne s’improvise pas en une nuit ; cela a nécessité plusieurs années de préparation. Le 10 juillet 2009, le Daily Telegraph de Londres rapportait que le Groupe islamique combattant en Libye se séparait d’al-Qaïda. Cela survint alors que les USA avaient décidé de moins s’investir dans la guerre en Irak, et aussi de se préparer à utiliser les Frères musulmans et autres sunnites d’al-Qaida pour déstabiliser des principaux pays arabes en vue de les retourner contre le régime chiite iranien. Paul Cruikshank a écrit à l’époque un article dans le New York Daily News à propos d’un des leaders du GICL qui voulait que son mouvement mette fin à ses relations avec al-Qaida et avec son infâme [chef] Oussama Ben Laden ; Il s’agissait de « Noman Benotman, un ex-chef du Groupe islamique combattant en Libye. Alors que cela fait déjà longtemps que les principaux leaders musulmans critiquent al-Qaïda, ces critiques sont désormais appuyées par celles venant des jihadistes eux-mêmes. » [27] Pourtant dans le même temps, certains chefs du GICL se sont ralliés à al-Qaïda : le Daily Telegraph mentionnait ainsi que certains chefs d’al-Qaida comme Abu Yahya al-Libi et Abu Laith al-Libi étaient des membres du GICL. À la même époque, dans un geste humanitaire [d’ailleurs] peu judicieux, Kadhafi avait décidé de relâcher des combattants du GICL.

À l’heure actuelle, des jihadistes du Nord-Est libyen tuent des soldats US et de l’OTAN en Afghanistan

L’une des contradictions mortelles de la politique actuelle du Département d’État et de la CIA, est qu’elle vise à mettre en place une alliance cordiale avec des tueurs d’al-Qaida issus du Nord-Est libyen [prétendument pour protéger les populations civiles], et qu’au même moment, les USA et l’OTAN bombardent sans pitié les civils au Nord-Ouest du Pakistan au nom de la guerre totale contre al-Qaida, et que les forces US ou de l’OTAN se font tuer par des combattants d’al-Qaida dans ce même théâtre d’opération afghano-pakistanais. La puissance de cette contradiction flagrante menace l’ensemble de l’édifice de propagande de guerre états-unien. Les USA ont abandonné depuis longtemps toute moralité au profit de la force militaire.

En réalité, les terroristes combattants issus du Nord-Est libyen pourraient bien être en train de tuer des soldats US ou de l’OTAN en Afghanistan, pendant que les USA et l’OTAN protègent leurs maisons [des assauts] du gouvernement du colonel Kadhafi. D’après le récit qui suit, un haut dirigeant d’al-Qaida commandant le Nord-Ouest du Pakistan a été tué lors d’une opération militaire états-unienne pas plus tard qu’en octobre 2010 : « Un important dirigeant qui a servi comme ambassadeur d’al-Qaïda auprès de l’Iran, et qui est recherché par les USA, aurait été tué il y a deux jours lors d’une frappe aérienne menée depuis un drone Predator dans la zone pakistanaise contrôlée par des tribus proches des Taliban au Nord-Waziristan (…) Il s’agissait d’Atiyah Abd al Rahman, un ressortissant libyen qui était basé en Iran et avait servi comme ambassadeur d’Oussama Ben Laden auprès des Mollahs. Des rapports de presse non confirmés indiquent que Rahman a été tué lors d’une frappe aérienne… » [28] La page [du site Web] sur laquelle le Département d’État US affiche la récompense pour la capture d’Atiyah Abd al Rahman précise que Rahman avait été « nommé par Oussama Ben Laden émissaire d’al-Qaida en Iran », et qu’Atiyah « recrutait et aidait aux négociations avec les autres groupes islamistes pour qu’ils opèrent pour al-Qaïda » et qu’il était aussi « membre du Groupe islamique combattant en Libye et de [Jamaat] Ansar al Sunna. » [29] Rahman était suffisamment haut placé dans la hiérarchie d’al-Qaïda pour se permettre en 2005 de donner des ordres à Abou Moussab Al-Zarkaoui, le chef d’al-Qaida en Irak [30].

Une autre victime tombée au Pakistan est cet homme apparemment originaire du Nord-Est libyen et connu sous le nom de guerre de Khalid al Harabi, nom qui pourrait indiquer des origines liées au milieu djihadiste des tribus Harabi en Cyrénaïque. D’après une source, « Khalid Al Harabi est aussi connu sous le nom de Khalid Habi, l’ex-chef militaire d’al-Qaida qui fut tué par un tir de Prédator US en octobre 2008. » [Thomas Joscelyn et Bill Roggio, op. cit.]

Le scénario dévoilé dans l’affaire David Shayler en 1995 se reproduit aujourd’hui

David Shayler, un officier du MI-5, le service de contre-espionnage britannique, apprit que son homologue du Renseignement extérieur MI-6 avait versé la somme de 100 000 £ à un membre d’al-Qaida en échange d’une tentative d’assassinat de Kadhafi. La tentative eut bien lieu, et occasionna la mort de nombreux passants innocents, mais échoua à éliminer le dirigeant libyen. Ce que Shayler comprit du scénario est qu’il incluait l’élimination de Kadhafi, suivie par la descente de la Libye dans le chaos et les guerres tribales, avec la possibilité d’une prise de pouvoir directe par al-Qaida elle-même. La situation pourrait alors fournir un prétexte aux Britanniques, agissant probablement, mais pas nécessairement de concert avec les USA ou d’autres pays, pour envahir la Libye et prendre le contrôle des champs pétroliers, sans doute en établissant un protectorat permanent des régions riches en pétrole ou traversées par les pipelines, ainsi que la bordure côtière. [31] Cela reste l’objectif aujourd’hui.

En même temps que la tentative d’assassinat de Kadhafi, le MI-6 et d’autres services secrets occidentaux fomentèrent une importante insurrection dans le Nord-Est libyen, pratiquement dans la même zone où a surgi la rébellion actuelle. Mais la révolte fut alors écrasée par les forces de Kadhafi avant même la fin de l’année 1996. Les événements de 2011 sont simplement la répétition de l’attaque impérialiste contre la Libye, 15 ans plus tard, avec en plus l’intervention étrangère.

Témoignage de David Shayler lors de la conférence Axis for Peace organisée en 2005 par le Réseau Voltaire

La guerre contre l’État Nation

L’actuelle attaque contre la Libye survient dans le contexte plus global d’une attaque contre l’institution d’un État nation souverain, étant donné son existence qui remonte au traité de Westphalie en 1648. Les États-Unis et les Britanniques sont extrêmement inquiets devant la quantité de nations qui tentent d’échapper à l’hégémonie anglo-américaine au travers d’une coopération à grande échelle avec la Russie en matière de sécurité, avec la Chine sur les questions économiques, et avec l’Iran pour ce qui relève des considérations géopolitiques.

La réponse du couple CIA-MI6 a consisté en une vaste orgie de déstabilisations, coups d’État populaires, révolutions colorées, révolutions de palais, mise en lumière par l’opération de diffusion limitée de documents organisée par la CIA et connue sous le nom de Wikileaks, et visant certains noms de la « liste de cibles » de la CIA allant de Ben Ali à Kadhafi. La stratégie d’Obama se serait mieux accommodée d’une initiative spontanée et autonome, et de l’illusion que le printemps arabe fut véritablement l’affaire de jeunes idéalistes visionnaires se rassemblant sur une place pour prêcher la démocratie, la force de la Loi, et les droits de l’homme. Ce ne fut jamais le cas : les décisions actuelles ont été prises par une clique brutale de généraux et de hauts responsables que la CIA a soudoyés ou fait chanter, et qui œuvrent en coulisse pour évincer les personnages comme Ben Ali ou Moubarak. Quoi qu’ait fait Kadhafi par ailleurs, il ne fait aucun doute qu’il a forcé la CIA et l’OTAN à mettre bas les beaux masques de l’idéalisme de la jeunesse et des droits humains, et à révéler l’effroyable visage sous-jacent des drones Predator, des bombardements terrifiants, de la boucherie généralisée et de l’arrogance colonialiste. Kadhafi a aussi réussi à abattre le masque du « Yes we can » d’Obama, dévoilant un va-t-en-guerre cynique poursuivant les politiques bushiennes du « Mort ou vif » ou « Ramenez-le moi », même s’il utilise des moyens différents.

Un lointain miroir de l’impérialisme en Libye : l’épopée « Pharsale » du poète Lucain

Les impérialistes modernes pressés d’envahir la Libye devraient s’inspirer de La Pharsale, l’épopée du poète Lucain, qui traite de la guerre dans le désert libyen lors de la lutte entre Jules César et Pompée le Grand, vers la fin de la République de Rome. Un passage essentiel de ce classique est le discours de Caton d’Utique, partisan de Pompée, qui exhorta ses hommes à entreprendre une mission-suicide en Libye, par ces mots : « Des serpents, la soif, la chaleur et le sable, seule la Libye peut présenter cette multitude de malheurs qui pousserait tout homme à la fuir. » Caton persévère, et trouve « une petite tombe pour renfermer son nom béni, la Libye avait mis fin aux jours de Caton… » [32]

Ne refaisons pas la même folie.

Les pistes d’investigation offertes par l’étude de West Point : un appel aux chercheurs

Le rapport de West Point, comme mentionné ci-dessus, a été mené sur la base de près de 700 fichiers de membres d’al-Qaida récupérés en Irak par les Forces de la Coalition. Les auteurs de cette étude se sont engagés à mettre la base documentaire ayant servi à leur enquête à la disposition du public, à la fois dans la forme de langue arabe utilisée dans ces dossiers d’al-Qaida, mais aussi dans leur forme traduite en anglais. En partant du principe que ces documents restent accessibles, ils pourraient permettre aux chercheurs et aux journalistes, et plus particulièrement ceux ayant des connaissances en arabe (ce qui n’est pas le cas de l’auteur de ces lignes), d’enquêter sur les combattants libyens qui se sont rendus en Irak, et de déterminer si certains d’entre eux sont des parents, des voisins, ou même des associés politiques des membres connus du Conseil des rebelles de Benghazi ou des Forces anti-Kadhafi. Une telle démarche contribuerait à aider les publics européens et américains, et d’autres pays à travers le monde, à mieux comprendre la nature de l’aventure militaire en cours en Libye, au travers d’une meilleure connaissance de qui sont réellement les rebelles libyens, et non par l’image idéaliste et élogieuse qu’en font les médias occidentaux sous contrôle.

Documents joints

« Al Qa’ida’s Foreign Fighter in Iraq : A First Look at the Sinjar Records », par Joseph Felter et Brian FishmanWest Point, NY : Projet Harmony, Centre de lutte contre le terrorisme, Département des sciences sociales, décembre 2007
(PDF – 824.6 ko)
 Webster G. Tarpley
Historien et journaliste états-unien. Dernier ouvrage paru en français : La Terreur fabriquée, made in USA. Dernier ouvrage en anglais : Barack H. Obama : The Unauthorized Biography(Progressive Press, 2008).
Les articles de cet auteur
Envoyer un message

Traduction GV (ReOpen911).


[1] « Résolution 1973 (zone d’exclusion aérienne sur le Libye) », Réseau Voltaire, 17 mars 2011.

[2] Voir par exemple « Tribune de Barack Obama, David Cameron et Nicolas Sarkozy sur la Libye » (texte publié ultérieurement à la publication du présent article en anglais), 15 avril 2011.

[3] “Libyan rebellion has radical Islamist fervor : Benghazi link to Islamic militancy, U.S. Military Document Reveals,” par Daya Gamage, Asian Tribune, 17 mars 2011,

[4] Rapport de West Point, p. 12.

[5] Rapport de West Point, p. 19.

[6] Rapport de West Point, p. 27.

[7] Rapport de West Point, p. 9.

[8] « Libya releases scores of prisoners », Al Jazeera English, 9 avril 2008. « Libya : Scores of prisoners released from jail ». AKI, 9 avril 2008.

[9] Rapport de West Point, p. 12.

[10] Rapport de West Point, p. 27.

[11] Rapport de West Point, p. 29.

[12] Rapport de West Point, p. 28.

[13] « Egypt Said to Arm Libya Rebels », par Charles Levinson et Matthew Rosenberg, Wall Street Journal, 17 mars 2011. Et « America’s secret plan to arm Libya’s rebels », par Robert Fisk, The Independent, 7 mars 2011

[14] Daya Gamage, op. cit.

[15] La Terreur Fabriquée, Made in USA, par Webster Tarpley, éd. Demi-lune, ouvrage recommandé par le Réseau Voltaire, en vente par correspondance depuis la Librairie du Réseau Voltaire.

[16] « Le partage de la Libye a commencé à Londres », Réseau Voltaire, 30 mars 2011.

[17] D’après la version anglaise de sa notice dans l’encyclopédie Wikipedia au 24 mars 2011.

[18] « Libya’s Tribal Dyanmics », Stratfor, 25 février 2011,

[19] “Who are the rebels we are fighting to protect,” par Venetia Rainey, The First Post, 21 mars 2011.

[20] Notice de l’encyclopédie anglaise Wikipedia au 24 mars 2011.

[21] « Statement by the Libyan Transitional National Council », Voltaire Network, 5 mars 2011.

[22] « L’occidente alla guerra delle tribù », par Massimo Introvigne, La Bussola quotidiana, 22 mars 2011.

[23] Stratfor, op. cit.

[24] « Libya, Getting it Right : A Revolutionary Pan-African Perspective », par Gerald A. Perreira, Black Agenda Report, 2 mars 2011.

[25] « Discours à l’université du Caire », par Barack Obama, Réseau Voltaire, 4 juin 2009.

[26] « Obama Campaign Linked To Chechen Terrorism : Grant Of Taxpayer-Funded U.S. Asylum For Chechen Terror Envoy Gave Obama Foreign Policy Guru Zbigniew Brzezinski ‘One Of The Happiest Days Of My Life », par Webster G. Tarpley, 2 février 2008 ; et le livre Obama the Postmodern Coup : The Making of a Manchurian Candidate, par Webster G. Tarpley (Joshua Treet CA : Progressive Press, avril 2008), pp. 97-115.

[27] « How Muslim extremists are turning on Osama Bin Laden ». par Paul Cruikshank, New York Daily News, 8 juin 2008. Cruickshank est membre du Centre d’Étude sur la Loi et la Sécurité à la New York University. Il est co-auteur, avec Peter Bergen, de l’article paru en une du bimensuel The New Republic, « The Jihadist Revolt against Bin Laden ».

[28] « Al Qaeda leader linked to Iran may have been killed in recent Predator strike », par Thomas Joscelyn et Bill Roggio, The Long War Journal, 9 octobre 2010.

[29] Ibid.

[30] Voir notre dossier Abou Moussab Al-Zarkaoui.

[31] Voir Annie Machon (2005). Spies, Lies & Whistleblowers. MI5, MI6 and the Shayler Affair Lewes, East Sussex : The Book Guild Ltd. 185776952X ; Hollingsworth, Mark ; Nick Fielding (1999). Defending the Realm : MI5 and the Shayler Affair. Andre Deutsch Ltd. ISBN 0233996672.

[32] Pharsalia, Book IX, par Lucain, traduction de Riley (London : Bell, 1903), p. 355.

Source: http://www.voltairenet.org/article169989.html

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri par Thierry Meyssan

Publié par sylvainguillemette le 5 décembre, 2010

Alors que la presse occidentale annonce l’imminente inculpation de dirigeants du Hezbollah par le Tribunal spécial pour le Liban, la revue russe Odnako remet en cause l’ensemble de l’enquête réalisée par les Nations Unies. Selon Thierry Meyssan, l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri aurait été assassiné avec une arme fournie par l’Allemagne. L’ancien procureur allemand et premier responsable de l’enquête onusienne, Detlev Mehlis, aurait falsifié un indice pour masquer la responsabilité de son pays. Ces révélations embarrassent le Tribunal et renversent la donne au Liban.

Les multiples conflits du Proche-Orient se cristallisent désormais autour du Tribunal spécial pour le Liban (TSL). La paix et la guerre dépendent de lui. Pour les uns, il doit permettre de démanteler le Hezbollah, de soumettre la Résistance et d’instaurer la Pax Americana. Pour les autres, il bafoue le droit et la vérité pour assurer le triomphe d’un nouvel ordre colonial dans la région.

Ce tribunal a été créé, le 30 mai 2007, par la Résolution 1757 du Conseil de sécurité pour juger les commanditaires supposés de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Dans le contexte de l’époque, cela signifiait ni plus, ni moins, juger les présidents syrien et libanais en exercice Bachar el-Assad et Emile Lahoud, les bêtes noires des néoconservateurs. Cependant il s’avéra que cette piste ne reposait sur aucun élément concret et qu’elle avait été alimentée par de faux témoins. N’ayant plus personne à juger, le Tribunal aurait pu disparaître dans les limbes de la bureaucratie lorsqu’un coup de théâtre le plaça à nouveau au cœur des conflits politiques régionaux. Le 23 mai 2009, le journaliste atlantiste Erich Follath révéla dans le Spiegel Online que le procureur s’apprêtait à inculper de nouveaux suspects : des dirigeants militaires du Hezbollah. Depuis 18 mois, son secrétaire général, Hassan Nasrallah clame l’innocence de son parti. Il affirme que cette procédure vise en réalité à décapiter la Résistance pour offrir la région à l’armée israélienne. De son côté, l’administration états-unienne se pose soudain en défenseur du droit et assure que nul ne saurait se soustraire à la Justice internationale.

Quoi qu’il en soit, la mise en accusation —que tous s’accordent à dire imminente— de leaders chiites pour l’assassinat d’un leader sunnite est de nature à enflammer la fitna, c’est-à-dire la guerre civile musulmane, plongeant la région dans de nouveaux soubresauts sanglants.

En visite officielle à Moscou, les 15 et 16 novembre, Saad Hariri —actuel Premier ministre et fils du défunt— a répété que la politisation du tribunal risquait d’enflammer une nouvelle fois son pays. Le président Medvedev lui a répondu que la Russie voulait que la Justice passe et réprouvait tout effort pour discréditer, affaiblir ou retarder le travail du tribunal. Cette position de principe repose sur la confiance accordée a priori par le Kremlin au TSL. Or celle-ci sera sûrement ébranlée par les révélations d’Odnako.

En effet, nous avons souhaité faire le point sur l’assassinat de Rafiq Hariri. Les éléments que nous avons découverts font apparaître une nouvelle piste dont on se demande pourquoi elle n’a jamais été explorée jusqu’ici. Au cours de notre longue enquête, nous avons rencontré de nombreux protagonistes, trop sans doute, de sorte que nos investigations se sont ébruitées et ont affolé ceux pour qui la piste de la Résistance armée libanaise est une bonne aubaine. Tentant de nous intimider, le Jerusalem Post a lancé une attaque préventive, le 18 octobre, sous la forme d’un long article consacré à notre travail. De manière purement diffamatoire, il y accuse l’auteur de cet article d’être payé un million de dollars par l’Iran pour disculper le Hezbollah.

Venons-en aux faits, le convoi de Rafiq Hariri a été attaqué à Beyrouth le 14 février 2005. L’attentat à fait vingt-trois morts et une centaine de blessés. Un rapport préliminaire diligenté par le Conseil de sécurité souligne les réactions peu professionnelles des policiers et magistrats libanais. Pour y pallier le Conseil missionne ses propres enquêteurs et leur fournit des moyens très importants dont le Liban ne dispose pas. Dès le départ de ces investigations, il a été admis que l’attentat avait été perpétré par un kamikaze qui conduisait un camionnette bourrée d’explosifs.

La commission des Nations unies ayant été créée pour apporter le professionnalisme qui manquait aux Libanais, on s’attend à ce qu’elle ait suivi scrupuleusement les procédures criminelles classiques. Or, il n’en est rien. L’analyse de la scène du crime, en se basant sur sa topographie qui est intacte et sur les photos et vidéos du jour, n’a pas été réalisée en détail. Les victimes n’ont pas été exhumées et autopsiées. Pendant longtemps, rien n’a été entrepris pour vérifier le modus operandi. Après avoir écarté l’hypothèse d’une bombe enfouie dans le sol, les enquêteurs ont considéré comme certaine la version de la camionnette sans la vérifier.

Pourtant, cette version est impossible : chacun peut observer sur la scène du crime un profond et vaste cratère qu’une explosion en surface ne peut creuser. Devant l’insistance des experts suisses qui refusent d’avaliser la version officielle, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a procédé à une reconstitution à huis clos, le 19 octobre dernier. Elle ne s’est pas tenue au Liban, ni même aux Pays-Bas où siège le TSL, mais en France, un des principaux Etats à financer le Tribunal. Les bâtiments de la scène du crime y ont été reconstruits et de la terre de Beyrouth y a été transportée. Le convoi a été reconstitué y compris avec une voiture blindée. Il s’agissait de démontrer que la hauteur des immeubles en béton avait confiné l’explosion, de sorte que le souffle avait pu creuser le cratère. Les résultats de cette coûteuse expérience n’ont pas été divulgués.

 

Ce qui frappe en regardant les photos et les vidéos prises juste après l’attentat, c’est d’abord l’incendie. Partout des carcasses de voiture et des objets de toutes sortes brûlent. Puis, ce sont les corps des victimes : ils sont carbonisés d’un côté et intacts de l’autre. C’est très étonnant et cela n’a rien à voir avec ce que provoquent des explosifs classiques.

La théorie d’un mélange de RDX, PETN et TNT dans la camionnette du kamikaze n’explique pas ces dégâts.

Si l’on observe de près les photos du cadavre de Rafiq Hariri, on remarque d’étranges détails : sa riche montre en or massif a fondu sur son poignet, au contraire, le col en tissu raffiné de sa chemise de luxe est intact autour de son cou.

Que s’est-il donc passé ?

L’explosion a dégagé un souffle d’une chaleur exceptionnellement intense et d’une durée exceptionnellement brève. Ainsi, les chairs exposées au souffle ont été instantanément carbonisées, tandis que l’envers des corps n’a pas été brûlé.

Les objets à forte densité (comme la montre en or) ont absorbé cette chaleur et ont été détruits. Au contraire, les objets à faible densité (comme le linge fin du col de chemise) n’ont pas eu le temps d’absorber la chaleur et n’ont donc pas été touchés.

JPEG - 31.1 ko
La dépouille de Rafiq Hariri.

Sur les vidéos, on voit également que des membres de certains cadavres ont été sectionnés par l’explosion. Curieusement, les coupes sont nettes, comme s’il s’agissait de statues de calcaire. On ne voit pas d’os brisés et proéminents, ni de chairs arrachées. C’est que l’explosion a absorbé l’oxygène et déshydraté les corps qui sont devenus friables. Plusieurs témoins, présents à proximité de l’attentat, ont d’ailleurs fait état de troubles respiratoires dans les heures qui suivirent. A tort, les autorités ont interprété cela comme la somatisation d’un traumatisme psychologique.

Ces constatations sont le b. a.-ba de toute enquête criminelle. Il fallait commencer par cela, mais elles ne figurent pas dans les rapports des « professionnels » au Conseil de sécurité.

Lorsque nous avons demandé à des spécialistes militaires quels explosifs pouvaient provoquer ces dégâts, ils ont évoqué un nouveau type d’arme qui fait l’objet de recherches depuis des décennies et de compte rendus dans des revues scientifiques. En combinant des connaissances nucléaires et nanotechnologiques, on parvient à créer une explosion dont on contrôle précisément la puissance. On programme l’arme pour qu’elle détruise tout dans un périmètre donné, calculé au centimètre près.

Toujours selon nos spécialistes militaires, cette arme provoque aussi d’autres dégâts : elle exerce une forte pression sur la zone de l’explosion. Lorsque celle-ci s’interrompt, les objets les plus lourds sont projetés vers le haut. Ainsi, des voitures se sont élevées dans les airs.

Un détail ne trompe pas : cette arme utilise une nano quantité d’uranium enrichi dont les radiations sont mesurables. Or, un passager de la voiture blindée de Rafiq Hariri a survécu. L’ancien ministre Bassel Fleyhan a été transporté dans un prestigieux hôpital militaire français pour y être soigné. Les médecins ont constaté avec étonnement qu’il avait été en contact avec de l’uranium enrichi. Personne n’a fait le lien avec l’attentat.

Techniquement, cette arme prend la forme d’un petit missile de quelques dizaines de centimètres de long. Il doit être tiré depuis un drone. En effet, plusieurs témoins ont assuré avoir entendu un aéronef survolant la scène du crime. C’est pourquoi les enquêteurs ont demandé aux Etats-Unis et à Israël qui disposent de satellites d’observation positionnés en permanence de leur transmettre les clichés dont ils disposent. Les Etats-Unis avaient également déployé des avions AWACS sur le Liban ce jour-là. Ces enregistrements permettraient de vérifier la présence d’un drone et peut-être même de suivre son trajet. Mais Washington et Tel-Aviv —qui ne cessent d’exiger la coopération judiciaire de tous avec le TSL— ont refusé ce service.

JPEG - 21.7 ko
Le Hezbollah a intercepté et publié des vidéos des drones israéliens effectuant des repérages des habitudes de Rafiq Hariri et de la scène du crime.

Lors d’une conférence de presse, le 10 août dernier, Hassan Nasrallah a projeté des vidéos tournées selon lui par des drones israéliens et interceptées par son organisation. Ils auraient observé durant des mois les déplacements de Rafiq Hariri, avant de concentrer leur surveillance sur le virage où l’attentat a eu lieu. Tel-Aviv aurait donc réalisé les repérages préalables à l’assassinat. Ce qui, ainsi que le souligne M. Nasrallah, ne veut pas dire qu’il l’ait perpétré.

Qui donc a tiré le missile ?

C’est là que les choses se compliquent. Selon les experts militaires, en 2005, seule l’Allemagne était parvenue à maîtriser cette nouvelle technologie. C’est donc Berlin qui aurait fourni et programmé l’arme du crime.

Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’ancien procureur berlinois Detlev Mehlis —un magistrat très controversé au sein de sa profession— a tenu à présider la Commission d’enquête onusienne. Il est en effet notoirement lié aux services secrets allemands et états-uniens. Chargé en 1986 d’élucider l’attentat contre la discothèque berlinoise La Belle, il n’avait pas hésité à masquer les implications israélienne et états-unienne pour accuser mensongèrement la Libye et justifier le bombardement du palais de Mouammar Khadafi par l’US Air Force. Au début des années 2000, M. Mehlis a été grassement rémunéré comme chercheur par le Washington Institute for Near East Policy (le think-tank du lobby pro-israélien AIPAC) et par la Rand Corporation (le think-tank du complexe militaro-industriel états-unien). Autant d’éléments qui jettent un doute sur son impartialité dans l’affaire Hariri et auraient dû le faire récuser.

Mehlis était assisté du commissaire Gehrard Lehmann. Cet officier est lui aussi un agent notoire des services secrets allemands et états-unien. Il a été reconnu formellement par un témoin comme participant au programme d’enlèvement, de séquestration et de tortures, mis en place en Europe par l’administration Bush. Son nom est cité dans le rapport ad hoc du Conseil de l’Europe. Cependant, il a échappé à toute poursuite judiciaire grâce à un alibi aussi solide que peu crédible, fourni part ses collègues de la police allemande.

Mehlis et Lehmann ont promu la thèse du kamikaze et de sa camionnette bourrée d’explosifs afin d’écarter toute investigation sur l’arme allemande qui a servi à commettre le crime.

Des échantillons de terre ont été prélevés sur la scène du crime. Après avoir été mélangés, ils ont été divisés en trois bocaux qui ont été envoyés à trois laboratoires différents. Les deux premières analyses n’ont trouvé aucune trace d’explosif. Le troisième bocal a été pris par Mehlis et Lehmann, et envoyé par leur soin au troisième laboratoire. Celui-ci y a trouvé les traces d’explosifs recherchés. En principe, si l’on décide de recourir à trois experts judiciaires, c’est qu’en cas de désaccord entre eux, on se reportera à l’avis majoritaire. Que nenni ! Mehlis et Lehmann ont violé les protocoles. Ils ont considéré que seul leur bocal était fiable et ont emmené le Conseil de sécurité sur une fausse piste.

Le caractère profondément malhonnête des investigations du duo Mehlis-Lehman n’a plus besoin d’être démontré. Leurs successeurs l’ont reconnu à demi-mots et ont annulé des pans entiers de procédure.

Parmi leurs manipulations, la plus célèbre est celle des faux témoins. Cinq individus ont prétendu avoir été témoins de la préparation de l’attentat et ont mis en cause les présidents Bachar el-Assad et Emile Lahoud. Alors que ces imputations faisaient chauffer le chaudron de la guerre, leurs avocats démontrèrent qu’ils mentaient et l’accusation se dégonfla.

JPEG - 16.3 ko
Le président de la Commission d’enquête de l’ONU, Detlev Mehlis, a violé les règles de procédure pénale, fabriqué de fausses preuves et utilisé de faux témoignages, pour disculper l’Allemagne et accuser la Syrie.

Sur la base de ces faux témoignages, Detlev Mehlis arrêta, au nom de la Communauté internationale, quatre généraux libanais et les fit incarcérer durant quatre ans. Pénétrant avec ses cow-boys au domicile de chacun, sans mandat de la justice libanaise, il interpella également les membres de leur entourage. Avec ses assistants —qui s’expriment entre eux en hébreu— il tenta de manipuler les familles. Ainsi, au nom de la Communauté internationale, il présenta des photos truquées à l’épouse d’un des généraux pour le convaincre que son mari non seulement lui cachait son implication dans le meurtre, mais la trompait. Simultanément, il tenta une manoeuvre similaire auprès du fils du « suspect », mais cette fois pour essayer de le convaincre que sa mère était une femme légère et que son père, désespéré, venait de sombrer dans une sorte de folie meurtrière. L’objectif était de provoquer un crime d’honneur au sein de la famille et de ternir ainsi l’image de gens respectables et respectés.

Plus incroyable encore, Lehmann proposa à un des quatre généraux incarcérés de le libérer s’il acceptait de porter un faux témoignage contre un dirigeant syrien.

Par ailleurs, le journaliste allemand Jürgen Cain Külbel mit en évidence un détail troublant : il était impossible de provoquer l’explosion avec une télécommande ou d’utiliser une balise sur la cible sauf à désactiver le puissant système de brouillage dont le convoi de Rafiq Hariri était équipé. Un système parmi les plus sophistiqués au monde, fabriqué… en Israël.

Külbel fut sollicité par un militant pro-palestinien connu, le professeur Said Dudin, pour promouvoir son livre. Mais Dudin, en multipliant les déclarations outrancières, s’appliqua surtout à le saboter. Külbel, ancien officier de police criminelle d’Allemagne de l’Est, ne tarda pas à découvrir que Dudin était connu de longue date pour être un agent de la CIA infiltré dans la gauche allemande. Il publia d’anciens rapports est-allemands attestant du fait et fut alors condamné pour divulgation illégale de documents et brièvement incarcéré ; tandis que Dudin s’installait à l’ambassade d’Allemagne à Beyrouth et tentait d’infiltrer les familles des quatre généraux.

Passé inaperçu au Proche-Orient le rôle de l’Allemagne dans cette région doit être souligné. La chancelière Angela Merkel a envoyé un contingent très important pour participer à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) après la guerre entreprise par Israël contre le pays du Cèdre à l’été 2006. Les 2 400 soldats allemands contrôlent de dispositif maritime pour empêcher l’approvisionnement en armes de la Résistance via la Méditerranée. A cette occasion, Mme Merkel a déclaré que la mission de l’armée allemande était de défendre Israël. Ce discours a provoqué un vent de fronde parmi les officiers. Par centaines, ils lui ont écrit pour lui rappeler s’être engagés pour défendre leur patrie et non un Etat étranger, fusse t-il allié.

Fait sans précédent, le 17 mars 2008 à Jérusalem et le 18 janvier 2010 à Berlin, les gouvernements allemand et israélien ont tenu un conseil des ministres commun. Ils y ont adopté des programmes divers, notamment en matière de défense. A ce stade, il n’y a plus beaucoup de secrets entre Tsahal et la Bundeswehr.

L’enquête de Detlev Mehlis a sombré non seulement dans le ridicule des faux témoins, mais dans l’illégalité de l’arrestation des quatre généraux. Au point que le Groupe de travail sur les détentions arbitraires du Conseil des droits de l’homme de l’ONU est intervenu pour condamner fermement cet excès de pouvoir.

Toutefois, l’opprobre qui frappe le travail de M. Mehlis ne doit pas éclabousser le Tribunal spécial pour le Liban qui n’est aucunement responsable de ses manipulations. Mais, là encore, les choses se compliquent. La crédibilité du TSL dépend de sa capacité à réprimer en premier lieu tous ceux qui ont tenté de masquer la vérité et d’accuser mensongèrement les présidents Bachar el-Assad et Emile Lahoud pour provoquer une guerre. Or, le Tribunal refuse de juger les faux témoins, donnant l’impression qu’il couvre les manipulations de la période Mehlis et poursuit des objectifs politiques similaires (cette fois contre le Hezbollah, peut-être demain contre d’autres). Pis, le Tribunal refuse de remettre, à Jamil Sayyed (un des quatre généraux illégalement emprisonné), les procès-verbaux d’audition des personnes qui l’ont accusé, lui interdisant ainsi de demander réparation et donnant l’impression qu’il couvre quatre années de détention arbitraire.

De manière plus prosaïque, le Tribunal fuit ses responsabilités. D’un côté, il doit juger les faux témoins pour dissuader de nouvelles manipulations et pour manifester son impartialité ; d’un autre il ne veut pas se lancer dans une opération « mains propres » au cours de laquelle il lui faudrait peut-être arrêter le procureur Mehlis. Cependant, les révélations d’Odnako sur la piste allemande rendent cette stratégie intenable. D’autant qu’il est déjà bien tard : le général Jamil Sayyed a déposé une plainte en Syrie et un juge d’instruction syrien a déjà inculpé le procureur Detlev Mehlis, le commissaire Gerhard Lehman et les cinq faux témoins. On imagine la confusion qui s’abattra sur le TSL si la Syrie saisit Interpol pour les faire arrêter.

De même que la commission Mehlis devait apporter le professionnalisme qui manquait aux forces de l’ordre libanaises, de même le TSL devait apporter l’impartialité qui risquait de faire défaut aux juridictions libanaises. On est loin du compte et ceci soulève la question de la légitimité de cette institution.

Kofi Annan souhaitait que le Tribunal pour le Liban ne soit pas une juridiction internationale, mais un tribunal national libanais à caractère international. Il aurait été régi par le droit libanais tout en étant composé pour moitié de juges internationaux. Cela n’a pas été possible car la négociation a tourné court. Ou plutôt, un accord a été trouvé avec le gouvernement libanais de l’époque, présidé par Fouad Siniora, l’ancien fondé de pouvoir des entreprises Hariri, mais n’a pas été ratifié ni par le Parlement, ni par le président de la République. Du coup, cet accord a été avalisé unilatéralement par le Conseil de sécurité (Résolution 1757 du 30 mai 2007). Par conséquent, le TSL est hybride et fragile.

Ainsi que l’a précisé Kofi Annan, ce tribunal n’est comparable à aucun des tribunaux mis en place jusqu’ici par les Nations Unies. « Il n’est pas un organe subsidiaire de l’ONU, ni un élément de l’appareil judiciaire libanais », c’est tout juste « un organe conventionnel » entre l’exécutif des Nations Unies et l’exécutif libanais. Si l’on se réfère à l’exigence internationale de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la Justice face à l’Exécutif, on ne peut pas considérer le TSL comme un véritable tribunal, juste comme une commission disciplinaire conjointe des exécutifs libano-onusiens. Quelque soient ses décisions, elles seront donc frappées de suspicion.

Pis, à tout moment, n’importe quel gouvernement libanais peut y mettre fin, puisque l’accord n’ayant pas été ratifié n’engageait que l’ancien gouvernement. Du coup, l’actuel gouvernement de coalition libanais s’est transformé en champ de bataille entre partisans et adversaires du tribunal. Tentant de préserver la stabilité gouvernementale, le président de la République, Michel Sleimane, dissuade semaine après semaine le Conseil des ministres de passer au vote sur toute question relative au TSL. Ce barrage ne tiendra pas éternellement.

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, la suspicion atteint maintenant le président du TSL, Antonio Cassese. Ce spécialiste réputé du droit international fut président du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie. Or M. Cassese est un fervent partisan de la colonisation juive de la Palestine. Ami personnel d’Elie Wiesel, il a reçu et accepté un prix honorifique de sa main. Il aurait donc dû se récuser et démissionner lorsque Hassan Nasrallah a révélé que des drones israéliens avaient repéré durant des mois les habitudes de la victime et la scène du crime.

JPEG - 15.6 ko
Selon le président du Tribunal spécial pour le Liban, Antonio Cassese, la Résistance armée en Palestine, Liban, Irak et Afghanistan doit être jugée pour « terrorisme ».

Plus grave, le juge Cassese incarne une conception du droit international qui fait clivage au Proche-Orient. Bien qu’il ait retiré ce point de son curriculum vitae officiel, il participa en 2005 aux négociations entre les Etats membres de l’Union européenne et ceux de la Méditerranée (« Processus de Barcelone »). Sa définition du terrorisme bloqua les discussions. Selon lui, le terrorisme est exclusivement le fait d’individus ou de groupes privés, jamais d’Etats. Il s’ensuit que la lutte contre une armée d’occupation ne saurait être considérée comme de la « résistance », mais comme du « terrorisme ». Dans le contexte local, cette position juridique relève de l’ordre colonial et disqualifie le TSL.

Les méthodes du Tribunal spécial ne diffèrent guère de celles de la Commission Mehlis. Ses enquêteurs ont collecté des fichiers de masse : sur les étudiants libanais, les bénéficiaires de la Sécurité sociale, les abonnés d’Electricité du Liban et de l’Office des eaux. Le 27 octobre, ils ont même tenté, hors de la présence de magistrats libanais, de s’emparer par la force des dossiers médicaux d’une clinique gynécologique fréquentée par les épouses de membres du Hezbollah. Toutes ces investigations sont évidemment sans lien avec l’assassinat de Rafiq Hariri. Tout porte les Libanais à croire que ces informations sont destinées à Israël dont le TSL n’est à leurs yeux qu’une simple émanation.

Tous ces problèmes avaient été parfaitement anticipés par le président Poutine qui avait vainement proposé, en 2007, une autre rédaction de la résolution instituant le Tribunal spécial. L’ambassadeur Vitaly Churkin avait dénoncé les « lacunes juridiques » du système. Il s’était indigné que le Conseil de sécurité menace de recourir à la force (Chapitre VII) pour créer unilatéralement cet « organe conventionnel ». Il avait souligné que le Tribunal devait œuvrer à la réconciliation des Libanais, mais était conçu de sorte qu’il les opposerait un peu plus. En définitive, la Russie — comme la Chine— avait refusé d’approuver la Résolution 1757.

Reste que la vérité émerge peu à peu. Les interceptions de vidéos de drones israéliens, rendues publiques par le Hezbollah, montrent une préparation israélienne du crime. Les faits révélés par Odnako montrent l’usage d’une arme allemande sophistiquée. Le puzzle est presque complet.

 

Source

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

Le bras canadien

Publié par sylvainguillemette le 19 octobre, 2010

Pendant qu’au Québec le gouvernement Charest se rapproche des positions environnementales du gouvernement Harper tout en faisant fi de la majorité québécoise voulant un moratoire sur les gaz de schiste, et que la ministre de la condition féminine s’affectionne des recruteurs militaires dans nos écoles québécoises, le Canada plonge dans une suite de défaites, qui ne seront pas sans impact sur l’avenir de son gouvernement.

Alors qu’aux  Émirats Arabes le Canada se fait mettre à la porte de la seule base militaire de laquelle pouvaient partir ses troupes pour l’occupation de l’Afghanistan et le maintien du régime du dictateur Hamid Karzaï, à l’O.N.U., Ottawa essuie un cuisant revers sur son application au poste non-permanent du Conseil de Sécurité. Incapable de s’acquitter de sa responsabilité ministérielle en ce qui concerne les dossiers internationaux, et le reflet de celle-ci par le vote punitif de la communauté internationale, le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon chemine le péché vers l’opposition. Il accuse celle-ci de diviser le Canada.

Mais ce n’est pas l’opposition qui se dégage de ses responsabilités envers l’enfant-soldat Omar Khadr, détenu dans une prison jugée illégale par la Cour Suprême des États-Unis d’Amérique, où il y est torturé, et dont la notion de droit n’existe pas pour les prisonniers. Steven Blaney affirmait pour sa part, qu’Omar Khadr avait commis un geste grave sur les ondes de Radio-Canada lors du «Match des Élus». Mais quand on s’y attarde, qu’y a-t-il de grave à lancer des grenades à ceux qui nous en lancent également, lors d’une guerre par exemple, et pour préciser, lors de la défense de «sa terre» des forces illégitimement invasives? Et n’est-ce pas l’un des premiers gestes, que de lancer une grenade efficacement, qu’on apprend en cours d’instruction dans les Forces Armées Canadiennes, ou à tout de moins, dans le métier d’infanterie? Encore faut-il que l’histoire racontée par les soldats envahisseurs de l’Afghanistan soit vraie…, ce qui ne semble pas être le cas. Mais qu’importe si elle est vraie ou non, avec une logique pareille, il n’y aurait plus de place dans les prisons! Quel geste de guerre, dans une guerre, n’est pas un geste grave, dites-moi? Dire qu’Ottawa vient de se payer des machines à tuer  des civils, sans pilote…, ça promet.

Refusant donc d’en venir à l’évidence de son incompétence à se faire impartial dans plusieurs dossiers, le ministre Lawrence Cannon reflète bien l’irresponsabilité de ce gouvernement, qui se complaît dans une hypocrite extension des politiques impérialistes états-uniennes. D’une part, il appuie tous crimes d’Israël, au nom de la défense, lorsqu’il s’agit pour la plupart du temps, d’attaques.

Au nom de la défense, Ottawa sous les conservateurs, laisse Israël user d’armes de Destruction Massive sur des civils. Au nom de la défense, Ottawa n’est aucunement gêné qu’Israël possède un arsenal nucléaire de plus de cent ogives alors pourtant, qu’Israël déboute les agents de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique hors de ses frontières, tout en refusant de signer le Traité de Non Prolifération nucléaire. Ottawa se réfugie pourtant derrière la «menace nucléaire» inexistante de l’Iran pour s’empresser de la bombarder de sanctions, et de justifier la prochaine guerre de l’impérialiste Yankee. Et pourtant, Téhéran a signé le TNP, puis ne refoule pas les agents de l’AIEA.

Sinon, les attaques, et de 2006 au Liban, et de 2008 à Gaza auront également démontré les vraies couleurs des conservateurs à Ottawa, se complaisant de crimes commis contre l’humanité, n’étant plus très loin de condamner celle-ci de se retrouver en travers du chemin des ADM d’Israël. Qui ne s’en rappelle pas? On dirait bien que certains s’en sont rappelés à l’ONU.

Outre les crimes et les atrocités que le Canada ait pou soutenir sous les conservateurs, il y a bien entendu le dossier de l’environnement, qui n’arrange rien dans le contexte. Alors que des pays sont au bord de se faire avaler par les océans, les conservateurs continuent de braver «Gaïa», comme s’il était normal que les nappes phréatiques des régions touchées par les sables bitumineux soient imbibées de produits chimique et de métaux lourds, et que les communautés autochtones les bouffent et les boivent, au gain de multiples versions cancéreuses.

Le Canada, qui signait jadis des ententes auprès des nations unies sur des engagements clairs et définis quant à l’environnement, passe désormais ses contrats auprès chez Lockheed Martin, plus conciliante, finalement, avec ses nouveaux principes.

Finalement, le Canada n’est-il pas que le bras canadien de l’Empire États-unien?

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire »

Neuf ans après le 11-Septembre

Publié par sylvainguillemette le 14 septembre, 2010

Le temps passe. Neuf ans après les attentats qui endeuillèrent les États-Unis, la lucidité et la ténacité de Thierry Meyssan portent leurs fruits : une large majorité de personnes dans le monde ne croit plus à la version gouvernementale des États-Unis. Ce phénomène s’observe jusqu’aux États-Unis, où un dernier sondage évalue à 74 % le nombre de citoyens pris par le doute. Même les responsables de la commission d’enquête présidentielle admettent ne pas être convaincus par le rapport qu’ils ont signé. Pour l’initiateur opiniâtre de ce débat, le temps n’est plus à discuter de l’impossibilité de la version officielle, il faut maintenant saisir l’ONU et poursuivre les réels coupables.Nous commémorons le neuvième anniversaire des attentats du 11-Septembre qui marquèrent le début d’une guerre que ses promoteurs voulaient sans fin. Après avoir tué près de 3 000 personnes aux États-Unis, les commanditaires des attentats causèrent la mort de plus d’un million de personnes supplémentaires en Afghanistan et en Irak. Leur plan prévoyait de poursuivre ce carnage en détruisant la Syrie et l’Iran, mais ils n’ont pu —pour le moment— mener cette phase à exécution.

À l’occasion de ce triste anniversaire, ceux qui ont rejeté la responsabilité de leur propre crime sur des islamistes avant de ravager le Proche-Orient musulman nous offrent une nouvelle mise en scène. Un faux débat agite les États-Unis à propos de la construction d’un centre culturel musulman à Manhattan, et un autre faux débat accompagne l’autodafé annoncé de Corans. À l’issue de ces provocations, les autorités US ne manqueront pas de nous expliquer qu’elles sont intervenues pour garantir la liberté religieuse dans leur pays, espérant ainsi nous faire oublier que les crimes de masse qu’elles ont commis au Proche-Orient le furent dans une ambiance de croisade contre l’islam.

Elles voudraient aussi nous empêcher de prendre conscience de leur échec à convaincre. Il y a neuf ans, j’étais seul à réfuter les mensonges du 11-Septembre, à dénoncer un coup d’État du complexe militaro-industriel, et à alerter sur les projets bellicistes du nouvel Empire. Malgré les insultes, les menaces et les attaques, j’ai parcouru le monde pour éclairer l’opinion publique internationale et désamorcer l’idéologie de guerre des civilisations. Je n’ai pas pu développer ce travail aux États-Unis, où j’ai été déclaré persona non grata. Cependant, une fois le choc assimilé et le deuil accepté, de courageux États-uniens ont porté le flambeau dans leur propre pays. Chaque année les sondages montrent que 10 % d’Américains supplémentaires doutent de la version établie par la Commission Kean-Hamilton. Aujourd’hui plus de 70 % des États-uniens doutent, y compris MM. Kean et Hamilton, les co-présidents de la commission chargée de graver dans le marbre la version gouvernementale. À ce rythme constant, la totalité de la population US aura rejeté cette version dans trois ans.

Nous sommes désormais une large majorité dans le monde à exiger que toute la lumière soit faite sur ces crimes. Le 11-Septembre ayant été utilisé par les États-Unis et le Royaume-Uni devant l’ONU pour justifier de leur invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, cette affaire n’est plus nationale, mais internationale. Le temps est venu pour que l’Assemblée générale des Nations Unies désigne une commission d’enquête, réunisse les éléments déjà connus du public et prépare la mise en accusation des suspects.

Que nous ayons perdu des parents sous les décombres du World Trade Center ou sous ceux des maisons bombardées de Kaboul et de Bagdad, que nous ayons perdu des enfants tués par l’occupant ou tué en occupant le Proche-Orient, nous sommes tous victimes du même système. Nous devons ensemble lutter pour établir toute la vérité et punir les coupables, parce que nous ne parviendrons pas à la paix sans la justice.

Thierry Meyssan

Source

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Commentaires »

Terrorisme au Canada, deux poids, deux mesures!

Publié par sylvainguillemette le 26 août, 2010

Les membres de divers corps policiers rendaient cet après-midi compte de leur triomphe sur trois terroristes en devenir. Et c’est de fait, une excellente affaire qu’ils les aient arrêté avant qu’ils n’accomplissent leur but, pour nous, simples citoyens canadiens, n’ayant pas droit de décider des politiques étrangères canadiennes. Mais cela dit, qu’arrivera t-il aux autres terroristes? À ceux qui sont nos alliés, à ceux qui ont enquêté pour arrêter ces «trois», qui rappelons-le, avaient collaboré avec la CIA pour interroger sous torture, Omar Khadr, un enfant soldat accusé d’avoir fait –lancement d’une grenade…- ce que les soldats de l’OTAN font tous les jours dans les conflits qu’ils occasionnent? Le SCRS n’est-il pas, lui aussi, complice de terrorisme selon les articles 83.03, 82.3 du code criminel canadien? Il possède l’arsenal explosif reproché aux «terroristes». Il entretient des liens avec l’entité terroriste par excellence, la CIA, qui rappelons-le, a renversé, en moins d’un siècle, plus de 45 États qu’elle jugeait non légitime à travers le monde.

La CIA a également largué des produits chimiques et bactériologiques sur des populations, et étrangères, et états-uniennes. La CIA a mis en place des dictatures sanguinaires. Elle a également fait assassiner de nombreux militants pacifistes pourtant, et fait torturer des milliers d’autres «opposants» idéologiques. Elle a également fait commerce de la drogue via le Panama de Manuel Noriega, le célèbre dictateur jeté ensuite aux poubelles. La CIA a également commis des tas de massacres au Vietnam, où ses habitants meurent et souffrent encore de l’Agent Orange, déployé par John F. Kennedy et concocté par Monsanto. La CIA, en Amérique latine, a fait des centaines de milliers de morts et a mis par exemple en place, la célèbre dictature du général Pinochet, célèbre surtout, pour le sang qu’elle a versé et pour la démocratie socialiste qu’elle a renversé.

Sinon, comment Benjamin Netanyahu peut-il traverser nos frontières, lui qui s’adonne au terrorisme, cela dit, avec la complaisance de notre Premier ministre? Comment le Canada peut-il appliquer deux poids, deux mesures, lorsque les faits concernent ses propres forces ou celles de ses alliés? Israël n’avait pas elle, l’intention de faire exploser une cinquantaine de bombes, elle a plutôt, en toute impunité et sans condamnation d’Ottawa, largué des tonnes de bombes sur des zones civiles du Liban en 2006, y tuant près de 1100 civils, et en a fait de même à Gaza, en y en tuant cette fois-ci plus de 1600! Elle y a utilisé du phosphore blanc offensivement, sur des civils également. Elle a largué des armes à sous-munitions, dont 5% à 15% de ses sous-munitions n’ont pas explosé, constituant des champs de mine pour les civils. Elle a même utilisé du NAPALM sur les civils, y tuant, là encore impunément, des civils.

On annonce donc, aujourd’hui, l’arrestation de trois hommes en possession d’engins explosifs, qui avaient pour but de «terroriser» la population canadienne. Ces gens seraient en lien avec des cellules afghanes, où le Canada, aux côtés de ses alliés économiques, occupe le pays dans le but de soutenir la dictature d’Hamid Karzaï qui, rappelons-le, n’a jamais été élu démocratiquement, ni à son premier, ni à son deuxième mandat. Les forces armées canadiennes occupent l’Afghanistan dans le but de protéger, surtout, l’oléoduc et le pillage des ressources afghanes, en plus de la position stratégique que représente le pays quant aux ennemis idéologiques de la région.

Nous voyons donc de la sorte, des terroristes en accuser d’autres de terrorisme, et surtout, nous voyons un État voyou, le Canada, faire fi des conditionnements qui amenèrent ces «trois terroristes en devenir» à poser les gestes qu’ils projetaient. Car, de fait, c’est probablement à cause de l’occupation de l’Afghanistan, et de celle de l’Irak que ces gens en sont venus à vouloir rendre la monnaie à leurs ennemis, à nous. Car, ne nous le cachons pas! Notre occupation de ces territoires leur est tout aussi terrorisante. Et je ne parle pas là de groupes religieux, que je condamne également, mais de simples Afghans ou Irakiens voulant défendre leur patrie de l’ingérence des États voyous comme Washington ou Ottawa.

Tel que «défini pourtant par les lois canadiennes», le Canada et ses services secrets ont ainsi contrevenu à leur propre code criminel. Agissant parfois de concert avec la CIA, qui n’hésite pas à tuer ses opposants idéologiques, à les enlever, à les séquestrer ou à les torturer, le SCRS collabore de fait, avec une entité terroriste, soit la mieux financée du monde.

C’est une bonne chose que les Canadiens, dont les Québécois, n’aient pas payé pour les crimes commis par Ottawa et ses alliés terroristes. Et certes, le danger terroriste existe bel et bien au Canada, mais tant que le «danger terroriste» existera ailleurs, en Afghanistan ou en Irak par exemple, avec les activités douteuses de l’OTAN, de la CIA, du SCRS et des autres complices de la dictature bourgeoise, ce danger terroriste demeurera.

Encore une fois, bravo! Mais le travail n’est pas terminé!

Publié dans Article | Tagué: , , , , , , , , , , , | 1 commentaire »

Les terroristes frappent encore…

Publié par sylvainguillemette le 28 juillet, 2010

En Afghanistan, une fois de plus, les civils sont pris pour cible par les terroristes de l’OTAN qui tuent 52 d’entre eux à la roquette. Et comme nul autre groupe terroriste, l’OTAN n’en sera point accusé, encore moins sanctionné. Le terrorisme, c’est pour les autres, pour les perdants…

Or, ce n’est pas sans nous rappeler que l’OTAN commet souvent ce genre de «dommages collatéraux», qui pour les ennemis de l’OTAN, s’appelle du terrorisme. Par exemple, en septembre 2009, l’OTAN avait tué plus d’une centaine de civils, là encore, tentant de minimiser sa responsabilité.

On apprend toutefois en même temps, que dans les informations recueillies parmi les 91 000 pages que Wikileaks a permis de mettre en ligne, se trouveraient d’autres évènements du genre, non répertoriés, voire cachés! Jusqu’ici, et l’épluchage ne fait que commencer, 195 civils morts «inconnus» y sont répertoriés, sans que des noms  leur soient attribués. C’est donc que l’OTAN reconnait avoir tué 190 autres civils,  mais c’est donc aussi qu’elle a préféré cacher la mort de ceux-ci, plutôt que d’affronter «ses responsabilités».

L’OTAN n’est donc pas au bout de ses peines. Mais rien ne nous laisse croire que quelqu’un paiera pour ces crimes, et rien ne nous laisse croire non plus que l’OTAN admettra ses torts dans ce conflit qui les oppose, finalement, à de vieux camarades, anciennement alliés! Car qui ne savait pas que les Talibans, avant d’être «nos ennemis», étaient nos alliés? Et qui ne savait pas que ce sont les États-Unis d’Amérique qui ont crée des groupes comme al-Qeada, que Washington a financé à coups de milliards?

Et à chaque fois où ses forces terroristes ont tué des civils, l’OTAN niait en bloc, jusqu’à ce que les preuves se cumulent au point d’en renverser la balance des faits. Les terroristes sont aussi des menteurs, incapables d’assumer leurs actes –Cela ne peut que me faire penser au soldat états-unien qui a tué son camarade à la grenade, et qui a mis la faute sur Omar Khadr!-.

Ainsi, nous pouvons nous assurer que le massacre de civils afghans innocents se perpétuera longuement encore, dans l’impunité toujours, tant le Bloc de l’OTAN sera, tout comme les crimes nazis existaient sous le règne du commandement nazi, logiquement. On ne peut donc pas s’attendre à voir les choses changer, juste parce qu’on les dénonce. Tant qu’il n’y aura pas d’accusations sérieuses portées contre l’OTAN, celui-ci continuera de faire la pluie et le beau temps sur toutes les régions du monde.

(Notez bien que les dommages collatéraux pourraient s’inscrire dans une série d’«actes irresponsables», mais qu’il ne semble rien en être. Les dommages collatéraux sont une indication aux autres Afghans, de ce qui les attend s’ils décident de se battre contre l’OTAN. C’est un avertissement, et donc, du terrorisme par conséquent. Et peu importe, il est certainement terrorisant de recevoir une pluie de roquettes sur la tête!)

Publié dans Actualité, Afghanistan, Armée, États-Unis, Canada, Coup d'état, Crime contre l'humanité, Crime de guerre, Dictature, Droite, Guerre, Impérialisme, Violence, Washington | Tagué: , , , , | Laisser un Commentaire »

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.