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L’OTAN tourne le dos à sa mission par Thierry Meyssan

Publié par sylvainguillemette le 10 août, 2011

JPEG - 18.9 koA 150 jours de bombardements, l’OTAN a rasé de nombreuses infrastructures, mais n’a toujours pas obtenu le moindre résultat militaire probant. Cet échec est imputable à l’absence de réflexion stratégique préalable. L’OTAN a cru pouvoir appliquer en Libye les méthodes standard qu’elle avait conçues pour d’autres environnements. Elle se trouve désemparée face à un cas particulier. La plus grande alliance militaire de l’Histoire, qui avait été formée pour affronter l’URSS puis avait rêvé de devenir le gendarme du monde, n’a pas réussi sa reconversion.

Une victoire ou une défaite militaire se juge par rapport aux buts de guerre que l’on s’était fixés. Dans le cas de l’intervention de l’OTAN en Libye, il y avait un mandat des Nations Unies, la protection des civils, et un but tout aussi officiel bien que hors mandat, changer le régime politique du pays.

A presque 150 jours de guerre, l’OTAN n’est pas parvenue à ébranler les institutions libyennes. Compte tenu de la disproportion des forces, il faut admettre l’échec militaire et se poser des questions sur la stratégie choisie.

L’Alliance partait d’une analyse erronée selon laquelle les tribus de l’Est et du Sud, hostiles à Mouammar Khadafi, prendraient facilement Tripoli dés lors qu’elles disposeraient d’un appui aérien. Or, ces tribus ont au contraire considéré les bombardements comme une agression étrangère et se sont ralliées au « Frère Guide » pour repousser « l’invasion croisée ».

Dès lors, l’Alliance n’a pu compter que sur deux composantes au sol : d’une part les 3 000 soldats aguerris que le général Abdel Fatah Younes avait emmené avec lui lorsqu’il avait fait défection, et d’autre part les centaines, peut-être milliers, de combattants arabes issus des réseaux du prince saoudien Bandar Bin Sultan et connus sous le nom de « nébuleuse Al Qaida ».

Après l’assassinat dans des conditions particulièrement atroces du général Younes par des jihadistes d’Al Qaida, les forces rebelles se sont effondrées : les soldats de Younes se ralliant au colonel Kadhafi pour combattre Al Qaida et venger leur chef. Le commandement opérationnel a échu dans les mains de Khalifa Haftar, c’est-à-dire sous les ordres des forces spéciales de la CIA. L’Agence n’a pas hésité à recruter d’urgence n’importe quel combattant, y compris des enfants-soldats.

Cette armée improvisée, aux effectifs fluctuants, annonce un jour sur deux une victoire, mais ne fait qu’essuyer des défaites. Chaque bataille reproduit le même scénario : les bombardements de l’OTAN contraignent la population à fuir leurs maisons. La localité est immédiatement investie par les forces rebelles qui annoncent avoir gagné du terrain. C’est seulement alors que la bataille commence. L’armée libyenne entre dans la ville et massacre les rebelles. Puis, la population, sauve, retourne dans la localité partiellement détruite.

L’Alliance atlantique pourrait interpréter la résolution 1973 d’une manière extensive et considérer que bien que ce texte interdise explicitement le déploiement de troupes étrangères au sol, un tel déploiement est légitime s’il a pour but de « protéger les civils ». L’OTAN devrait alors affronter une population armée jusqu’aux dents et prête à en découdre. La Jamahiriya a en effet distribué une kalachnikov à chaque adulte et mis en place un système populaire de distribution de munitions. Même si la population libyenne n’est pas entraînée en comparaison des soldats de l’Alliance, elle dispose d’une nette supériorité sur eux, en ce qu’elle est prête à accepter de lourdes pertes quand les soldats de l’OTAN ne sont pas prêts à mourir pour Tripoli.

Depuis le début du conflit, les stratèges de Washington ont considéré que tout cela n’était pas très important puisqu’ils détiennent le pouvoir suprême : la domination aérienne.

Cette doctrine, indiscutée aux États-Unis, s’étend progressivement dans les académies militaires des États membres de l’Alliance, alors qu’elle y était jusqu’ici très critiquée. Elle trouve son origine dans les leçons tirée par le général Giulio Douhet de la guerre italo-ottomane, c’est-à-dire la guerre de Libye de 1911. À l’époque, les Italiens expérimentèrent le premier bombardement aérien de l’Histoire à Tripoli. Effrayé par cette arme nouvelle, l’Empire ottoman céda sans combattre. Les troupes italiennes prirent possession de Tripoli sans avoir à tirer un seul coup de fusil. Douhet en conclua qu’il était possible de gagner une guerre avec la seule aviation. Cette analyse est fausse, parce qu’elle confond le fait d’arracher la propriété de la Libye aux Ottomans avec le fait de contrôler la Libye. Les vrais combats n’eurent lieu que plus tard avec l’insurrection populaire libyenne.

Certains penseront qu’il existe une malédiction libyenne. En tous cas, c’est sur cette terre qu’exactement un siècle plus tard l’erreur conceptuelle se reproduit. La dominance aérienne a permis d’arracher la légalité libyenne à la Jamahiriya et de la confier au Conseil national de transition, mais cela n’a aucune importance sur le terrain. Pour contrôler le pays, l’OTAN devrait envoyer des troupes au sol et, à l’instar des Italiens dans les années 1912-14, exterminer plus de la moitié de la population de Tripoli, ce qui n’est pas exactement l’esprit de la Résolution 1973.

L’Alliance atlantique avait jusqu’à présent conçu ses bombardements en fonction de la doctrine de Douhet et des perfectionnements qui y ont été apportés, notamment la théorie des cinq cercles de John A. Warden III, qui fut expérimentée en Irak. L’idée est que les cibles ne doivent pas être choisies pour détruire les forces armées ennemies, mais pour paralyser les centres de commandement, notamment en coupant les moyens de transmission et de circulation.

L’OTAN découvre alors que la Jamahiriya n’est pas un slogan, mais une réalité. Le pays est gouverné par des Congrès populaires et Mouammar Kadhafi a réduit la plupart des administrations à leur plus simple expression. Ici pas de grands ministères régaliens, juste de petits bureaux. Les ministres ne sont pas des personnalités de premier plan, mais plutôt des chefs d’équipe. Ce sont les conseillers dont ils s’entourent pour leurs compétences qui sont puissants. Le pouvoir est dilué, insaisissable. Ce qui était un casse-tête pour les hommes d’affaire qui venaient en Libye : trouver les bons interlocuteurs, devient une énigme pour les stratèges de l’OTAN : qui faut-il cibler ? Cinq mois de bombardement n’ont pas permis de trouver la réponse.

La seule tête qui dépasse est celle de Mouammar Kadhafi. L’Alliance atlantique fait une fixation sur lui. N’est-il pas le père de la Nation ? En l’éliminant, on détruirait le principe d’autorité dans la société libyenne. Celle-ci serait instantanément « irakisée » et plongerait dans le chaos. Mais, contrairement au précédent irakien, la structuration tribale et l’organisation horizontale du pouvoir perdureraient. Même déchirée par des conflits internes, la population libyenne resterait une entité organique face à l’invasion étrangère. Non seulement aucun problème militaire ne serait résolu, mais plus rien ne délimiterait le théâtre des opérations ; la guerre ne manquerait pas de déborder aussi bien en Afrique du Nord qu’en Europe du Sud. Finalement, tuer Kadhafi serait peut-être la pire des choses.

En l’absence de toute stratégie adaptée à la situation, l’Alliance atlantique se replie sur les vieux réflexes de la culture militaire US, ceux des guerre de Corée et du Vietnam : rendre la vie de la population impossible pour que celle-ci se désolidarise de son « Guide » et le renverse. Depuis le début du Ramadan, l’OTAN a donc renforcé le blocus naval pour couper l’approvisionnement en essence et en denrées alimentaires ; elle bombarde les centrales électriques et les stations de maintenance d’approvisionnement d’eau ; elle détruit les coopératives agricoles, les petits ports de pêche et les halles.

Bref, l’Alliance atlantique fait exactement le contraire du mandat que lui ont donné le Conseil de sécurité et les différents parlements des États membres : au lieu de protéger la population civile contre un tyran, elle terrorise les civils pour qu’ils se rebellent contre le leader qu’ils soutiennent.

Cette stratégie devrait durer jusqu’à la fin du ramadan Il restera alors trois semaines à l’Alliance pour tenter d’emporter une victoire significative avant ne sonne le gong : le 19 septembre, l’Assemblée générale des Nations Unies se réunira à New York. Elle pourrait demander des explications sur l’opération en cours, prendre acte de l’incapacité du Conseil de sécurité à rétablir la paix, et imposer ses propres recommandations.

En vue de la reprise des combats au sol, début septembre, l’OTAN arme les rebelles de Misrata et nettoie la route qu’ils devront utiliser pour prendre Zlitan. La France ayant refusé de livrer une fois de plus des armes, c’est le Qatar qui a envoyé un avion pour opérer les livraisons, malgré l’embargo onusien. Dans la nuit du 8 au 9 août, l’Alliance a nettoyé la colline de Majer qui pourrait servir d’avant-poste pour défendre Zlitan. Elle a bombardé des fermes et des tentes qui abritaient une vingtaine de famille de déplacés, tuant 85 personnes dont 33 enfants.

 

Thierry Meyssan

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Aux armes camarades de la Grèce!

Publié par sylvainguillemette le 30 juin, 2011

Ce matin, les Grecs se sont levés sous un nouveau jour. Un jour triste. Un jour où ils ont tout perdu. Le Dieu Kapital leur a tout enlevé, au nom des dogmes  du capitalisme et des caprices de la dictature bourgeoise internationale.

Papandréou, cet avaleur de couleuvres, ce pseudo socialiste, s’est dit forcé d’agir de la sorte, privatisant d’une seule loi, la totalité des services grecs! Liquidant, de seulement 5 voix (155/300) de plus, les acquis grecs, cumulés par des luttes s’étalant sur plusieurs décennies. Des luttes qui déjà, font figure de pacotille en comparaison à ce qu’ils auront à accomplir cette fois-ci.

Car en effet, même si les Grecs semblent avoir perdu  la bataille, il n’en est rien! Au contraire! Il nous apparaît une chance inouïe de faire la révolution, la vraie! Les Grecs ont le champ libre pour renverser ce foutu gouvernement, devenu illégitime, pour lequel ils n’ont pas voté. Car si les Grecs ont choisi ce gouvernement jadis, ils l’ont fait, rappelez-vous, avant la crise, avant qu’il ne veuille dépouiller les Grecs de leurs actifs. Les vœux pieux étaient bien différents lors de la campagne électorale précédente. On ne promettait pas la soumission totale du prolétariat et le règne éternel du dieu Kapital, bien au contraire!

J’invite donc les Grecs à renverser ce gouvernement, devenu dictature. Certes, certains diront que l’aide de l’Union Européenne est indispensable pour sortir la Grèce de son défaut de paiement, mais ces dires ne reflètent que la volonté du dieu Kapital de ressusciter. Il ne faut pas oublier que ce système capitaliste est mort en 2007-2008, et que les banquiers n’ont aucune leçon d’austérité à donner à qui que ce soit! D’ailleurs, après cette crise capitaliste et bourgeoise, rappelez-vous que les banquiers n’ont rien changé de leurs manières! Les bonus, les milliards, ils pleuvent toujours sur eux! Les pyramides, les actifs toxiques, ils sont encore là! Et ce sont encore une fois, les prolétaires qui ont sauvé les banques, leurs oppresseurs, ironiquement!

Et en effet, jamais le capitalisme n’a rempli ses promesses d’une bonne répartition des richesses, d’une bonne répartition des pouvoirs et bref, d’une émancipation des Humains et d’une liberté promise hypocritement. Jamais! Il a au contraire, multiplié les tentatives d’asservir le prolétariat international et désormais, il va jusqu’à dire que les Humains coûtent trop chers d’exister!

La Grèce n’était que le banc d’essai, à savoir si un peuple pouvait être contenu, après lui avoir fait endurer les pires sévices, l’asservissement total. Mais les Grecs doivent maintenant démontrer que cela ne sera pas si facile, voire impossible.

Cela dit, mes camarades Grecs ont de quoi se réjouir! Les révolutions sont à la mode ces temps-ci! Il ne fallait qu’un évènement déclencheur,  et le voilà! Qui vous condamnera? Ils sont tous occupés avec leurs Coups d’État En Syrie et en Libye! Si vous prenez les armes contre ce gouvernement, ce sera d’autant plus légitime que la clique minoritaire de Benghazi, qui a prise ses armes, chez l’OTAN et chez la CIA!

Ne vous laissez pas intimider camarades! Si la révolution est bonne pour les pays arabes, elle l’est pour les pays européens, pris dans cette enclave dite «union», qui n’est autre qu’une gigantesque hypocrisie pour asservir toute une Europe d’un seul coup. Prenez les armes camarades! C’est légitime! Nous sommes avec vous, camarades! Les grands bourgeois et leurs médias ne pourront rien dire qui ne sera pas contradictoire vis-à-vis ce qu’ils soutiennent d’autre part! Ils ne pourront pas se dire «pour» les Coups d’État en Libye et en Syrie, mais contre en Grèce! Ils le feront, mais c’est illogique et contradictoire!

Aux armes camarades Grecs! Aux armes! Renversez votre dictature bourgeoise, renvoyez chez lui Papandréou, ce laquais de la bourgeoisie, ce pseudo révolutionnaire! Renvoyez chez eux les observateurs étrangers qui viennent épier votre soumission! Renversez le capitalisme grec, renversez-le!

Solidairement,

vos camarades du Québec

Alternative socialiste

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La Chine apporte son soutien militaire au Pakistan face aux USA (par Webster G. Tarpley)

Publié par sylvainguillemette le 29 mai, 2011

En multipliant les agressions militaires sur le territoire pakistanais et en accusant Islamabad d’avoir protégé Oussama Ben Laden, l’administration Obama cherche à pénétrer dans la zone d’influence chinoise. Cependant Beijing a immédiatement transféré un arsenal aérien à Islamabad et adressé un ultimatum à Washington : toute nouvelle ingérence US au Pakistan sera considérée comme un acte inamical envers la Chine !

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Venu à Beijing le 18 mai 2011 appeler la Chine au secours, le Premier ministre pakistanais s’est vu offrir 50 avions de chasse JF-17 pour défendre son pays en cas d’attaque états-unienne ou indienne.

La Chine a officiellement mis en garde les États-Unis sur le fait que toute attaque de Washington contre le Pakistan serait interprétée comme un acte d’agression envers Beijing. Cet avertissement très direct constitue le premier ultimatum stratégique reçu par Washington depuis plus d’un demi-siècle, le dernier en date fut l’avertissement envoyé par l’URSS lors de la crise de Berlin entre 1958 et 1961 ; ceci met en évidence le danger réel de guerre généralisée que représente la montée de la tension entre les États-Unis et le Pakistan.

« Toute attaque contre le Pakistan serait perçue comme une attaque contre la Chine »

Faisant suite aux rapports indiquant que la Chine avait demandé aux États-Unis de respecter la souveraineté du Pakistan dans les jours qui ont suivi « l’opération Ben Laden », le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Jiang Yu, a profité de la conférence de presse du 19 mai pour réaffirmer catégoriquement la volonté de Beijing que « la souveraineté et l’intégrité du territoire du Pakistan soient respectées ». D’après certaines sources diplomatiques pakistanaises citées par le Times of India, Beijing a « clairement prévenu qu’une attaque contre le Pakistan serait considérée comme une attaque contre la Chine ». Cet ultimatum aurait été adressé lors d’entretiens stratégiques et de pourparlers économiques qui ont eu lieu à Washington le 9 mai, et lors desquels la délégation chinoise était emmenée par le vice-Premier ministre chinois Wang Qishan et le conseiller d’État Dai Bingguo [1].

Les avertissements de la Chine sont implicitement renforcés par sa force de frappe nucléaire, puisqu’elle possède quelque 66 missiles intercontinentaux dont plusieurs ont la capacité de frapper les États-Unis, en plus des 118 missiles de moyenne portée, 36 missiles lançables à partir de sous-marins, et de nombreux autres systèmes de missiles à courte portée.

Pour les observateurs avertis, le soutien de la Chine est d’une importance cruciale pour le Pakistan, qui, sans lui, serait pris en tenaille entre les États-Unis et l’Inde. « Si la pression des États-Unis et de l’Inde continue, le Pakistan pourra dire ’’La Chine est avec nous. Ne pensez pas que nous sommes isolés, nous avons une super-puissance potentielle avec nous’’ », a déclaré à l’AFP le général en retraite et analyste politique Talat Massoud [2].

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La porte-parole chinoise, Jiang Yu, a déclaré lors de sa conférence de presse du 19 mai 2011 : « Nous sommes d’avis que le Pakistan, qui y a apporté une contribution importante, au prix d’énormes sacrifices, doit pouvoir bénéficier de la compréhension et du soutien de la communauté internationale dans ses efforts pour préserver la stabilité intérieure et réaliser le développement socio-économique et que l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale du Pakistan doivent être respectées. »
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Venus à Washington le 9 mai 2011 pour participer au troisième cycle de Dialogue stratégique-économique Etats-Unis- Chine, la délégation emmenée par le vice-Premier ministre chinois Wang Qishan et le conseiller d’État Dai Bingguo a apporté un ultimatum à l’administration Obama. Le vice-président Joe Biden et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton assistaient à cet entretien difficile.
©Xinhua

L’ultimatum chinois est survenu durant la visite à Pékin du Premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani, pendant laquelle le gouvernement hôte a annoncé le transfert immédiat et sans frais de 50 avions de chasse à réaction dernier modèle JF-17 [3]. Avant son départ, Gilani a souligné l’importance de l’alliance entre le Pakistan et la Chine en affirmant : « Nous sommes fiers de compter la Chine parmi nos meilleurs amis et de réaffirmer la confiance qui nous lie. La Chine pourra toujours compter sur le Pakistan pour être à ses côtés en toute circonstance… Quand nous disons que cette amitié est plus grande que l’Himalaya et plus profonde que les océans, cela décrit parfaitement l’essence de cette relation » [4]. Ces remarques furent accueillies par des cris d’indignation des porte-paroles états-uniens, notamment du sénateur républicain de l’Idaho, James E. Risch.

La crise diplomatique latente entre les États-Unis et le Pakistan a explosé avec force le 1er mai après l’incursion unilatérale et non autorisée de commandos US supposés avoir tué le fantomatique Oussama Ben Laden dans une maison fortifiée de la ville d’Abbottabad [5] ; cette opération constitue une violation flagrante de la souveraineté du Pakistan. L’agenda de ce rodéo militaire réalisé pour attiser les tensions entre les deux pays, n’avait absolument rien à voir avec la prétendue guerre contre le terrorisme et tout à voir avec la visite au Pakistan fin mars, du Prince Bandar, le chef de la sécurité nationale saoudienne.

De cette visite a résulté une alliance immédiate entre Islamabad et Riyad En effet, le Pakistan a promis de fournir des troupes pour mâter toute éventuelle révolution colorée concoctée par les États-Unis dans le Royaume [saoudien], et d’offrir une protection nucléaire aux Saoudiens, les rendant ainsi moins vulnérables au racket états-unien menaçant de laisser l’Iran s’occuper du sort de la monarchie pétrolière. Un mouvement conjoint entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite pour briser la main mise de Washington dans la région, quoi que l’on pense de ces deux régimes, représenterait un coup fatal à l’empire états-unien déjà fragilisé en Asie du Sud.

Quant aux affirmations concernant le raid supposé sur Ben Laden, le 1er mai, il y a une masse de contradictions inextricables dans les explications qui changent d’un jour à l’autre. Une analyse de cette opération serait plutôt de la compétence de critiques littéraires ou d’œuvres théâtrales. Le seul fait solide et cohérent qui émerge de tout cela est que le Pakistan est devenu la cible majeure des États-Unis, ces derniers ayant de fait intensifié leur politique anti-pakistanaise mise en place depuis le tristement célèbre discours d’Obama à West Point en décembre 2009 [6].

Gilani : représailles intensives pour défendre les biens stratégiques du Pakistan

L’avertissement envoyé par les Chinois à Washington est survenu juste après la déclaration de Gilani au parlement pakistanais : « Ne laissons personne tirer les mauvaises conclusions. Toute attaque contre les acquis stratégiques pakistanais, qu’elle soit visible ou cachée, trouvera une réponse appropriée… Le Pakistan se réserve le droit de contre-attaquer avec force. Personne ne devrait sous-estimer la motivation et la capacité de notre nation et de ses forces armées à défendre notre patrie sacrée. » [7] Une telle menace de représailles venant d’une puissance nucléaire comme le Pakistan doit absolument être prise au sérieux, même par les va-t-en-guerre les plus acharnés au sein de l’administration Obama.

Les acquis stratégiques dont parle Gilani sont les armes nucléaires pakistanaises qui forment la clef de la dissuasion pour parer toute éventuelle attaque de la part de l’Inde, dans le cadre de l’accord de coopération nucléaire entre les États-Unis et l’Inde. Les forces armées US en Afghanistan n’ont pas réussi à tenir secret leur vaste plan de saisie et de démantèlement des armes nucléaires pakistanaises. Selon un reportage de Fox News en 2009, « Les États-Unis ont mis au point un plan détaillé pour infiltrer le Pakistan et s’emparer de son arsenal de têtes nucléaires mobiles, s’il apparaissait que le pays était sur le point de tomber entre les mains des talibans, d’al-Qaïda, ou de tout autre mouvement extrémiste islamique. » Ce plan a été élaboré par le général Stanley McChrystal lorsqu’il était à la tête du commandement des opérations spéciales de Fort Bragg en Caroline du Nord. Ce commandement qui est directement impliqué apparemment dans l’opération Ben Laden, est composé de l’Army Delta Force, des Navy SEALs et « d’une unité spéciale de renseignement high-tech, connue sous le nom de Task Force Orange ». « De petites unités doivent se saisir des armes nucléaires pakistanaises, les neutraliser avant de les rassembler dans un endroit sécurisé », a déclaré une source citée par Fox News [8].

Obama a déjà donné son aval à une attaque furtive contre les armes nucléaires pakistanaises.

Comme l’écrit le Sunday Express de Londres, Obama a déjà approuvé une action agressive en ces termes : « Les troupes américaines seront déployées au Pakistan si les installations nucléaires de cette nation menacent de passer sous le contrôle de terroristes désireux de venger la mort de Ben Laden [...] Le plan, qui pourrait être activé sans le consentement du président Zardari, a provoqué la colère des officiels pakistanais [...] Obama donnerait l’ordre de parachuter des troupes pour sécuriser les sites clefs de missiles nucléaires. Ceci inclut la le quartier général de la base aérienne de Sargodha, qui abrite des F-16 de combat dotés d’au moins 80 missiles balistiques à têtes nucléaires. » D’après les officiels états-uniens, « le plan a reçu le feu vert, et le président a déjà manifesté son intention de déployer des troupes au sol au Pakistan s’il pense que cela est important pour la sécurité nationale. » [9]

L’extrême tension sur cette affaire met en évidence la politique de la corde raide et l’incroyable folie aventurière d’Obama et de son raid unilatéral du 1er mai qui aurait tout aussi bien pu être interprété par les autorités pakistanaises comme l’attaque promise contre ses installations nucléaires. D’après le New York Times, Obama savait pertinemment qu’il encourait un conflit immédiat avec le Pakistan, mais a insisté « pour que le commando chargé de l’opération Ben Laden soit suffisamment puissant pour pouvoir se battre et sortir du pays s’il était confronté à des forces de police ou des troupes locales hostiles. »

Le conflit armé a déjà commencé

Le conflit armé entre les forces états-uniennes et pakistanaises a subi une escalade le 17 mai, quand un hélicoptère de l’OTAN a violé l’espace aérien pakistanais au Waziristan. Les forces pakistanaises étaient en état d’alerte maximale et ont immédiatement ouvert le feu. L’hélicoptère US a répondu par des tirs. Deux soldats postés dans la zone frontalière de Datta Khel ont été blessés. [10]

Une riposte pakistanaise à cette incursion a peut-être eu lieu à Peshawar, le 20 mai, lorsqu’une voiture piégée a apparemment pris pour cible un convoi de deux véhicules du consulat des États-Unis, ne causant que des dégâts matériels sans faire de victimes côté US. Un passant pakistanais a été tué et plusieurs personnes blessées. Sur le front de la guerre des services secrets, la chaîne de télévision Ary One a dévoilé le nom du chef de l’antenne de la CIA à Islamabad, ce qui en fait le deuxième chef-espion en place à voir sa couverture révélée en moins de six mois.

Marc Grossman, l’envoyé des USA rejette les appels du Pakistan à cesser les violations territoriales

Le représentant spécial états-unien en Afghanistan et au Pakistan, Marc Grossman, remplaçant de feu Richard Holbrooke, a rejeté de manière arrogante, le 19 mai, les appels du Pakistan exigeant que des opérations comme celle d’Abbottabad ne soient plus perpétrées sur son territoire. [11] Se refusant à toute promesse de ce genre, Grossman a déclaré que les autorités pakistanaises n’avaient jamais demandé le respect de leurs frontières au cours de ces dernières années. [12]

Au beau milieu de cette crise diplomatique importante, l’Inde a surenchéri en programmant des manœuvres militaires provocatrices ciblant le Pakistan. Comme cet exercice « Vijayee Bhava » (Soyons victorieux) qui s’est déroulé dans le désert de Thar au Rajasthan Nord. Cet exercice de guerre-éclair NBC (Nucléaire, Biologique, Chimique) implique le Second corps d’armée qui est « considéré comme la plus importante des trois formations d’attaque de l’armée indienne, et sa tâche est de diviser littéralement le Pakistan en deux, en cas de guerre totale déclarée entre les deux pays. » [13]

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Le nouveau représentant spécial des États-Unis pour l’Afghanistan et le Pakistan, Marc Grossman, est un des faucons les plus durs de Washington. Connu pour ses liens avec les services israéliens, il a renforcé la collaboration entre la CIA, le Mossad et la RAW.

La CIA, la RAW et le Mossad ont créé ensemble de pseudos-Taliban

L’une des façons d’obtenir une provocation suffisante pour justifier une attaque américano-indienne contre le Pakistan serait par exemple une augmentation des actions terroristes attribuées à de soi-disant talibans. Selon ce qu’en dit la presse dominante au Pakistan, la CIA, le Mossad israélien et la RAW (Research and Analysis Wing) indien ont créé leur propre version des talibans sous la forme d’un gang terroriste qu’ils contrôlent et dirigent. Selon une source, « Les agents de la CIA ont infiltré les réseaux des talibans et d’al-Qaïda et ont créé leur propre force Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) dans le but de déstabiliser le Pakistan. » Le brigadier général Aslam Ghuman, ancien commandant régional de l’ISI au Penjab (L’ISI étant les services secrets pakistanais), a déclaré : « Au cours de ma visite aux États-Unis, j’ai appris que l’agence de renseignement Mossad, en connivence avec le RAW indien et sous la supervision directe de la CIA, voulait déstabiliser à tout prix le Pakistan. » [14] Le double attentat à la bombe qui a tué 80 paramilitaires au Waziristan, la semaine dernière, a- t-il été perpétré par ce gang sous fausse bannière ?

D’après la même source, les services de renseignement russes ont révélé que « le contractant de la CIA, Raymond Davis, et son réseau ont fourni aux agents d’al-Qaïda des armes nucléaires, chimiques et biologiques, de façon à ce que des installations militaires états-uniennes puissent être ciblées et le Pakistan rendu responsable. » Davis, lui-même un vétéran des opérations spéciales, a été arrêté pour le meurtre de deux agents de l’ISI, mais a ensuite été libéré par le gouvernement pakistanais après une douteuse et bruyante campagne du Département d’État US [15].

La CIA affirme que le nouveau patron d’al-Qaïda vit au Waziristan

Si les États-Unis ont réellement besoin d’un prétexte pour justifier de nouveaux raids, il leur sera facile d’évoquer la présence supposée au Waziristan de Saïf al-Adel, désormais déclaré par la CIA comme le successeur de Ben Laden à la tête d’al-Qaïda. [16]

Il est clair que le fait pour Obama de prétendre que Saif al-Adel se trouve tout près de la frontière la plus sensible au monde et non pas à Finsbury ou Flatbush, convient parfaitement à ses intentions belliqueuses.

Après le raid états-unien non autorisé du 1er mai, le général en chef pakistanais Ashfaq Kayani a lui-même prévenu les USA qu’une telle « opération aventureuse » ne devra pas être répétée, et a annoncé que le personnel états-unien au Pakistan serait considérablement réduit. D’après les estimations de l’ISI, il y a actuellement environ 7 000 agents de la CIA au Pakistan, dont beaucoup sont inconnus du gouvernement pakistanais. D’après certaines sources, le partage d’information entre les services pakistanais et US aurait été réduit. En réponse à la réaction de Kayani, l’opération de propagande de la CIA connue sous le nom de Wikileaks a une fois de plus montré sa véritable nature en essayant de discréditer le commandant en chef pakistanais au travers de la diffusion de télégrammes douteux d’ambassades US établissant que celui-ci avait demandé aux États-Unis davantage — et non pas moins — d’attaques de drones ces dernières années.

Depuis le discours d’Obama à West Point, la CIA a utilisé les attaques de drones pour massacrer des civils dans le but de fomenter une guerre civile au Pakistan, et d’amener la division du pays selon les lignes ethniques du Penjab, du Sind, du Baloutchistan et du Pachtounistan. L’objectif géopolitique de tout ceci est de mettre fin au rôle joué par le Pakistan de couloir énergétique entre l’Iran et la Chine. [Comme par hasard,] l’expert Selig Harrison a [récemment] émergé comme un éminent partisan états-unien pour la sécession du Baloutchistan.

Depuis le 1er mai, six attaques de drones US ont fait au moins 42 morts dans la population civile pakistanaise, conduisant celle-ci à une haine frénétique anti-américaine. En réponse, une session commune du parlement pakistanais tenue le 14 mai, a demandé officiellement et à l’unanimité l’arrêt des attaques de missiles états-uniens, et a appelé le gouvernement à couper la route de soutien logistique de l’OTAN vers l’Afghanistan si les attaques continuaient. [17] [18] Alors que la ligne de ravitaillement Karachi-Khyber via la passe du même nom transporte les deux tiers du ravitaillement des envahisseurs de l’Afghanistan, une telle mesure causerait un véritable chaos parmi les forces de l’OTAN. Tout ceci souligne la folie inhérente consistant à rentrer en conflit ouvert avec le pays par lequel passent vos lignes de ravitaillement.

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Devant le parlement, le Premier ministre Youssouf Raza Gilani a rejeté les accusations états-uniennes de complicité avec Oussam Ben Laden. Il a retracé l’historique de la création par la CIA d’Al-Qaïda et du « mythe Ben Laden ». Enfin, il a mis en garde Washington contre toute nouvelle ingérence.

Les États-Unis veulent utiliser le chef des talibans, le Mollah Omar, contre le Pakistan

Le département d’État a renoncé à toutes les conditions préalables dans ses négociations avec les talibans en février dernier, et selon le Washington Post, les États-Unis seraient maintenant en train de parlementer avec les envoyés du Mollah Omar, le légendaire leader borgne du conseil de la Quetta-Shura, autrement dit le Haut conseil des talibans. Il paraît évident que les États-Unis offrent aux talibans une alliance contre le Pakistan. Marc Grossman, l’envoyé spécial US dans la région est hostile au Pakistan, mais au sujet des talibans, on l’a affublé du surnom de « Monsieur Réconciliation ». [19] À l’inverse, certains affirment que les États-Unis veulent assassiner le chef du réseau Haqqani au moyen d’une opération comparable à celle qui a visé Ben Laden. Les Pakistanais sont tout autant déterminés à conserver Haqqani comme allié.

Si la Chine se range derrière le Pakistan, il sera alors tout à fait envisageable que la Russie s’aligne derrière la Chine. En vue de la prochaine réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai le 15 juin, le Président chinois Hu Jintao s’est félicité des relations sino-russes qu’il décrit comme ayant atteint « un niveau sans précédent, » et d’ « un intérêt stratégique évident ». Lors d’ une conférence de presse donnée cette semaine, le président Dmitry Medvedev a été obligé de reconnaître indirectement que le «  renouveau » des relations entre les USA et la Russie tant acclamé par Obama se résumait à peu de choses depuis l’annonce du programme US d’implantation de missiles ABM en Roumanie et dans le reste de l’Europe de l’Est, programme si évidemment dirigé contre la Russie, et qui signifie que le traité START n’est plus d’actualité, ce qui réveille le spectre d’une possible nouvelle Guerre froide. Étant donné l’actuel assaut de l’OTAN contre la Libye, Medvedev a déclaré qu’« il n’y aurait pas de résolution de l’ONU contre la Syrie ». Poutine avait raison depuis le début et Medvedev essaie de lui emboîter le pas pour se ménager quelque chance de rester au pouvoir.

Sommes-nous en « Juillet 1914 » ?

La crise qui a mené à la Première Guerre mondiale a commencé avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914, mais la première déclaration de guerre majeure n’eut lieu que le 1er août. Et durant le mois de juillet, une bonne partie de l’opinion publique européenne se réfugia derrière une espèce d’illusion idyllique élégiaque, alors même que la crise mortelle s’amplifiait. Quelque chose de similaire est en train de se produire aujourd’hui. Nombreux sont les citoyens états-uniens qui pensent que la mort supposée de Ben Laden marque la fin de la guerre contre le terrorisme et de la guerre en Afghanistan. C’est le contraire qui se passe, l’opération contre Ben Laden a clairement conduit à une nouvelle situation d’urgence stratégique. Des forces qui s’étaient opposées à la guerre en Irak, de MSNBC aux nombreux libéraux de gauche appuyant le mouvement pour la paix, soutiennent désormais, d’une manière ou d’une autre, l’agression sanglante d’Obama en Libye, voire célèbrent en Obama un va-t-en-guerre finalement plus efficace que la clique Bush-Cheney, auréolé qu’il est de son succès supposé aux dépens de Ben Laden.

 

Webster G. Tarpley

Historien et journaliste états-unien. Dernier ouvrage paru en français : La Terreur fabriquée, made in USA. Dernier ouvrage en anglais : Barack H. Obama : The Unauthorized Biography (Progressive Press, 2008).

 

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Le Canada, une démocratie?

Publié par sylvainguillemette le 27 mai, 2011

Le gouvernement conservateur s’apprête à présenter son premier budget en position de majorité. Il s’apprête ainsi à imposer certaines parts d’idéologie dans un budget devant porter sur l’économie canadienne et non pas, sur les mœurs devant être adoptées par les Canadiens.

En effet, le gouvernement conservateur de Stephen Harper prévoit mettre fin au financement par le public, des partis politiques. C’est que chaque fois que vous posez le geste démocratique de voter pour votre dictateur aux 4 ans, vous donnez au parti de votre choix, un montant précisé par la loi liée à cet effet. Vous financez donc, publiquement et démocratiquement le parti de votre choix.

Mais voilà que les conservateurs affirment que ce financement est antidémocratique et le financement par des parties privées serait d’avantage démocratique. Or, il est évident et indéniable que le financement par des parties privées n’a précisément rien de démocratique et tout d’antidémocratique.  Je m’explique.

Les partis politiques sont comme les chaussettes, il y a en pour quasi tous les goûts, j’ai bien dit quasi. Mais il y a donc ces partis, défendant chacun leurs intérêts. En outre, il y a la division des partis politiques en intérêts, ceux-là,  représentant les classes sociales. Il y a donc des partis politiques qui défendent les intérêts des riches et d’autres, préférant s’en tenir à la classe sociale la plus dense, celle des pauvres et des travailleurs salariés, bien ordinaires.

Il devient donc évident qu’il naît dans la mesure proposée par les conservateurs de Stephen Harper, une injustice sociale profonde, elle-même née de l’injustice économique régnant dans nos économies capitalistes, où les richesses s’entassent dans les poches des propriétaires des moyens de production, alors que les créateurs de richesse quémandent cette dernière, appartenant dans le modèle capitaliste, au bourgeois possédant les moyens de production. C’est le monde à l’envers.

Mais comprenez le problème. Comment peut-on nier le fait que les riches pourront financer aisément leur parti préféré, alors que les pauvres continueront de tenter de joindre les deux bouts, sans pouvoir contribuer et poser le geste dit «démocratique» par les conservateurs? Car en effet, les partis défendant les intérêts des moins nantis ne pourront que compter sur des maigres financements du privé, alors que les partis défendant les pétrolières et les intérêts des mieux nantis dans leur ensemble, pourront pour leur part s’en remettre aux grâces de ceux et celles qu’ils servent, en parfaits laquais.

Le Canada ne fait donc pas de pas en avant dans la mesure où il se prétend démocratique, mais recule plutôt très bas dans l’échelle démocratique, d’autant plus qu’il consolidera les dictatures étrangères en Tunisie et en Égypte, aux côtés de ses alliés impérialistes de l’OTAN et du G8, en finançant à coups de dizaines de milliards des pseudo-démocraties, en réalité aux ordres de Washington.

Désormais, les Canadiens verront leurs partis politiques devenir de véritables reflets de la société. Nous y trouverons donc des partis sans moyen, sans capital pour se payer de la propagande et en contrebalance, un parti conservateur bourré de fric et répandant son fiel sur tous les écrans, tous les journaux (Quebecor est déjà là!) et toutes les chaînes radio, à l’instar des outils de propagande de l’opposition vénézuélienne, couvrant plus de 97% des médias vénézuéliens contrairement aux prétentions d’un «Chavez qui contrôle l’information» (des médias qui rappelons-le, avaient soutenu le Coup d’État raté de 2002 contre Hugo Chavez et encouragé à l’assassinat de ce dernier, tout cela orchestré par l’opposition et la maison blanche, appuyés ceux-là de Reporters Sans Frontières (paravent de la CIA)…).

Nous aurons donc, nous Canadiens, réellement pour notre part, notre autocrate Stephen Harper et ses hypocrites d’acolytes pour contrôler notre information, pour nous intoxiquer de leur bêtise et de leur ignorance crasse, si ce n’est pas de leur hypocrisie en réalité. Et nous n’aurons plus les moyens de contrer cette propagande haineuse, cette imbécilité créationniste, cet anti syndicalisme primaire, cet aplatventrisme devant la minorité parasitaire bourgeoise, bref,   ces lourdes valeurs conservatrices partagées dans l’ouest canadien et rejetées au Québec.

Stephen Harper et son équipe rejettent donc les principes démocratiques et se dirigent un peu plus vers la dictature, voulant contrôler le financement des partis politiques adverses, via l’argumentaire hypocrite prétextant que le don de capital à un parti politique représente un geste démocratique. Or, on ne peut rien donner si on ne possède rien et sachant que le capitalisme ne partage pas la richesse, il est objectif d’affirmer que toutes et tous ne pourront effectuer le «geste démocratique» en question.

À ce train là, avant longtemps, nous serons forcés de faire le « Hail Harper»… Vous me direz que j’exagère, mais ce n’est pas comme si les conservateurs n’appuyaient pas ce qu’Adolf Hitler avait fait subir aux juifs, aux homosexuels, aux handicapés et aux communistes après tout, puisqu’Israël et les États-Unis d’Amérique ont répété maintes fois ces crimes et que jamais Stephen Harper ne s’en est offusqué. Au contraire, avec ce qu’on appelle le «printemps arabe» et la très probable mise en place d’un« Plan Marshall» (40 milliards) dans la région, on comprend mieux ce qui se passe en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, au Bahreïn et en Algérie…, on comprend mieux que le bras armée de la bourgeoisie occidentale, l’OTAN, ne fait que consolider ses positions molles, dues à une économie capitaliste en phase de passer le flambeau au fascisme, étant donné ses ratées consécutives depuis déjà plus de 2 siècles d’évolution marquée par des réformes majeures répétées.

Demandez-vous donc si le Canada est le pays démocratique dont on vous parle depuis votre tendre enfance, passée celle-là, à regarder nos principaux alliés à la télévision, piller les richesses tant humaines que naturelles des pays du tiers-monde ou de ces pays qui osent faire le contraire que ce que commande le diktat bourgeois. Demandez-vous donc si le Canada est vraiment ce grand pays, dont rêvent tous nos émigrants, quand il est possible de vérifier que bien des arrivants quittent leur pays, parce que nos alliés l’occupent ou y financent une dictature afin de relever à rabais, les richesses humaines et naturelles de leur terre originelle.

Demandez-vous donc finalement, si le Canada est ce qu’il prétend être, une démocratie, alors que nous sommes à même d’observer un gouvernement qui ne cesse de restreindre les libertés collectives, pour avantager les libertés individuelles de ceux et celles qui ont les moyens d’affirmer cette liberté entrepreneuriale. Demandez-vous également ce qu’il advient de la démocratie, dans les pays qu’occupe le Canada, aux côtés de ses alliés. L’Afghanistan est sous la dictature d’Hamid Karzaï, un homme qui n’a jamais été élu, mais pour lequel nos soldats canadiens meurent. Et la Libye possède le moins pire de tous les chefs d’État d’Afrique, où études et santé sont universels et accessibles à toutes et tous. Pourtant, le Canada y largue des bombes à uranium appauvri, afin de soutenir une branche d’Al-Qaeda, déguisée en groupe de combat pour la «démocratie», prônant ouvertement le départ du dirigeant. Le Canada et ses alliés se comportent en véritables mafias.

En réalité, je vous l’affirme, le Canada n’est qu’une autre de ces dictatures bourgeoises pour laquelle vous pouvez voter aux 4 ans et qui de temps à autre, vous offre des soupapes populaires, afin de déguiser ses véritables magouilles. Nous le voyons bien, en limitant le capital des partis se battant pour les intérêts des moins nantis, les conservateurs du dictateur Harper veulent censurer les débats, faire taire leurs adversaires.

Le Canada est-il une démocratie d’après vous? Je ne crois pas pour ma part…

Sylvain Guillemette

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Le recyclage des hommes de Ben Laden Ennemis de l’OTAN en Irak et en Afghanistan, alliés en Libye (Par Webster G. Tarpley)

Publié par sylvainguillemette le 23 mai, 2011

S’appuyant sur le dépouillement entrepris à l’Académie militaire de West Point des archives confisquées de l’Émirat islamique d’Irak, l’historien et journaliste états-unien Webster G. Tarpley montre que le personnel du Conseil national de transition libyen est largement issu d’al-Qaida. Dans un vaste mouvement de réorganisation de leurs actions secrètes, les États-Unis encadrent en Libye —et en Syrie— les jihadistes contre lesquels ils luttent en Irak et en Afghanistan. « Ben Laden est mort ! Vive les benladenistes ! », peut-on s’exclamer avec cynisme à Washington.

« Des serpents, la soif, la chaleur et le sable, seule la Libye peut présenter cette multitude de malheurs qui pousserait tout homme à la fuir. »
Lucain, La Pharsale

L’actuelle opération militaire contre la Libye a été motivée par la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU [1] et a pour objectif de protéger les civils. Les déclarations du président Obama, du Premier ministre britannique David Cameron, du Président Sarkozy [2], et d’autres dirigeants ont souligné la nature humanitaire de cette intervention, qui a officiellement pour but d’empêcher le massacre de forces pro-démocratiques et de partisans des droits de l’homme par le régime de Kadhafi.

Mais dans le même temps, de nombreux commentateurs ont manifesté une certaine anxiété en raison du mystère entourant le gouvernement de transition anti-Kadhafi qui a vu le jour au début du mois de mars dans la ville de Benghazi située dans le district cyrénaïque au nord-est de la Libye. Ce gouvernement a déjà été reconnu par la France et le Portugal comme le seul représentant légitime du peuple libyen. Le Conseil des rebelles semble se composer d’un peu plus de 30 délégués, dont la plupart restent entourés d’un halo de mystère. De plus, les noms de plus d’une douzaine de membres de ce Conseil sont tenus secrets, prétendument pour protéger ces personnes de la vengeance [éventuelle] de Kadhafi. Mais il pourrait bien y avoir d’autres raisons derrière ce secret entourant leur identité. Malgré les nombreuses incertitudes, les Nations unies et une bonne partie des nations clés de l’OTAN, dont les USA, se sont empressées d’aider les forces rebelles au moyen de frappes aériennes, ce qui a mené à la perte d’un ou deux avions de la Coalition avec la perspective de pertes bien plus lourdes surtout en cas d’invasion [terrestre]. Il est grand temps que les États-uniens et les Européens en sachent un peu plus au sujet de ces rebelles qui sont supposés représenter une alternative démocratique et humanitaire au régime de Kadhafi.

Il est clair que les rebelles ne sont pas des civils, mais bien une force armée. Quel genre de force armée ?

Étant donné la difficulté d’étudier les chefs rebelles depuis l’étranger, et puisque le profil sociologique des rebelles est impossible à établir au beau milieu de cette guerre, peut-être que la méthode typiquement utilisée en histoire des sociétés peut être appelée à la rescousse. Existe-t-il un moyen de savoir exactement quel climat d’opinion prévaut dans ces villes du nord-est de la Libye, comme Benghazi, Tobrouk ou Darna, qui représentent les foyers de la rébellion ?

Une étude « West Point » datant de décembre 2007 s’est penchée sur le profil des combattants étrangers de la guérilla, et a établi que des djihadistes ou des Moudjahidins, certains étant des kamikazes potentiels, ont traversé la frontière syrienne pour se rendre en Irak pendant la période 2006-2007, le tout étant supervisé par l’organisation terroriste internationale al-Qaida. Cette étude se base sur près de 600 fiches du « personnel » saisies par les Forces US à l’automne 2007, puis analysées à West Point à l’aide d’une méthodologie que nous aurons l’occasion d’examiner après en avoir présenté les principales conclusions. Les résultats de cette étude [Document à télécharger au bas de cette page] ont permis de découvrir certains traits prédominants dans la mentalité et les structures de croyance des populations du Nord-Est libyen, et ont permis de déterminer quelques points importants sur la nature politique de la révolte anti-Kadhafi dans cette région.

Darna, nord-est de la Libye : Capitale mondiale des djihadistes

La découverte majeure à laquelle a mené cette étude de West Point est que le couloir allant de Benghazi à Tobrouk, en passant par la ville de Darna (aussi épelée Derna) représente l’une des plus grandes concentrations au monde de terroristes djihadistes, et peut être considérée comme la première source de candidats à l’attentat kamikaze, tous pays confondus. Darna, avec une proportion de 1 combattant terroriste envoyé en Irak « tuer de l’États-unien » pour 1 000 à 1 500 habitants, semble être le paradis des kamikazes, dépassant de loin son compétiteur le plus proche, à savoir Riyad, en Arabie Saoudite.

D’après les auteurs du rapport de West Point, Joseph Felter et Brian Fishman, l’Arabie Saoudite occupe la première place si l’on considère le nombre absolu de djihadistes envoyés en Irak combattre les USA et les membres de la Coalition pendant la période en question. La Libye, dont la population représente moins du quart de celle de l’Arabie Saoudite, occupe la deuxième place. L’Arabie Saoudite a envoyé 41 % des combattants. D’après Felter et Fishman, « La Libye était le suivant dans la liste des pays d’origine, avec 18,8 % (112) des combattants provenant de ce pays, parmi ceux qui ont précisé leur nationalité. » D’autres pays bien plus peuplés restaient loin derrière : « La Syrie, le Yémen et l’Algérie étaient les suivants avec respectivement 8,2 % (49), 8,2 % (48) et 7,2 % (43). Les Marocains représentaient 6,1 % (36) des effectifs et les Jordaniens 1,9 % (11). ».

Cela signifie qu’au moins 1/5 des combattants étrangers entrant en Irak à travers la frontière syrienne venaient de Libye, un pays peuplé d’à peine 6 millions d’habitants. La proportion d’individus désireux de combattre en Irak était bien plus importante parmi les Libyens que pour n’importe quel autre pays appuyant les moudjahidines. Felter et Fishman on souligné le fait que « presque 19 % des combattants dans les dossiers de Sinjar, venaient de la seule Libye. De plus, la Libye a proportionnellement bien plus contribué que n’importe quelle autre nation, d’après les dossiers de Sinjar, même par rapport à l’Arabie Saoudite. »

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Nombre de combattant par million d’habitant.
Source : Joseph Felter et Brian Fishman

Mais étant donné que les dossiers sur le personnel d’al-Qaïda contiennent le lieu de résidence des combattants étrangers, nous avons la preuve que l’envie de se rendre en Irak pour « tuer de l’États-unien » n’est pas répartie uniformément en Libye, mais se concentre tout particulièrement précisément dans les zones entourant Benghazi qui forment aujourd’hui l’épicentre de cette révolte contre le colonel Kadhafi que les USA, la Grande-Bretagne et la France soutiennent avec tant d’enthousiasme.

Comme le note [le journaliste] Daya Gamage dans un récent article d’Asia Tribune à propos de l’étude de West Point, « …chose inquiétante pour les stratèges politiques occidentaux, la plupart des combattants venaient de l’est de la Libye, précisément du foyer de l’actuelle insurrection contre le colonel Kadhafi. D’après le rapport de West Point, la ville de Darna située dans l’Est libyen a envoyé en Irak plus de combattants que n’importe quelle autre ville [de Libye]. Il fixe à 52 le nombre de combattants qui sont arrivés en Irak en provenance de Darna, une ville de tout juste 80 000 habitants (le 2e contributeur étant la ville de Riyad en Arabie Saoudite, ville qui compte plus de 4 millions d’habitants). Benghazi, la capitale du gouvernement provisoire libyen choisie par les rebelles anti-Kadhafi, en a envoyé 21, là aussi un chiffre disproportionné par rapport à sa population. » [3] Darna la mystérieuse a dépassé sur le fil la métropole de Riyad avec 52 combattants contre 51. Tripoli, la place forte de Kadhafi, en revanche, n’apparait pas du tout dans les statistiques.

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Ville de résidence des combattants libyens
Source : Joseph Felter et Brian Fishman

Comment expliquer l’extraordinaire concentration de combattants anti-US à Benghazi et à Darna ? La réponse semble liée aux écoles « extrémistes » en théologie et en politique qui fleurissent dans cette région. Comme le note le rapport de West Point : « Darna comme Benghazi sont depuis longtemps associées avec le militantisme islamique en Libye. » Ces zones sont en conflit idéologique et tribal avec le pouvoir central du Colonel Kadhafi, en plus de lui être politiquement opposé. La question de savoir si ce conflit théologique mérite la mort de soldats états-uniens ou européens appelle de fait une réponse rapide.

Fleter et Fishman remarquent qu’« une large majorité des combattants libyens parmi ceux qui ont précisé leur ville d’origine dans les fichiers de Sinjar habite au nord-est du pays, en particulier dans la ville côtière de Darna avec 62, 5% (52) et celle de Benghazi avec 23,9 % (21). Toutes deux sont depuis longtemps associées au militantisme islamique en Libye, en particulier au travers d’un soulèvement [organisé] par des organisations islamistes au milieu des années 1990. Le gouvernement libyen a accusé des « infiltrés » venant du Soudan et de l’Égype d’avoir fomenté cette révolte, ainsi qu’un groupe – le Libyan Islamic Fighting Group (jama-ah al-libiyah al-muqatilah) –connu pour compter dans ses rangs des vétérans afghans. Les insurrections libyennes furent extrêmement violentes. » [4]

L’Est de la Libye : La plus grande concentration de candidats kamikazes

Un autre aspect tout à fait remarquable de la contribution libyenne à la guerre contre les Forces US en Irak est la propension marquée de Libyens du Nord-Est à choisir l’attentat suicide à la bombe comme méthode privilégiée de combat. Comme le rapporte l’étude de West Point, « parmi les 112 combattants libyens fichés, 54,4 % (61) ont précisé la nature de leur mission. Parmi eux, 85,2 % (51) ont inscrit « attentat suicide à la bombe » pour décrire le but de leur venue en Irak. » [5] Ce qui signifie que les Libyens du Nord-Est sont bien plus enclins à se faire exploser que tous les combattants venant d’autres pays. « Les combattants libyens étaient beaucoup plus fréquents dans la liste des candidats kamikazes que pour toute autre nationalité (85 % pour les Libyens, 56 % pour tous les autres). » [6]

En 2007, l’organisation anti-Kadhafi dénommée Groupe islamique combattant en Libye (GICL) fusionne avec al-Qaïda

La base institutionnelle dédiée au recrutement des combattants de la guérilla dans le Nord-Est de la Libye est associée avec une organisation qui s’appelait auparavant le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) [??????? ??????? ????????]. Pendant l’année 2007, le GIAL s’est lui-même officiellement déclaré comme franchise d’al-Qaida, et a changé son nom en « Al-Qaïda au Maghreb Islamique » (AQMI) [????? ??????? ?? ???? ?????? ????????]. La conséquence de cette fusion en 2007 fut qu’un nombre croissant de combattants de la guérilla se rendit en Irak en provenance de la Libye. D’après Felter et Fishman, « l’apparent afflux de recrues arrivant en Irak pourrait être lié à une collaboration toujours plus étroite entre le GICL et al-Qaida, qui a abouti le 3 novembre 2007 à la fusion officielle entre le GICL et al-Qaida. » [7] Cette fusion est confirmée par d’autres sources : en 2008, une déclaration attribuée à Ayman al-Zawahiri confirmait que le Groupe islamique combattant en Libye ( avait rejoint al-Qaïda [8].

L’émir terroriste vante le rôle-clef de Benghazi et de Darna au sein d’al-Qaida

Le rapport de West Point établit clairement que les principales places fortes du GICL — devenu plus tard AQMI — étaient les deux villes de Benghazi et Darna. Ceci est illustré par une déclaration d’Abu Layth al-Libi, le très particulier « émir » du GICL, qui deviendra plus tard l’un des leaders d’al-Qaïda. Au moment de la fusion de 2007, Abu Layth al-Libi, l’émir du GICL souligna l’importance de la contribution de Benghazi et de Darna dans le djihadisme islamique, en déclarant : « C’est par la grâce d’Allah que nous hissons la bannière du djihad contre ce régime hérétique, sous la direction du Groupe islamique combattant en Libye ( qui a sacrifié l’élite de ses fils et de ses officiers pour combattre ce régime, et dont le sang fut versé dans les montagnes de Darna, les rues de Benghazi, les banlieues de Tripoli, le désert de Saba et les sables des plages. » [9]

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Ammar Ashur al-Rufayi dit « Abou Laith le Libyen (al-Libi) » (1967-2008), participa adolescent à la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan, sous l’autorité d’Oussama Ben Laden et de la CIA. Dans les années 90, il devint commandant du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) et assistant d’Ayman al-Zahwari. Il a participé au complot d’al-Qaida qui échoua à assassiner le colonel Kadhafi en 1994. Ultérieurement, un agent du contre-espionnage britannique, David Shayler, révéla que cette opération était commanditée par les services de Sa Majesté. Abou Laith le Libyen est réputé avoir organisé le commando suicide qui attaqua la base militaire aérienne US de Bagram (Afghanistan), le 27 février 2007 au cours de la visite du vice-président Cheney. Sa tête fut mise à prix 5 millions de dollars. Il fut ultérieurement abattu par un drone de la CIA.

La conséquence de la fusion de 2007 fut que les recrues libyennes d’al-Qaida prirent une importance croissante dans l’activité de l’ensemble de l’organisation, déplaçant ainsi son centre de gravité en l’éloignant des Saoudiens et des Égyptiens qui étaient beaucoup plus prépondérants avant cela. Comme le notent Felter et Fishman, « les factions libyennes (principalement le Groupe islamique combattant en Libye) ont pris une importance croissante au sein d’al-Qaïda. Les fichiers de Sinjar montrent que de plus en plus de Libyens sont partis combattre en Irak à partir de mai 2007. La plupart des recrues libyennes provenaient de villes du Nord-Est de la Libye, une zone connue depuis longtemps comme étant liée à la mouvance djihadiste. » [10]

L’étude de West Point rendue en 2007 conclut en formulant quelques options politiques pour le gouvernement US. Une approche possible, suggérée par les auteurs, serait que les États-Unis coopèrent avec les actuels gouvernements arabes pour contrer les terroristes. Comme l’indiquent Felter et Fishman, « les gouvernements libyens et syriens partagent cette même préoccupation américaine d’une idéologie djihadiste salafiste violente, et d’actes violents perpétrés par ses membres. Ces gouvernements, comme d’autres au Proche-Orient, redoutent la violence sur leur sol et préfèreraient de loin que les éléments radicaux aillent en Irak plutôt que de causer des troubles « à la maison ». Les efforts des USA et de la Coalition pour endiguer le flot de combattants se rendant en Irak seraient plus efficaces s’ils prenaient en compte l’ensemble de la chaine logistique qui permet de déplacer ces individus — en commençant par leur pays d’origine — plutôt que de s’occuper simplement des points d’entrée syriens. Les USA devraient être en mesure d’augmenter la coopération des gouvernements pour mettre un frein au flot de combattants se rendant en Irak, en les aidant à résoudre leurs propres problèmes locaux de violence djihadiste. » [11] Compte tenu de ce qui s’est produit par la suite, nous pouvons affirmer que ce n’est pas cette option qui a été choisie, ni à la fin de l’ère Bush, ni durant la première moitié du mandat d’Obama.

L’étude de West Point fournit également une autre option, plus sinistre. Felter et Fishman laissent entendre qu’il est possible en Libye d’utiliser les anciennes factions du GICL d’al-Qaida contre le gouvernement du colonel Kadhafi, essentiellement en créant une alliance de facto entre les États-Unis et un segment de l’organisation terroriste. Le rapport de West Point note que : « La fusion entre le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) et al-Qaida, et son apparente décision de fournir en priorité un soutien logistique à l’État islamique d’Irak est probablement une source de controverse au sein de l’organisation. Il ne serait pas surprenant que certaines factions du GICL donnent toujours priorité à la lutte contre le régime libyen par rapport au combat en Irak. Il est sans doute possible d’exacerber les divisions au sein même du GICL, et entre les leaders du GICL et ceux d’al-Qaida provenant de la base traditionnelle saoudienne et égyptienne. » [12] Cela correspond à la politique US que nous voyons aujourd’hui, celle consistant en une alliance avec les fanatiques obscurantistes et réactionnaires d’al-Qaida en Libye contre le colonel Kadhafi, un réformateur de type nassérien.

Armer les rebelles : l’expérience de l’Afghanistan

En regardant la dramatique expérience des efforts US consistant à mobiliser les populations d’Afghanistan contre l’occupation soviétique dans les années 80, il devrait être clair que la politique de la Maison-Blanche de Ronald Reagan s’attachant à armer les Moudjahidins afghans de missiles Stinger et d’autres armements modernes s’est révélée tragique pour les États-Unis. Comme semble pratiquement l’admettre Robert Gates dans ses Mémoires, al-Qaida fut créée pendant ces années-là par les États-Unis comme une sorte de légion arabe pour aller combattre la présence soviétique, avec les résultats à long terme désastreux que l’on connait.

Aujourd’hui, il est clair que les États-Unis fournissent des armes modernes aux rebelles libyens via l’Arabie Saoudite et à travers la frontière égyptienne, avec le soutien actif de l’armée égyptienne et de la nouvelle junte militaire pro-US installée dans ce pays [13]. Tout ceci se passe en violation directe de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, qui appelle à un embargo total des livraisons d’armes à la Libye. On suppose que ces armes seront utilisées contre le colonel Kadhafi dans les semaines qui viennent. Mais, étant donné la nature violemment anti-US de la population du Nord-Est libyen qui est en train d’être ainsi équipée, il n’est absolument pas certain que toutes ces armes ne vont pas un jour ou l’autre être retournées contre ceux qui les ont fournies.

Mais ce qui pose un problème encore plus important, c’est la conduite d’un futur gouvernement libyen dominé par l’actuel conseil rebelle, avec sa large majorité d’islamistes du Nord-Est, ou d’un gouvernement similaire d’un éventuel futur État indépendant cyrénaïque. En supposant qu’un tel régime aura accès aux revenus du pétrole, il est évident qu’un certain nombre de problèmes de sécurité internationale se posent. [Le journaliste] Daya Gamage écrit à ce propos : « Dans le cas où la rébellion réussit à abattre le régime de Kadhafi, elle aura accès direct aux dizaines de milliards de dollars que Kadhafi est censé avoir caché dans différents pays étrangers au cours de son règne de 40 ans. » [14] Vu la mentalité prévalant dans le Nord-Est de la Libye, on peut aisément imaginer à quoi seraient consacrés ces revenus.

Qu’est-ce qu’al-Qaida, et pourquoi la CIA l’a utilisée ?

Al-Qaida n’est pas une organisation centralisée, mais plutôt une espèce de rassemblement de fanatiques, de psychotiques , d’agents doubles, de provocateurs, de mercenaires, etc… Comme expliqué plus haut, al-Qaida fut fondée par les États-Unis et les Britanniques pendant la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. La plupart de ses leaders, comme le fameux commandant en second Ayman Zawahiri, ou l’actuelle star montante Anwar Awlaki, sont clairement des agents doubles du MI-6 et/ou de la CIA. La croyance fondamentale qui structure al-Qaida est que tous les actuels gouvernements arabes ou musulmans sont illégitimes et doivent être abattus, car il ne représentent pas le califat qu’al-Qaida affirme lire dans le Coran. Cela signifie que l’idéologie d’al-Qaida offre aux agences de renseignements un moyen simple et prêt à l’emploi pour attaquer et déstabiliser les gouvernements arabes et musulmans en place, dans le cadre de leur incessant besoin impérialiste et colonial de piller et d’attaquer les nations en voie de développement. C’est précisément ce qui se passe actuellement en Libye.

Al-Qaida a émergé du milieu politico-culturel des Frères musulmans, ou Ikhwan, lui-même créé par les services de renseignement britanniques en Égypte dans les années 1920. Les USA et la Grande-Bretagne utilisèrent alors les Frères musulmans égyptiens comme mouvement d’opposition aux brillantes politiques anti-impérialistes du président égyptien Nasser, qui remportait d’immenses victoires pour son pays en nationalisant le Canal de Suez et en bâtissant le barrage d’Assouan sans lequel l’Égypte moderne était inconcevable. Les Frères musulmans ont fourni contre Nasser une sorte de « 5e colonne » active et efficace, constituée d’agents étrangers, exactement comme al-Qaida au Maghred Islamique (AQMI) clame haut et fort son soutien à la rébellion contre le colonel Kadhafi.

Je parle en détail de la nature d’al-Qaida dans mon récent ouvrage intitulé La Terreur Fabriquée, Made in USA [15], et je ne vais pas répéter cette analyse ici. Je me contenterai de rappeler que nous n’avons pas besoin de croire au mythe fantastique que le gouvernement US a bâti autour de l’appellation « al-Qaida », pour reconnaitre le fait avéré que les militants ou les déséquilibrés qui rejoignent les rangs d’al-Qaida sont souvent sincères dans leur haine et dans leur ardent désir de « tuer de l’États-unien ou de l’Européen ». La politique de l’administration Bush a utilisé la supposée présence d’al-Qaida comme prétexte pour une attaque militaire directe contre l’Afghanistan et l’Irak. L’administration Obama est en train de changer cela, en intervenant aux côtés d’une rébellion dans laquelle al-Qaida et ses alliés sont fortement représentés alors qu’ils s’attaquent au régime autoritaire du colonel Kadhafi en place depuis des dizaines d’années. Ces deux politiques mènent à coup sûr à la faillite, et doivent être abandonnées.

Les chefs des rebelles, Jalil et Younis, comme la plupart de ceux formant le Conseil des rebelles sont membres de la tribu Harabi liée avec al-Qaïda

Le résultat de la présente enquête est que la branche libyenne d’al-Qaida représente un continuum du Groupe islamique combattant en Libye installé à Darna et à Benghazi. La base ethnique du GICL est apparemment constituée par la tribu Harabi [profondément] anti-Kadhafi, d’où est issue la grande majorité du Conseil des rebelles, y compris ses deux principaux leaders Abdul Fatah Younis et Mustafa Abdul Jalil. Ces éléments montrent bien qu’en pratique, le Groupe islamique combattant en Libye, l’élite de la tribu Harabi, et le Conseil des rebelles soutenu par Obama sont très fortement imbriqués. Comme me le disait il y a plusieurs années l’ex-ministre des Affaires étrangères de la République du Guyana et président de l’Assemblée générale de l’ONU, Fred Wills — qui fut un véritable combattant contre l’impérialisme et le néo-colonialisme —, les formations politiques dans les pays en voie de développement (et pas seulement là) masquent souvent des rivalités ethniques ou religieuses ; c’est le cas en Libye. La rébellion contre Kadhafi est un mélange toxique de haine fanatique contre Kadhafi, d’islamisme, de tribalisme, et de rivalités locales. De ce point de vue, la décision d’Obama de prendre parti dans une guerre tribale est idiote.

Lorsqu’Hillary Clinton s’est rendue à Paris pour être présentée aux rebelles libyens par le président Sarkozy, elle a rencontré le leader de l’opposition libyenne Mahmoud Jibril, qui a reçu une éducation états-unienne et était déjà connu des lecteurs de Wikileaks comme l’un des [interlocuteurs] préférés des États-Unis. [16]

Si Jibril peut être considéré présentable à Paris, les vrais meneurs de l’insurrection libyenne sont en réalité Jalil et Younis, tous deux ex-ministres de Kadhafi. Parmi les deux, Jalil semble bien être le chef, du moins pour l’instant : « Mustafa Abdul Jalil ou Abdul-Jalil (en arabe : ????? ??? ??????, qui peut aussi s’écrire Abdul-Jelil, Abd-al-Jalil, Abdel-Jalil ou Abdeljalil, et aussi parfois, mais de façon erronée Abud Al Jeleil) est un politicien libyen né en 1952. Il fut ministre de la Justice (et de façon non officielle, secrétaire du Comité général du peuple) du colonel Mouammar Kadhafi (…) Abdul Jalil a été identifié comme le président du Conseil national de transition basé à Benghazi, bien que ce poste lui soit contesté par d’autres éléments parmi les rebelles, en raison de ses connexions passées avec le régime de Kadhafi. » [17]

Concernant Younis, il a été étroitement lié à Kadhafi depuis sa prise de pouvoir en 1968-1969. « Abdul Fatah Younis (en arabe : ??? ?????? ????) est un haut gradé de l’armée libyenne. Il portait le rang de général, et a occupé le poste de ministre de l’Intérieur avant de démissionner le 22 février 2011… » [Ibid.]

Ce qui devrait le plus nous inquiéter est qu’aussi bien Jalil que Younis appartiennent à la tribu Haribi, majoritaire dans le Nord-Est de la Libye, qui est précisément celle qui se recoupe avec al-Qaida. D’après l’agence Stratfor, « …la tribu Harabi est historiquement un ensemble puissant de clans de l’Est libyen qui a vu son influence décliner sous Kadhafi. Le leader libyen a en effet confisqué des terres arables aux membres de cette tribu pour les attribuer à d’autres clans plus faibles, mais plus loyaux…La plupart des leaders de l’Est libyen émergeant aujourd’hui proviennent de la tribu Harabi, y compris les chefs du gouvernement provisoire installé à Benghazi, Abdel Mustafa Jalil, et Abdel Fatah Younis, qui ont eu un rôle-clef dans la défection de certains militaires au début de l’insurrection. » [18] C’est un peu comme une course à la présidentielle où les deux candidats seraient issus du même État, sauf que les féroces rivalités tribales aggravent considérablement le problème.

Conseil des rebelles : La moitié des noms restent secrets. Pourquoi ?

Même si l’on regarde le Conseil des rebelles dans sa globalité, l’image d’une base régionale, sectaire et étroite ne s’améliore pas, loin de là. D’après une description récente qui en est faite, le Conseil des rebelles est « présidé par un ex-ministre libyen de la justice, à la bonne réputation, Mustafa Abdul Jalil, et est formé de 31 membres, censés représenter tout le pays, mais dont les noms ne peuvent pas être divulgués pour des ‘’raisons de sécurité’’ » … « Les principaux membres du Conseil, du moins ceux que nous connaissons, appartiennent tous à la confédération de tribus Harabi du Nord-Est libyen. Ces tribus ont de fortes connexions avec Benghazi remontant à avant même la révolution de 1969 qui amena Kadhafi au pouvoir. » [19] D’autres articles confirment le nombre de représentants : « Le Conseil est constitué de 31 membres ; l’identité de plusieurs de ces membres n’a pas été rendue publique afin de préserver leur sécurité. » [20] Etant donné tout ce que nous savons sur l’extraordinaire densité de combattants du GICL et de fanatiques d’al-Qaïda dans le Nord-Est libyen, il nous parait légitime de nous demander si l’identité de tous ces membres du Conseil est véritablement gardée secrète pour les protéger de Kadhafi, ou bien si ce n’est pas plutôt pour éviter que leurs noms ne soient reconnus par l’Occident comme étant ceux de terroristes ou de sympathisants d’al-Qaïda. La dernière hypothèse semble bien plus proche de la situation actuelle.

Les noms divulgués à ce jour sont : Mustafa Abduljaleel ; Ashour Hamed Bourashed, représentant la ville de Darna ; Othman Suleiman El-Megyrahi, pour la région de Batnan ; Al Butnan, pour la zone frontalière avec l’Égypte et Tobrouk ; Ahmed Abduraba Al-Abaar, pourla ville de Benghazi ; Fathi Mohamed Baja, pour Benghazi ; Abdelhafed Abdelkader Ghoga, pour Benghazi ; M. Omar El-Hariri pour les Affaires militaires ; et Dr. Mahmoud Jibril, Ibrahim El-Werfali et Dr. Ali Aziz Al-Eisawi pour les Affaires étrangères. [21]

Le Département d’État devrait interroger ces personnes, en commençant peut-être par Ashour Hamed Bourashed, le délégué pour la ville de Darna, place-forte des terroristes et des candidats à l’attentat kamikaze.

Combien de membres, de vétérans ou de sympathisants d’al-Qaïda font partie du Conseil des rebelles ?

Tout ce que l’on peut savoir à travers le brouillard de la guerre, c’est qu’au moins une douzaine de membres du Conseil ont vu leurs noms publiés officiellement —en tout cas, pas plus de la moitié de ses 31 membres—. Les médias US et européens n’ont pas cherché à identifier pour nous tous ces noms que nous connaissons maintenant, mais surtout ils n’ont pas cherché à attirer l’attention sur cette majorité [obscure] du Conseil des rebelles qui continue d’agir dans le secret le plus total. Par conséquent, nous devons exiger de connaitre le nombre de membres, de vétérans ou de sympathisants du GICL et d’al-Qaida qui appartiennent à ce Conseil des rebelles.

Nous sommes actuellement les témoins d’une tentative de prise de pouvoir de la tribu Harabi sur les 140 autres tribus libyennes. Les Harabi ont déjà pratiquement l’hégémonie du pouvoir dans la région cyrénaïque. Au cœur de la confédération Harabi, on trouve le clan El-Obeidat, qui est lui-même divisé en 15 sous-clans. [22] Toutes ces considérations pourraient être d’un pur intérêt académique, s’il n’y avait cette évidente intersection entre d’une part les tribus Harabi et d’autre part le GICL et al-Qaïda.

Le mouvement Senussi en Libye – monarchiste ou démocratique ?

La tradition politico-religieuse au Nord-Est de la Libye fait de cette région un terreau propice aux sectes musulmanes les plus extrêmes, et la prédispose également à la monarchie bien plus qu’aux formes plus modernes de gouvernement voulues par Kadhafi. La tradition régionale prédominante est celle de l’ordre Sanussi (ou Senussi), une secte musulmane qui s’oppose à l’Occident. En Libye, l’ordre Senussi est étroitement lié à la monarchie, et ce, depuis le Roi Idris —ce dirigeant installé au pouvoir par les Britanniques en 1951 et qui fut renversé par Kadhafi en 1969— et qui était le chef de l’ordre Senussi. Dans les années 1930, les Senussi ont organisé la rébellion contre les colons italiens emmenés par le maréchal Rodolfo Graziani et son armée. Aujourd’hui, les rebelles utilisent le drapeau de la monarchie, et pourraient préconiser le retour sur le trône d’un des deux prétendants appartenant à la lignée d’Idris. [En somme], ils sont bien plus proches de la monarchie que de la démocratie.

Le Roi Idris, révéré par les actuels rebelles libyens

Voici la vision que l’agence Stratfor a du Roi Idris et des Senussi : « Le Roi Idris appartient à une lignée de dirigeants issus de l’ordre Senussi, un ordre religieux soufi fondé en 1842 à Al Bayda qui pratique une forme austère et conservatrice de l’islam. La Sanussie représentait, avant la création de l’État moderne de Libye, une force politique dans la région cyrénaïque, et conserve toujours une certaine influence aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si cette région est le foyer du djihadisme libyen, avec des groupes comme le Groupe islamique combattant en Libye (GICL). Le clan Kadhafi a de fait qualifié la révolte actuelle de complot islamique élaboré… » [23] Sous la monarchie, la Libye était selon certaines estimations, le pays le plus pauvre au monde. Aujourd’hui, elle figure en 53e position dans l’Indice de développement humain de l’ONU. Devançant la Russie, le Brésil, l’Ukraine et le Vénézuéla, elle est de surcroit le pays le plus développé d’Afrique. Le règne de Kadhafi a quelques mérites objectifs qui peuvent difficilement lui être niés.

Le Black Agenda Report de Glen Ford a illustré très justement le caractère raciste et réactionnaire de l’insurrection libyenne. Les tribus du Sud libyen, connues sous le nom de Fezzan, ont la peau brune. La base tribale sur laquelle s’appuie le régime de Kadhafi consiste en une alliance des tribus de l’Ouest, du Centre et du Sud (les Fezzans), qui s’opposent aux Harabi et aux El-Obeidat, qui elles s’identifient à l’ex-classe dirigeante du temps de la monarchie. Les Harabi et les El-Obeidat sont connus pour nourrir de forts sentiments racistes à l’encontre des Fezzans. Cela transparait dans plusieurs articles diffusés dans des médias pro-impérialistes dès le début de l’insurrection, et bien évidemment inspirés par des responsables Harab, selon lesquels les personnes à la peau noire présentes en Libye doivent être traitées comme des mercenaires à la solde de Kadhafi —et doivent par conséquent être exterminées—. Ces propos racistes sont encore répétés par quelques bonimenteurs comme Anne-Marie Slaughter la doyenne de l’École Woodrow Wilson à l’université de Princeton [et ex-directrice de la planification du département d’Etat]. Et effectivement, un nombre impressionnant de noirs africains venant du Tchad ou d’autres pays et travaillant en Libye ont été systématiquement lynchés et massacrés par les forces anti-Kadhafi. La Maison-Blanche d’Obama, qui affiche sa volonté de ne pas voir se reproduire [en Libye] les massacres du Rwanda, a soigneusement ignoré cette histoire effroyable de génocide perpétré par ses nouveaux amis de la région cyrénaïque.

Face à l’obscurantisme des Senussi, Kadhafi a misé sur l’équivalent musulman du sacerdoce de tous les croyants, expliquant que le Califat n’était pas nécessaire pour découvrir le vrai sens du Coran. Il a complété cela par une perspective panafricaine. Gerald A. Perreira du Black Agenda Report écrit la chose suivante à propos de la division théologique entre Kadhafi et les néo-Senussi du Nord Libyen ou d’autres clans obscurantistes : « Al-Qaïda est présente dans le Sahara et à ses frontières, et l’Union internationale des érudits musulmans exige que Kadhafi soit amené devant les tribunaux…[De son côté] Kadhafi a remis en cause l’islam des Frères musulmans et d’al-Qaida d’un point de vue coranique et théologique ; c’est l’un des seuls leaders politiques capables de faire cela. Benghazi a toujours été au cœur de la contre-révolution en Libye, accueillant les mouvements islamiques réactionnaires comme les wahhabites et les salafistes. Ce sont ces individus qui ont formé le Groupe islamique combattant en Libye basé à Benghazi, qui s’est rallié à al-Qaida, et s’est rendu responsable au fil des années, de l’assassinat de plusieurs membres du Comité libyen de la révolution. » [24] Et quel serait, par exemple, le statut des femmes sous le régime néo-Senussi du Conseil des rebelles de Benghazi ?

Al-Qaïda, du démon à l’allié des USA en Libye

Pour ceux qui tentent de suivre les changements dans la façon dont la CIA gère les différentes organisations fantoches au sein du présumé terrorisme islamique, il n’est pas inutile de retracer la transformation du GICL-AQMI qui est passé d’ennemi mortel à proche allié. Ce phénomène est étroitement lié au renversement général des fronts idéologiques de l’impérialisme US qui marque le passage de l’administration Bush-Cheney-néoconservateurs, au régime actuel Obama-Brzezinski-International Crisis Group. L’approche de Bush consistait à utiliser la supposée présence d’al-Qaïda dans un pays pour justifier d’une attaque militaire directe. La méthode Obama consiste [au contraire] à utiliser al-Qaida pour renverser les gouvernements indépendants, et ensuite, soit à séparer les populations et à fragmenter les pays en question, soit à les utiliser comme des pions kamikazes face à des ennemis bien plus forts, comme la Russie, la Chine ou l’Iran. Cette approche nécessite une fraternisation plus ou moins ouverte avec les groupes terroristes, qui a commencé à apparaitre dans le fameux discours d’Obama au Caire en 2009 [25]. Les liens entre la campagne d’Obama et les organisations terroristes déployées par la CIA contre la Russie étaient déjà dans le domaine public il y a trois ans. [26]

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The New Republic a consacré son édition du 11 juin 2008 à préparer l’opinion publique à un recyclage possible des hommes de Ben Laden.

Mais un tel renversement ne s’improvise pas en une nuit ; cela a nécessité plusieurs années de préparation. Le 10 juillet 2009, le Daily Telegraph de Londres rapportait que le Groupe islamique combattant en Libye se séparait d’al-Qaïda. Cela survint alors que les USA avaient décidé de moins s’investir dans la guerre en Irak, et aussi de se préparer à utiliser les Frères musulmans et autres sunnites d’al-Qaida pour déstabiliser des principaux pays arabes en vue de les retourner contre le régime chiite iranien. Paul Cruikshank a écrit à l’époque un article dans le New York Daily News à propos d’un des leaders du GICL qui voulait que son mouvement mette fin à ses relations avec al-Qaida et avec son infâme [chef] Oussama Ben Laden ; Il s’agissait de « Noman Benotman, un ex-chef du Groupe islamique combattant en Libye. Alors que cela fait déjà longtemps que les principaux leaders musulmans critiquent al-Qaïda, ces critiques sont désormais appuyées par celles venant des jihadistes eux-mêmes. » [27] Pourtant dans le même temps, certains chefs du GICL se sont ralliés à al-Qaïda : le Daily Telegraph mentionnait ainsi que certains chefs d’al-Qaida comme Abu Yahya al-Libi et Abu Laith al-Libi étaient des membres du GICL. À la même époque, dans un geste humanitaire [d’ailleurs] peu judicieux, Kadhafi avait décidé de relâcher des combattants du GICL.

À l’heure actuelle, des jihadistes du Nord-Est libyen tuent des soldats US et de l’OTAN en Afghanistan

L’une des contradictions mortelles de la politique actuelle du Département d’État et de la CIA, est qu’elle vise à mettre en place une alliance cordiale avec des tueurs d’al-Qaida issus du Nord-Est libyen [prétendument pour protéger les populations civiles], et qu’au même moment, les USA et l’OTAN bombardent sans pitié les civils au Nord-Ouest du Pakistan au nom de la guerre totale contre al-Qaida, et que les forces US ou de l’OTAN se font tuer par des combattants d’al-Qaida dans ce même théâtre d’opération afghano-pakistanais. La puissance de cette contradiction flagrante menace l’ensemble de l’édifice de propagande de guerre états-unien. Les USA ont abandonné depuis longtemps toute moralité au profit de la force militaire.

En réalité, les terroristes combattants issus du Nord-Est libyen pourraient bien être en train de tuer des soldats US ou de l’OTAN en Afghanistan, pendant que les USA et l’OTAN protègent leurs maisons [des assauts] du gouvernement du colonel Kadhafi. D’après le récit qui suit, un haut dirigeant d’al-Qaida commandant le Nord-Ouest du Pakistan a été tué lors d’une opération militaire états-unienne pas plus tard qu’en octobre 2010 : « Un important dirigeant qui a servi comme ambassadeur d’al-Qaïda auprès de l’Iran, et qui est recherché par les USA, aurait été tué il y a deux jours lors d’une frappe aérienne menée depuis un drone Predator dans la zone pakistanaise contrôlée par des tribus proches des Taliban au Nord-Waziristan (…) Il s’agissait d’Atiyah Abd al Rahman, un ressortissant libyen qui était basé en Iran et avait servi comme ambassadeur d’Oussama Ben Laden auprès des Mollahs. Des rapports de presse non confirmés indiquent que Rahman a été tué lors d’une frappe aérienne… » [28] La page [du site Web] sur laquelle le Département d’État US affiche la récompense pour la capture d’Atiyah Abd al Rahman précise que Rahman avait été « nommé par Oussama Ben Laden émissaire d’al-Qaida en Iran », et qu’Atiyah « recrutait et aidait aux négociations avec les autres groupes islamistes pour qu’ils opèrent pour al-Qaïda » et qu’il était aussi « membre du Groupe islamique combattant en Libye et de [Jamaat] Ansar al Sunna. » [29] Rahman était suffisamment haut placé dans la hiérarchie d’al-Qaïda pour se permettre en 2005 de donner des ordres à Abou Moussab Al-Zarkaoui, le chef d’al-Qaida en Irak [30].

Une autre victime tombée au Pakistan est cet homme apparemment originaire du Nord-Est libyen et connu sous le nom de guerre de Khalid al Harabi, nom qui pourrait indiquer des origines liées au milieu djihadiste des tribus Harabi en Cyrénaïque. D’après une source, « Khalid Al Harabi est aussi connu sous le nom de Khalid Habi, l’ex-chef militaire d’al-Qaida qui fut tué par un tir de Prédator US en octobre 2008. » [Thomas Joscelyn et Bill Roggio, op. cit.]

Le scénario dévoilé dans l’affaire David Shayler en 1995 se reproduit aujourd’hui

David Shayler, un officier du MI-5, le service de contre-espionnage britannique, apprit que son homologue du Renseignement extérieur MI-6 avait versé la somme de 100 000 £ à un membre d’al-Qaida en échange d’une tentative d’assassinat de Kadhafi. La tentative eut bien lieu, et occasionna la mort de nombreux passants innocents, mais échoua à éliminer le dirigeant libyen. Ce que Shayler comprit du scénario est qu’il incluait l’élimination de Kadhafi, suivie par la descente de la Libye dans le chaos et les guerres tribales, avec la possibilité d’une prise de pouvoir directe par al-Qaida elle-même. La situation pourrait alors fournir un prétexte aux Britanniques, agissant probablement, mais pas nécessairement de concert avec les USA ou d’autres pays, pour envahir la Libye et prendre le contrôle des champs pétroliers, sans doute en établissant un protectorat permanent des régions riches en pétrole ou traversées par les pipelines, ainsi que la bordure côtière. [31] Cela reste l’objectif aujourd’hui.

En même temps que la tentative d’assassinat de Kadhafi, le MI-6 et d’autres services secrets occidentaux fomentèrent une importante insurrection dans le Nord-Est libyen, pratiquement dans la même zone où a surgi la rébellion actuelle. Mais la révolte fut alors écrasée par les forces de Kadhafi avant même la fin de l’année 1996. Les événements de 2011 sont simplement la répétition de l’attaque impérialiste contre la Libye, 15 ans plus tard, avec en plus l’intervention étrangère.

Témoignage de David Shayler lors de la conférence Axis for Peace organisée en 2005 par le Réseau Voltaire

La guerre contre l’État Nation

L’actuelle attaque contre la Libye survient dans le contexte plus global d’une attaque contre l’institution d’un État nation souverain, étant donné son existence qui remonte au traité de Westphalie en 1648. Les États-Unis et les Britanniques sont extrêmement inquiets devant la quantité de nations qui tentent d’échapper à l’hégémonie anglo-américaine au travers d’une coopération à grande échelle avec la Russie en matière de sécurité, avec la Chine sur les questions économiques, et avec l’Iran pour ce qui relève des considérations géopolitiques.

La réponse du couple CIA-MI6 a consisté en une vaste orgie de déstabilisations, coups d’État populaires, révolutions colorées, révolutions de palais, mise en lumière par l’opération de diffusion limitée de documents organisée par la CIA et connue sous le nom de Wikileaks, et visant certains noms de la « liste de cibles » de la CIA allant de Ben Ali à Kadhafi. La stratégie d’Obama se serait mieux accommodée d’une initiative spontanée et autonome, et de l’illusion que le printemps arabe fut véritablement l’affaire de jeunes idéalistes visionnaires se rassemblant sur une place pour prêcher la démocratie, la force de la Loi, et les droits de l’homme. Ce ne fut jamais le cas : les décisions actuelles ont été prises par une clique brutale de généraux et de hauts responsables que la CIA a soudoyés ou fait chanter, et qui œuvrent en coulisse pour évincer les personnages comme Ben Ali ou Moubarak. Quoi qu’ait fait Kadhafi par ailleurs, il ne fait aucun doute qu’il a forcé la CIA et l’OTAN à mettre bas les beaux masques de l’idéalisme de la jeunesse et des droits humains, et à révéler l’effroyable visage sous-jacent des drones Predator, des bombardements terrifiants, de la boucherie généralisée et de l’arrogance colonialiste. Kadhafi a aussi réussi à abattre le masque du « Yes we can » d’Obama, dévoilant un va-t-en-guerre cynique poursuivant les politiques bushiennes du « Mort ou vif » ou « Ramenez-le moi », même s’il utilise des moyens différents.

Un lointain miroir de l’impérialisme en Libye : l’épopée « Pharsale » du poète Lucain

Les impérialistes modernes pressés d’envahir la Libye devraient s’inspirer de La Pharsale, l’épopée du poète Lucain, qui traite de la guerre dans le désert libyen lors de la lutte entre Jules César et Pompée le Grand, vers la fin de la République de Rome. Un passage essentiel de ce classique est le discours de Caton d’Utique, partisan de Pompée, qui exhorta ses hommes à entreprendre une mission-suicide en Libye, par ces mots : « Des serpents, la soif, la chaleur et le sable, seule la Libye peut présenter cette multitude de malheurs qui pousserait tout homme à la fuir. » Caton persévère, et trouve « une petite tombe pour renfermer son nom béni, la Libye avait mis fin aux jours de Caton… » [32]

Ne refaisons pas la même folie.

Les pistes d’investigation offertes par l’étude de West Point : un appel aux chercheurs

Le rapport de West Point, comme mentionné ci-dessus, a été mené sur la base de près de 700 fichiers de membres d’al-Qaida récupérés en Irak par les Forces de la Coalition. Les auteurs de cette étude se sont engagés à mettre la base documentaire ayant servi à leur enquête à la disposition du public, à la fois dans la forme de langue arabe utilisée dans ces dossiers d’al-Qaida, mais aussi dans leur forme traduite en anglais. En partant du principe que ces documents restent accessibles, ils pourraient permettre aux chercheurs et aux journalistes, et plus particulièrement ceux ayant des connaissances en arabe (ce qui n’est pas le cas de l’auteur de ces lignes), d’enquêter sur les combattants libyens qui se sont rendus en Irak, et de déterminer si certains d’entre eux sont des parents, des voisins, ou même des associés politiques des membres connus du Conseil des rebelles de Benghazi ou des Forces anti-Kadhafi. Une telle démarche contribuerait à aider les publics européens et américains, et d’autres pays à travers le monde, à mieux comprendre la nature de l’aventure militaire en cours en Libye, au travers d’une meilleure connaissance de qui sont réellement les rebelles libyens, et non par l’image idéaliste et élogieuse qu’en font les médias occidentaux sous contrôle.

Documents joints

« Al Qa’ida’s Foreign Fighter in Iraq : A First Look at the Sinjar Records », par Joseph Felter et Brian FishmanWest Point, NY : Projet Harmony, Centre de lutte contre le terrorisme, Département des sciences sociales, décembre 2007
(PDF – 824.6 ko)
 Webster G. Tarpley
Historien et journaliste états-unien. Dernier ouvrage paru en français : La Terreur fabriquée, made in USA. Dernier ouvrage en anglais : Barack H. Obama : The Unauthorized Biography(Progressive Press, 2008).
Les articles de cet auteur
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Traduction GV (ReOpen911).


[1] « Résolution 1973 (zone d’exclusion aérienne sur le Libye) », Réseau Voltaire, 17 mars 2011.

[2] Voir par exemple « Tribune de Barack Obama, David Cameron et Nicolas Sarkozy sur la Libye » (texte publié ultérieurement à la publication du présent article en anglais), 15 avril 2011.

[3] “Libyan rebellion has radical Islamist fervor : Benghazi link to Islamic militancy, U.S. Military Document Reveals,” par Daya Gamage, Asian Tribune, 17 mars 2011,

[4] Rapport de West Point, p. 12.

[5] Rapport de West Point, p. 19.

[6] Rapport de West Point, p. 27.

[7] Rapport de West Point, p. 9.

[8] « Libya releases scores of prisoners », Al Jazeera English, 9 avril 2008. « Libya : Scores of prisoners released from jail ». AKI, 9 avril 2008.

[9] Rapport de West Point, p. 12.

[10] Rapport de West Point, p. 27.

[11] Rapport de West Point, p. 29.

[12] Rapport de West Point, p. 28.

[13] « Egypt Said to Arm Libya Rebels », par Charles Levinson et Matthew Rosenberg, Wall Street Journal, 17 mars 2011. Et « America’s secret plan to arm Libya’s rebels », par Robert Fisk, The Independent, 7 mars 2011

[14] Daya Gamage, op. cit.

[15] La Terreur Fabriquée, Made in USA, par Webster Tarpley, éd. Demi-lune, ouvrage recommandé par le Réseau Voltaire, en vente par correspondance depuis la Librairie du Réseau Voltaire.

[16] « Le partage de la Libye a commencé à Londres », Réseau Voltaire, 30 mars 2011.

[17] D’après la version anglaise de sa notice dans l’encyclopédie Wikipedia au 24 mars 2011.

[18] « Libya’s Tribal Dyanmics », Stratfor, 25 février 2011,

[19] “Who are the rebels we are fighting to protect,” par Venetia Rainey, The First Post, 21 mars 2011.

[20] Notice de l’encyclopédie anglaise Wikipedia au 24 mars 2011.

[21] « Statement by the Libyan Transitional National Council », Voltaire Network, 5 mars 2011.

[22] « L’occidente alla guerra delle tribù », par Massimo Introvigne, La Bussola quotidiana, 22 mars 2011.

[23] Stratfor, op. cit.

[24] « Libya, Getting it Right : A Revolutionary Pan-African Perspective », par Gerald A. Perreira, Black Agenda Report, 2 mars 2011.

[25] « Discours à l’université du Caire », par Barack Obama, Réseau Voltaire, 4 juin 2009.

[26] « Obama Campaign Linked To Chechen Terrorism : Grant Of Taxpayer-Funded U.S. Asylum For Chechen Terror Envoy Gave Obama Foreign Policy Guru Zbigniew Brzezinski ‘One Of The Happiest Days Of My Life », par Webster G. Tarpley, 2 février 2008 ; et le livre Obama the Postmodern Coup : The Making of a Manchurian Candidate, par Webster G. Tarpley (Joshua Treet CA : Progressive Press, avril 2008), pp. 97-115.

[27] « How Muslim extremists are turning on Osama Bin Laden ». par Paul Cruikshank, New York Daily News, 8 juin 2008. Cruickshank est membre du Centre d’Étude sur la Loi et la Sécurité à la New York University. Il est co-auteur, avec Peter Bergen, de l’article paru en une du bimensuel The New Republic, « The Jihadist Revolt against Bin Laden ».

[28] « Al Qaeda leader linked to Iran may have been killed in recent Predator strike », par Thomas Joscelyn et Bill Roggio, The Long War Journal, 9 octobre 2010.

[29] Ibid.

[30] Voir notre dossier Abou Moussab Al-Zarkaoui.

[31] Voir Annie Machon (2005). Spies, Lies & Whistleblowers. MI5, MI6 and the Shayler Affair Lewes, East Sussex : The Book Guild Ltd. 185776952X ; Hollingsworth, Mark ; Nick Fielding (1999). Defending the Realm : MI5 and the Shayler Affair. Andre Deutsch Ltd. ISBN 0233996672.

[32] Pharsalia, Book IX, par Lucain, traduction de Riley (London : Bell, 1903), p. 355.

Source: http://www.voltairenet.org/article169989.html

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L’ADQ, un parti au centre? Vraiment?

Publié par sylvainguillemette le 17 mai, 2011

Alors qu’on accuse le «colonel» Kadhafi d’avoir commis quelques crimes contre l’humanité, commis pourtant par tous «commandants en chef» états-uniens de l’histoire des États-Unis d’Amérique, et qu’en Israël on bafoue les droits humains des Palestiniens, butant ceux-ci aussi froidement qu’on abat ici, nos porcs destinés à faire du bon bacon, il y a nos petits maux de pacotille. Nos maux à nous, bien québécois…, ou culturels devrais-je préciser. Il y a l’affaire Turcotte pour détourner nos intérêts en nous troquant l’émotionnel contre le rationnel. «Maudit Turcotte, je lui couperais les couilles!»…

Et il y a un parti politique d’extrême droite qui veut nous faire croire qu’il y a un centre et qu’il s’y trouve, en termes de «valeurs qu’on y défend». Or, il ne relèverait que de leur ignorance crasse de ne pouvoir savoir qu’ils forment un parti de droite. Mais ma foi, pour le peu que je puisse vous présenter en termes de croyance, ce ne sont en fait que des hypocrites et des opportunistes. Et des populistes de fait, puisqu’il ne peut être autre chose «que de promouvoir au sein d’un collectif, que se collectif se désengage de ses engagements collectifs» afin d’opter pour une partie de capitalisme encore plus sauvage qu’il ne l’est déjà, que du capitalisme à l’état pur. Quand les rapports économiques (donc sociaux par conséquent) que l’on prône au sein d’un parti politique proposent à toutes et tous de faire chacun pour soi et que l’on prône sans cesse de se diviser d’avantage et de se rivaliser les uns les autres, je ne crois pas que l’on puisse nier faire partie d’une droite morale, économique donc, puisqu’ici, l’économique s’appliquera au diktat moral d’élus capitalistes.

Prétentions

L’Action Démocratique du Québec se prétend désormais de centre-droit, s’étant affiché jadis de droite, voire d’extrême droite, à en croire la liste des membres et des sympathisants. Rappelez-vous l’étroitesse des liens entre les extrémistes du RLQ et l’ADQ, sinon de ceux de la clique de Jeff Fillion avec ce parti, ou de ces libertariens et de ces autres déchets vomis par cette société capitaliste conditionnant l’égoïsme et l’individualisme. Bref, ce parti ne change d’étiquette que pour épargner les observateurs de leur appartenance indéniable à une droite morale indispensable à l’existence d’une droite économique. Autrement dit, ce sont des hypocrites.

Nous pourrions d’abord nous imposer du débat sur l’existence d’un centre, puisque l’extrême gauche nie ce «centre» et que l’argumentaire qu’elle présente n’est nullement contesté, ni par la droite capitaliste, ni par la gauche modérée. Certes, Jean Allaire, lui-même membre fondateur de l’ADQ, dit «débarquer» lorsque l’on parle de «droite et de gauche», appelant ainsi indéniablement à la conciliation des classes, ou même, à la négation de celles-ci, puisque que par ailleurs, certains capitalistes persistent à nier l’existence d’un rapport de classes entre les salariés et les employeurs. Or, ce membre-fondateur qui n’a rien de plus sage que ses pairs devrait constater qu’il y a d’abord une explication historique aux interpellations de la «gauche et de la droite» et il devrait également constater que les employeurs et les employés, formant chacun une classe, n’ont pas les mêmes intérêts et qu’ils ne peuvent donc pas se concilier via un programme politique capitaliste, d’autant plus que le programme politique adéquiste avantage nettement la classe bourgeoise (les employeurs) sur celle du prolétariat (les salariés), qui représente également la minorité de notre population humaine sur Terre. À quoi bon demander aux exploités de se livrer d’avantage à l’exploitation de ceux dont on protège visiblement les intérêts, ironiquement, les exploitants de ces exploités? Jean Allaire peut bien  s’estomaquer qu’on parle de gauche et de droite, il apparaît clairement que ce dernier vise un dessein dont je ne partage pas l’enthousiasme des issues potentielles en tant que salarié, un dessein avantageant la minorité parasitaire bourgeoise qui exploite; et mon labeur, et mes besoins, et ma santé via les calices de cliniques privées.

Liberté d’expression

Et si l’ADQ accuse les syndicats de parler au nom du peuple sans mandat, il me paraît nécessaire d’indiquer quant à moi, que les syndicats représentent une indéniable majorité de cette population humaine par rapport au patronat et à la bourgeoisie, que défendent l’ADQ et ses membres fils de riche, ou ces aliénés,  qui forment cette secte embourgeoisée qu’est l’ADQ. L’ADQ non plus, n’a pas le mandat de TOUS les citoyens du Québec pour parler des «valeurs québécoises», ou des «libertés», partagées par des êtres humains vivant sur une terre nommée le Québec. Les syndicats ont autant le droit de débattre sur les enjeux québécois et terriens en général, que le Conseil du patronat et les divers Instituts de mercenaires économistes, avantagés en capitaux par leur prise de positions pro-bourgeoise. Youri ou  madame Elgrably de l’Institut économique de Montréal, des impartiaux sans doute. Même Cyrano, ou Fraser, témoignent du parti pris de l’idéologie, dans ce régime capitaliste, pour les capitalistes. Ils sont constamment invités ici ou là pour expliquer les bienfaits mythiques du capitalisme, même sur les tribunes de notre société d’État Radio-Canada… Or, c’est un cancer dont souffre fortement l’humanité, ce capitalisme, et aucune statistique n’indique qu’il puisse sans l’État (contrant celui-là la bêtise humaine et les exploitations diverses de la minorité parasitaire bourgeoise), survivre à ses propres dogmes.

Et les syndicats ont autant  le droit de rapporter et de défendre les intérêts des salariés, des prolétaires, des exploités, bref, de la masse humaine, que le ministre du travail, avantageant historiquement toujours le bourgeois sur le prolétaire. Les syndicats ont le droit de rapporter les intérêts des créateurs de richesses au sein de ce système pourri dont jouit visiblement, la minorité parasitaire bourgeoise que défendent monsieur Allaire et le ramassis de ce qu’il a fondé. Allaire, un autre de ces autoproclamés «lucides», qui sait mieux que nous, ce qui est bon pour nous. Ils sont tous aussi paternalistes qu’ils nous accusent d’être aux mamelles de l’État. Ils sont aussi centralisés sur le Dieu Kapital que les défendeurs de l’«État éternel »le sont pour leur État. Ce qui est bien pour le Dieu Kapital n’a toutefois pas besoin de plaire aux masses. Si les avantagés paient bien leurs valets, ça vaut peut-être la peine d’ignorer les masses, qui sait… Allaire et les siens, ses sbires et le sbire qu’i l est lui-même, eux seuls, le savent. Ils savent tout.

Et c’est d’ailleurs une contradiction qui touche toute la droite, dans plusieurs pays du monde. On limite la liberté d’expression de ceux et celles qu’on ne veut pas entendre et on se drape de la «libârté» dans tous «nos tas de fumiers totalitaires» que sont ces couches pleines radotées par les libertariens. On vénère même au RLQ, Augusto Pinochet. Du moins, l’un des cofondateurs, Éric Duhaime, l’use pour expliquer le modèle qu’il souhaite établir au Québec. Des nostalgiques de Duplessis. Les contradictions sont des ombres de capitalistes.

Prenez l’exemple des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, ce sont aux yeux du Canada; Conservateur, Libéral, NPD, Bloc Québécois et certainement le Parti Vert-, des terroristes. Mais les disciples de l’OTAN en Libye qui attaquent le gouvernement établi de Kadhafi, eux, sont des «combattants de la libârté».  Pourtant, ils font les mêmes actes, pour des intérêts forts différents et sont comme les «terroriss», financés par des États, en l’occurrence ici; Paris, Washington, Londres, Ottawa  et les multiples autres qui ont participé à cette opération directement ou indirectement. Et c’est ironiquement celui qui est le moins pire des deux groupes de «terrorisss», aux yeux du catholicisme, qui sera plus sévèrement puni.

Rappelons que l’ancien président colombien Alvaro Uribe a terrorisé à l’aide de ses paramilitaires, tant les FARC et leurs sympathisants que des journalistes trop curieux et des militants socialistes et syndicalistes (Décembre 2009, charnier 2000 corps).

Et après tout, avec toutes ces contradictions citées, nous sommes en droit de nous demander pourquoi le procureur du TPI qui accuse Kadhafi d’avoir ordonné; de la torture, l’usage de mercenaires et d’avoir tué des civils innocents sans défense avec des armes lourdes ne lance t-il pas les mêmes accusations sur tous les présidents états-uniens et chefs d’État  israéliens, français et britanniques qui se sont succédés au cours du dernier siècle…, non? Mets-en ciboire! Ils sont qui, eux, pour «faire ce qu’ils interdisent» de faire? La Black Water, ça n’est pas une firme de mercenaires? L’Irak, ce n’est pas un bain de sang? Et la torture, quand même! Le Canada a fermé les yeux sur de la torture pratiquée sur un enfant soldat canadien (Omar Kadhr) et elle fut pratiquée rappelons-le, dans une prison jugée illégale (Guantanamo) par la Cour Suprême des États-Unis d’Amérique elle-même. C’est le monde à l’envers, c’est de l’hypocrisie et ici, l’ADQ fait partie du problème en proposant pire.

L’ADQ, un parti d’extrême droite

Alors au-delà des apparences, l’ADQ n’a pas changé de camp. C’est un parti d’extrême droite, conciliant tant les fanatiques de la race que les fanatiques du capitalisme, un système économique qui fait faillite aux 30-40 ans et qui revit de ses cendres grâce au pillage des prolétaires. En effet, l’ADQ persiste et signe à croire en un système économique n’avantageant que les riches, pour des causes qui n’ont rien du mérite ou du sacrifice. Et lorsqu’Allaire invite à ce qu’on marche tous main dans la main, c’est seulement sous sa tutelle qu’il ordonne cette conciliation, c’est-à-dire sous une tutelle docile et servile au diktat du patronat, du diktat de la minorité parasitaire bourgeoise.

Alors au contraire, il faut surligner les tendances, tant de gauche que de droite, il faut préciser les camps. Il faut donc  contrer l’appel de ces fanatiques du fric et ne surtout pas concilier les prolétaires à la cause bourgeoise. La cause des exploitants ne peut pas être celle des exploités. Un prisonnier ne travaillera pas main dans la main avec son geôlier. Un torturé ne collaborera pas avec son tortionnaire. Le poisson ne doit pas se mettre à sauter dans la chaloupe…

L’ADQ n’a rien d’un parti populaire, c’est un parti patronal, un parti antisyndical, un parti anti-prolétaires, anti-salariés. L’ADQ sert la cause des Boss en bon québécois. L’ADQ, c’est tout le contraire de «l’ami du peuple» et bel et bien, «l’ami des patrons» et des multinationales, prêtes celles-là, à venir piller nos richesses à rabais, des rabais que leur concéderont nos amis adéquistes ou conservateurs (du pareil au même).

L’ADQ se prétend également contre l’immobilisme, mais ils nous promettent de facto, un immobilisme en ce qui concerne l’ordre établi, celui de la bourgeoisie et donc, ils nous promettent que sous leur gouverne, les richesses perpétueront leur ascension au sein de la minorité parasitaire bourgeoise que l’ADQ protège fièrement. Ce sont en fait eux, les immobilistes, qui nous stagnent dans le capitalisme, bien que ce système ait maintes fois démontré ses incapacités de fonctionner et sa dépendance de la misère humaine pour y parvenir au détriment de la masse et au profit d’une minorité dont ces adéquistes épousent les mérites autoproclamés, d’exploiter la vie d’autrui de toutes les façons envisageables. La misère humaine est le carburant des capitalistes et ce carburant devient une «liberté d’entreprendre» pour ces vautours de capitalistes. Là où il y a des besoins, il y a une potentialité d’exploiter son prochain et les capitalistes flairent vite l’affaire, et la défendent de tout leur torse.

Conclusion

Il faut donc, pour terminer, remettre les pendules à l’heure. Oui, il y a une gauche et une droite, une part de gens idéalistes qui croit en un système avantageant la minorité parasitaire bourgeoise et il y a cette autre part de gens, qui ne croit plus depuis longtemps, les balivernes de cette minorité de profiteurs, qui ne cherche qu’à tirer profit des misères et des besoins d’autrui. À Jean Allaire, rappelons-lui qu’il ne se bat pas pour nos intérêts à nous, salariés et créateurs de richesses, mais qu’il fait tout, au contraire, pour défendre ceux de nos exploitants. Nous n’avons donc aucune cause commune lui et nous salariés, et n’avons pas à travailler ensembles, lui et nous, artificiellement, hypocritement, pour qu’en phase terminale des projets de monsieur, on ne serve plus que les intérêts de la minorité parasitaire qui profite du reste des habitants de la planète. Et ce n’est pas messieurs Legault ou Sirois qui y changeront quelque chose, malgré de belles paroles populistes.

Terminons-en avec l’ADQ en 24 heures. Imposons à ce parti un débat avec des «anticapitalisme», sans possibilité de se défiler. La simple tenue d’un véritable débat, sans possibilité de s’ajuster au «vent du soir», devrait en persuader plusieurs que l’ADQ n’est bon à rien d’autre que de défendre les intérêts des parasites de cette société.

AVE Mario Dumont, dont je n’ai pas de nouvelle, boycottant «V». Avec ADQ, dont je n’ai de nouvelles que parce que j’ai besoin de couches pleines pour approvisionner ce blogue.

Sylvain Guillemette

Électeur Québécois qui ne croit pas au programme colonial et patronal de l’ADQ.

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Gérald Deltell, un défenseur des droits humains sélectif

Publié par sylvainguillemette le 6 avril, 2011

Bertrand Cantat, ayant été condamné pour le meurtre de sa femme, Marie Trintignant, est invité par le Théâtre du Nouveau Monde et par Wajdi Mouawad et cela choque avec raison une bonne part du Québec, voire même du Canada. Et tel l’opportuniste qu’on le connait, Gérard Deltell s’est emparé du flambeau, pour inviter l’Assemblée nationale à barrer le chemin du tueur d’«une seule personne» qu’est l’ex-chanteur de Noir Désir. Et vous comprendrez pourquoi j’use de cette forme.

Non pas que ce ne soit pas un drame que le meurtre de madame Trintignant, au contraire, et c’en est un de plus sur le dos des femmes, mais toujours à l’affut d’une opportunité, le chef de d’une ADQ agonisante aurait mieux fait de se faire conséquent, et de se taire.

En effet, lorsque George Walker Bush Jr s’est présenté sur le sol canadien et québécois, et qu’il y a fait des conférences très onéreuses, nous n’avons pas entendu parler les adéquistes de l’odieux, alors que pourtant, l’ex-président des États-Unis d’Amérique était lui, responsable de plusieurs centaines de milliers de morts, la plupart, des civils, dont certes des femmes et des enfants dans le tas de «viande hachée».

Or, les faits démontrent, sur divers débats, tant de la bloguosphère que sur les sites officiels des soutenants de l’ADQ, dont les membres du Réseau Libârté Québec, qu’une bonne tranche des adéquistes soutenait ardemment les efforts de guerre de George Walker Bush Jr contre les «musulmans» et ses anciens alliés, devenus désuets et lourds à traîner.

Il en a été de même avec Benjamin Netanuyahu, lequel a également foulé le sol, en toute complaisance des conservateurs d’ailleurs, qui appuyaient et appuient  toujours très ouvertement le terrorisme d’État d’Israël et de ses crimes perpétrés contre l’humanité. Une bonne part des adéquistes, sous Mario Dumont, soutenait là encore, les crimes d’un État voyou, cette fois, d’Israël. Sharon, Olmert et tous les autres… Même Levni était une poseuse de bombe dans les quartiers de Gaza à ses débuts. Quelle équipe de champions ces capitalistes anti-corporatisme (Ils couchent avec ceux qu’ils accusent, ils sont le cancer de la race humaine.).

Je n’accuserai pas Deltell d’avoir soutenu un tueur de masse, mais plusieurs membres de son parti, eux, l’ont fait, sans entrave de leur ancien chef. Et toujours est-il qu’il ne s’est pas offusqué de la visite de ce monstre lors de sa visite «au pays». Deltell était tout aussi  muet que les conservateurs le sont sur la question des crimes de guerre graves et des crimes perpétrés contre l’humanité; et par les forces de l’OTAN, et par Washington en particulier (qui bafoue tout ce qu"il impose aux autres…) et précisément par Israël.

Les opportunistes sont ainsi, ils ont la mémoire courte, ou ils sont sélectifs dans leurs diatribes à l’encontre des «monstres» de la nature. Et Gérard Deltell est bel et bien un opportuniste.

Plutôt que de dévoiler son acerbe sélective envers des drames humains, il aurait mieux fait de lancer quelques espadrilles avec Amir Khadir…

Plutôt que de dévoiler son acerbe sélective envers des drames humains, il aurait mieux fiat de lancer quelques espadrilles avec Amir Khadir… 

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Jean-Pierre Blackburn confirme le Coup d’État de l’OTAN sur les ondes de RDI

Publié par sylvainguillemette le 22 mars, 2011

En effet, Jean-Pierre Blackburn, le ministre conservateur des Anciens Combattants du Canada, a confirmé sur les ondes de RDI en entretien avec madame Dussault, mes premières impressions sur l’intervention à peine camouflée des pays de l’O.T.A.N. en Libye. Et comme mes premières impressions écrites l’affirmaient, il s’agissait effectivement d’un Coup d’État, visant à chasser le colonel Kadhafi du pouvoir, pour y mettre un dirigeant plus conciliant avec ses ressources naturelles et les pays de l’O.T.A.N..

Bien entendu, ce ne sera pas ce que vous entendrez de la part de monsieur Blackburn et de celle des membres conservateurs du gouvernement canadien, ni de l’opposition, qui affirment pour leur part, vouloir se débarrasser d’un homme «anormal», causant une situation «anormale». Arguant que le colonel Kadhafi ait tiré sur son peuple «pacifiste», le ministre conservateur affirme d’ailleurs l’empressement de le chasser du pouvoir et promet que le Canada demeurera en Libye jusqu’à ce que la mission soit accomplie.

Or, il faut préciser que le peuple libyen ne s’est pas levé contre Kadhafi et qu’une seule poignée de combattants, armés jusqu’aux dents, l’a effectivement attaqué. Il ne s’agit pas là donc, de dizaines milliers de combattants tentent de redonner une démocratie à leur peuple, comme les F.A.R.C. en Colombie, mais bien de poches de putchistes, soutenues par les gouvernements de l’Occident, soucieux d’y piller les richesses naturelles. Et pourtant, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie sont jugées «terroristes» par le gouvernement canadien, et le gouvernement antérieur d’Alvaro Uribe, lui, n’a pas chômé à attaquer véritablement, des gens sans arme, des syndicalistes, des membres de l’opposition et parfois, de simples manifestants critiquant sa pseudo-démocratie. Et là, le gouvernement conservateur y a fermé les yeux, serrant la main d’Uribe en guise de soutien idéologique à ses exactions, allant même jusqu’à parler de modèle en Amérique latine.

Sinon, il ne s’agit pas non plus, de victimes comme les Palestiniens, subissant l’hégémonie israélienne de la région, et l’occupation de leur pays. Or, là encore, les conservateurs canadiens y ferment les yeux, après pourtant des milliers de morts durant plusieurs décennies. Les conservateurs n’ont que faire des crimes de guerre de leurs alliés, du fait qu’Israël soit une puissance nucléaire non-avouée ou qu’ils emprisonnent des enfants et les torturent. Les conservateurs, durant leur mandat, ont soutenu l’invasion du Liban par les Israéliens et le meurtre de plus de 1100 de civils libanais, en plus de la destruction des infrastructures du pays. Ils ont aussi appuyé illicitement le largage de phosphore blanc offensif sur la bande de Gaza (crime de guerre), par les forces de Tsahal. Bref, les conservateurs ont appuyé ailleurs, ce qu’ils condamnent en Libye, ou dans les pays qui les émoustillent de leurs richesses naturelles.

Les conservateurs et monsieur Blackburn par conséquent, appuient donc un Coup d’État, pour ne pas dire qu’ils l’orchestrent cette fois, aux côtés des pays criminels de l’O.T.A.N.. Rappelez-vous d’ailleurs, qu’à contresens, les conservateurs canadiens avaient soutenu l’invasion de l’Irak par les forces meurtrières de George Walker Bush Jr., alors que les Canadiens refusaient ce crime, d’ailleurs condamné par la «communauté internationale», via l’O.N.U..

Jean-Pierre Blackburn n’a peut-être pas mesuré ses propos hier soir, à la télévision de l’État, mais il a clairement dit être en faveur d’un Coup d’État et a donc affirmé participer à ce Coup d’État orchestré par les forces occidentales en Libye. Et là encore, à sens inverse, ces pays n’ont rien fait au Yémen, au Barheïn, en Égypte ou en Tunisie, où les manifestations étaient véritablement grandioses à côté de celles de la Libye, où les caméras n’ont «jamais» montré de foule plus nombreuse que quelques milliers de gens, armés jusqu’aux dents. Et la réalité libyenne n’a que faire des prétentions conservatrices, les putchistes ne rêvent pas de démocratie, mais de prendre le pouvoir. Les putchistes sont extrêmement bien armés, et non pacifistes, comme l’affirmaient Lawrence Canon, et de suite, Jean-Pierre Blackburn.

Concrètement, on peut questionner l’authenticité du discours conservateur, mensonger à souhait. On peut également questionner le Coup d’État, puisque l’O.N.U. n’a jamais donné son aval à cette mission, orchestrée par la maison blanche, affaiblie celle-ci, par la chute de ses despotes en Égypte, en Tunisie et un peu partout dans cette région. Certes, la maison blanche a préservé un certain contrôle sur ces territoires, mais elle a senti le besoin de faire tomber un pion ennemi par la bande.

J’aurais donc une question pour monsieur Blackburn, ce putchiste mal déguisé.

Me soutiendrez-vous si je tente de changer le gouvernement états-unien, carabine à l’épaule et RPG à l’autre? Le gouvernement états-unien a fait mille fois plus de morts durant plus d’un siècle, il serait peut-être temps de s’en débarrasser, non?

Autre chose monsieur Blackburn, même si ces avions CF-18 décollent de votre patelin, ils n’en sont pas moins les acteurs d’un Coup d’État.

Dernière chose monsieur Blackburn, si quelqu’un prend les armes contre l’État canadien ou québécois, je compte sur vous pour que vous lui tiriez dessus, comme l’a fait monsieur Kadhafi sur ses propres putchistes, que vous soutenez visiblement. D’ailleurs, vous le feriez. Et les États-Unis d’Amérique le feraient également. En fait, aucun des pays acteurs du Coup d’État en Libye, ne tolèrerait que des hommes armés attaquent leur pouvoir, ils les réprimeraient dans le sang, avec tous les moyens disponibles pour contrer leur menace.

Monsieur Blackburn, vous n’êtes qu’un hypocrite et en tant que Québécois anti-putch, je ne me reconnais pas en vous, ni en les membres de l’opposition canadienne qui vous a appuyé, donc ni en le Bloc Québécois et monsieur Pierre Paquette de Joliette.

Sylvain Guillemette

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Proche-Orient : la contre-révolution d’Obama par Thierry Meyssan

Publié par sylvainguillemette le 18 mars, 2011

Après avoir hésité sur la conduite à tenir face aux révolutions arabes, l’administration Obama a choisi la manière forte pour sauver ceux de ses vassaux qui peuvent l’être encore. Comme par le passé, c’est l’Arabie saoudite qui a été chargée de mener la contre-révolution. Riyad a réussi à faire reconnaître ses pions libyens par la communauté internationale au détriment des insurgés et vient d’envahir le Bahreïn, écrasant dans le sang la révolte populaire.

 

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A la demande du roi Hamad ibn Isa Al-Khalifa et avec le soutien des Etats-Unis, les troupes saoudiennes entrent dans Bahreïn pour y écraser la révolte (14 mars 2011)
A l’issue d’une réunion au palais de l’Elysée avec trois émissaires de la rébellion, le président Nicolas Sarkozy a annoncé, le jeudi 10 mars 2011, que la France ne reconnaissait plus le régime du colonel Khadafi comme représentant la Libye, mais le Conseil national libyen de transition (CNLT).

Il s’agit là d’un acte contraire à toute la tradition diplomatique française qui, jusqu’à présent, ne reconnaissait pas des gouvernements, mais des Etats. Cette décision fait suite à une autre par laquelle, le 4 décembre 2010, la France a reconnu Alassane Ouattara comme président de la Côte d’Ivoire en remplacement de Laurent Gbagbo.

Paris, qui a été suivi par la majorité de la Communauté internationale dans le cas ivoirien, espère l’être aussi dans le cas libyen. Il n’échappe cependant à personne que les décisions du président Nicolas Sarkozy n’ont pas été prises dans l’intérêt de la France —dont les entreprises sont chassées de Côte d’Ivoire et ne tarderont pas à l’être de Libye—, mais à la demande expresse des administrations Obama et Netanyahu.

Deux opérations se jouent simultanément : le déplacement du dispositif militaire US du Proche-Orient vers l’Afrique, et le sauvetage des régimes arabes fantoches.

Faire entrer les troupes impériales en Afrique

Ainsi que je n’ai cessé de l’expliquer depuis quatre ans et demi, la victoire de la Résistance libanaise face à Israël à l’été 2006 a mis fin à la stratégie états-unienne de remodelage du « Proche-Orient élargi » (Greater Middle East) [1]. Malgré diverses tentatives, dont la « main tendue » par Barack Obama lors de son discours du Caire [2], Washington n’est pas parvenu à élaborer de stratégie de remplacement. Apparemment tout continue comme avant, mais en réalité les États-Unis se désinvestissent lentement de cette région. Au demeurant, les réserves pétrolières du Proche-Orient étant en déclin alors qu’un investissement militaire massif et coûteux ne rapporte qu’à long terme, Washington a tourné son regard dans d’autres directions.

Après avoir envisagé de se concentrer sur les Caraïbes, c’est sur l’Afrique que l’Empire a jeté son dévolu. Il faut faire vite, car en 2013, un quart du pétrole et des matières premières consommés aux États-Unis proviendra du continent noir. Définitivement convaincu par les travaux du think tank israélien Institute for Advanced Strategic & Political Studies (IASPS), Washington a accéléré la création de l’AfriCom. Le véritable pouvoir qui gouverne les États-Unis depuis le coup d’État du 11 septembre 2001 a alors hissé Barack Obama à la Maison-Blanche et le général William E. Ward à l’AfriCom.

On se souvient que le sénateur d’origine kenyanne Barack Obama a travaillé activement à la création de ce dispositif et a entrepris une tournée spéciale en Afrique en août 2006 qui se termina par un débriefing au siège de l’AfriCom à Stuttgart. Il s’était particulièrement occupé des intérêts des firmes pharmaceutiques sur le continent noir et de la préparation de la partition du Soudan [3]. Le général Ward, quand à lui, n’est pas seulement un noir américain, il est aussi l’ancien responsable de l’assistance sécuritaire US à l’Autorité palestinienne, c’est-à-dire le coordinateur de sécurité entre Mahmoud Abbas et Ariel Sharon. Il fut chargé de la mise en œuvre de la « Feuille de route » et du retrait unilatéral des forces israéliennes de Gaza, préalable à la construction du Mur de séparation, à la séparation des Territoires palestiniens en deux (Gaza et la Cisjordanie) et à leur transformation en « bantoustans » distincts.

Le conflit de Côte d’Ivoire, qui oppose Laurent Gbagbo (élu par la majorité des Ivoiriens) à Alessane Ouattara (soutenu par une minorité d’Ivoiriens et par les immigrés burkinabés) amorce le plan de « remodelage de l’Afrique ». Encore faut-il trouver une porte d’entrée pour les troupes impériales, alors que tous les États africains se sont officiellement opposés au déploiement de l’AfriCom sur leur territoire. C’est là que le soulèvement libyen intervient.

La vague de révolte contre l’impérialisme qui agite le monde arabe depuis décembre 2010 a fait tomber le gouvernement de Saad Hariri au Liban, a provoqué la fuite de Zine el-Abbidine Ben Ali hors de Tunisie, la chute d’Hosni Moubarak en Égypte, des troubles au Yémen, à Bahrein et en Arabie saoudite, et des affrontements en Libye. Dans ce pays, le colonel Mouammar Khadafi s’appuie sur les Kadhafa (tribu du Centre) et la majorité des Makarha (tribu de l’Ouest). Il doit faire face à une vaste coalition qui, outre les Warfala (tribu de l’Est), compte aussi bien des monarchistes pro-occidentaux et des intégristes wahhabites que des révolutionnaires communistes ou khomeinistes. Washington a transformé cette insurrection en guerre civile : les mercenaires africains de la société israélienne CST Global sont venus sauver Khadafi [4], tandis que les mercenaires afghans des services secrets saoudiens sont venus appuyer les monarchistes et des groupes islamistes labellisés « Al-Qaeda ».
Outre les combats, la situation provoque une crise humanitaire internationale : en deux semaines, 230 000 immigrés ont fuit le pays (118 000 vers la Tunisie, 107 000 vers l’Égypte, 2 000 vers le Niger, et 4 300 vers l’Algérie).
Cette situation cruelle justifie une nouvelle « guerre humanitaire », selon la terminologie éculée de la communication atlantique.

Le 27 février, les insurgés fondent le Conseil national libyen de transition (CNLT). De son côté, le ministre de la Justice Moustafa Mohamed Aboud al-Djeleil, qui était l’interlocuteur privilégié de l’Empire au sein du gouvernement Kadhafi, se rallie à la révolution et créé un Gouvernement provisoire. Les deux structures fusionnent le 2 mars : l’étiquette CNLT est conservée, mais le Conseil est désormais présidé par Aboud al-Djeleil. En d’autres termes, Washington a réussi à placer son pion à la tête de l’insurrection.

Les premiers débats du CNLT nouvelle formule donnent lieu à de vifs échanges. Les pro-US proposent de faire faire appel à l’ONU pour empêcher les bombardements de l’armée loyaliste, ce que la majorité refuse. Le 5 mars, un diplomate britannique et une escorte de commandos des SAS débarquent par hélicoptère à Benghazi. Ils tentent de rencontrer le CNLT et de le persuader de faire appel au Conseil de sécurité, mais les insurgés refusent toute ingérence étrangère et les expulsent.

Coup de théâtre : Aboud al-Djeleil, qui ne parvient pas à faire évoluer la position du CNLT, le convainc d’instituer un Comité de crise présidé par Mahmoud Djebril. Ce dernier prend position en faveur de la zone d’exclusion aérienne.

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Mahmoud Djebril (ministre de la planification) et Ali Essaoui (ambassadeur en Inde) ont rejoint les insurgés et ont été choisis par les Occidentaux pour représenter la Libye de l’après-Khadafi.

Les agences de presse occidentales s’efforcent de présenter Mahmoud Djebril comme « un intellectuel démocrate » qui réfléchissait depuis longtemps à l’évolution du pays et avait rédigé un projet intitulé Vision libyenne. En réalité, il siégeait aux côtés de son ami al-Djeleil dans le gouvernement Khadafi où il était ministre de la Planification. A l’instar de ce qui s’est passé dans les premiers jours des révolutions tunisienne et égyptienne, des cadres du régime tentent de se désolidariser du dictateur pour rester au pouvoir. Ils croient y parvenir en détournant le processus révolutionnaire et en servant les intérêts impériaux. Les voici maintenant qui agitent le drapeau rouge-noir-vert à l’étoile et au croissant du roi Idriss [5], tandis que Mohammed el-Senoussi, le prétendant au trône, déclare depuis Londres aux chaînes de télévisions saoudiennes qu’« Il est prêt à servir Son peuple ».

Le 7 mars, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui réunit l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar, « demande au Conseil de sécurité de l’ONU de prendre les mesures nécessaires pour protéger les civils en Libye, dont l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne ». Cette déclaration saugrenue dévie le débat du Conseil de sécurité qui, depuis la résolution 1970 [6], cherchait à faire entendre raison au colonel Khadafi en limitant ses déplacements et en gelant ses avoirs. Le CCG reprend au niveau étatique la proposition émise par l’ambassadeur de Libye à l’ONU, déjà rallié au CNLT.

Prétendument à l’initiative de députés, Mahmoud Djebril se rend à Strasbourg pour informer le Parlement européen de la situation dans son pays. Son transport est organisé par l’armée française. Sous l’impulsion du libéral belge Guy Verhofsdat et de l’écologiste franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, le Parlement adopte une résolution appelant à une intervention internationale [7].

Le Premier ministre britannique David Cameron et le président français Nicolas Sarkozy adressent une lettre en sept points au président de l’Union européenne Herman van Rompuy [8]. Ils souhaitent que le Conseil européen extraordinaire reconnaisse le CNLT, soutienne une mise en accusation de Khadafi par le Tribunal pénal international et approuve une intervention militaire internationale. Cependant, leurs demandes sont rejetées [9]. L’Allemagne refuse de s’engager sur un terrain mouvant, tandis que la Bulgarie récuse le CNLT et accuse son président —Aboud al-Djeleil— d’être un criminel impliqué dans les tortures des infirmières bulgares longuement détenues par le régime.

Simultanément, les ministres de la Défense de l’OTAN se réunissent à Bruxelles pour préparer une possible zone d’exclusion aérienne [10].

Le CNTL —que la France a reconnu le 10 mars— remet le 12 mars une lettre au secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Le texte reprend la position saoudienne : il demande de « mettre fin à l’effusion de sang par le biais d’une décision imposant une zone d’exclusion aérienne en Libye et en reconnaissant le Conseil national de transition comme représentant de la Libye ». Immédiatement réunis à huis clos au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe récusent la délégation officielle libyenne et reconnaissent le CNTL comme nouvel interlocuteur, puis ils satisfont à sa demande et saisissent le Conseil de sécurité des Nations Unies pour établir la « zone de non-survol ».

Cette décision doit être comprise pour ce qu’elle est : les régimes arabes fantoches, mis en place par les États-Unis et Israël font appel à leurs suzerains pour se maintenir. Le Conseil de sécurité peut décréter une zone d’exclusion aérienne, mais il ne peut pas la faire respecter. La mise en œuvre reviendra à l’OTAN. Ce sont donc les forces impériales, déguisées avec des casques bleus, qui cloueront au sol l’aviation libyenne en bombardant ses aéroports et ses installations fixes et mobiles de missiles sol-air, puis éventuellement, en abattant ses appareils en vol.

La Ligue arabe n’a pas indiqué le détail du vote. Sur 22 États membres, seuls 2 ont voté non : l’Algérie, qui craint la présence de l’OTAN sur sa frontière Est, et la Syrie, qui persiste seule contre tous à résister à l’hégémonie états-unienne et au sionisme. Il est probable que le Liban et d’autres se sont abstenus.

Contrairement à ce que laissent entendre les responsables occidentaux, l’Union africaine n’a jamais souhaité une intervention militaire étrangère. Au contraire, elle l’a explicitement rejetée le 10 mars [11]. Et pour cause : il est clair pour chacun de ses membres que le drame libyen est volontairement amplifié pour servir de prétexte au débarquement massif des forces armées états-uniennes en Afrique.

Sauver les monarchies du Golfe

Dans le Golfe, l’Arabie saoudite est le centre du dispositif impérial. Au début du XXe siècle, cet État a été créé par la famille des Saoud avec l’appui des Britanniques, à l’issue de guerres de conquête extrêmement meurtrières. Avec ses réserves pétrolières —les plus importantes du monde—, il est tombé dans l’orbite états-unienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’accord du Quincy, conclu entre le roi Ibn Saoud et le président Roosevelt, fait obligation aux Saoud d’approvisionner en pétrole les États-Unis et fait obligation aux États-Unis de protéger la famille régnante (et non le pays).

L’Arabie saoudite n’est pas à proprement parler un État et n’a pas de nom, c’est juste la partie d’Arabie appartenant aux Saoud. Ceux-ci la gèrent dans leur intérêt personnel (et celui des États-Unis) et mènent ostensiblement une vie de débauche bien éloignée de l’austérité wahhabite dont ils se réclament. Le roi Ibn Saoud ayant eu 32 épouses et 53 fils, il a été convenu pour limiter les conflits familiaux que la couronne ne se transmettrait pas de père en fils, mais de frère à frère. Son fils aîné étant mort de maladie, c’est son fils cadet, alors âgé de 51 ans, qui lui succéda en 1953. Puis son troisième fils, alors âgé de 60 ans, en 1964, et ainsi de suite. Le roi actuel est âgé de 87 ans, il a récemment subi de lourdes opérations et n’en a probablement plus pour longtemps à vivre. Son frère Sultan, qui devrait lui succéder, est atteint de la maladie d’Alzheimer.

De tout cela, il résulte un régime impopulaire et fragile, qui a déjà failli s’effondrer en 1979. C’est pourquoi aussi bien Riyad que Washington observent avec crainte les insurrections arabes qui le cernent, au Yémen et au Bahreïn.

L’armée saoudienne est déjà présente au Yémen. Avec l’aide de la CIA, elle espère aider le président Ali Abdullah Saleh à mater la révolte. Reste Bahreïn.

Bahreïn est une petite île de la taille de la Micronésie ou de l’île de Man. Au XVIIIe siècle, elle a été prise à la Perse par les Al-Khalifa (des cousins de la famille régnante au Koweït). La monarchie est donc sunnite alors que la population d’origine est arabe chiite. À la différence des autres monarchie du Golfe, son économie n’est pas centrée sur la rente pétrolière. Il y a cependant une forte immigration (environ 40 % de la population totale), principalement venue d’Iran et d’Inde.

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Ian Henderson, tortionnaire au service de Sa Majestée Elizabeth II, a maintenu l’ordre à Bahreïn durant quarante ans.

En 1923, le Bahreïn est tombé dans l’orbite britannique. Londres a déposé l’émir et placé son fils, plus conciliant, sur le trône. Durant les années 50 et 60, nationalistes arabes et communistes tentèrent de libérer le pays. Le Royaume-Uni répondit en dépêchant ses meilleurs spécialistes en répression, dont Ian Henderson, désormais connu comme le « boucher de Bahreïn ». En définitive, le pays retrouva son indépendance en 1971, mais ce fut pour tomber dans l’orbite des États-Unis qui y installèrent leur base militaire navale régionale et y attachèrent la Ve flotte. Les années 80 furent le théâtre de nouveaux troubles, inspirés par l’exemple de la Révolution iranienne. Dans les années 90, l’ensemble des forces d’oppositions s’unirent —à la fois marxistes, nationalistes arabes et khomeinistes— durant une longue intifada.

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Alain Bauer, conseiller de sécurité de Nicolas Sarkozy, a été chargé de réorganiser la police de Bahreïn.

Le calme ne revint qu’en 1999 avec la montée sur le trône du roi Ahmad. Despote éclairé, il institua une Assemblée consultative élue et favorisa l’accès des femmes aux postes à responsabilité, ce qui lui concilia son opposition historique, mais lui aliéna les extrémistes de la minorité sunnite sur laquelle repose son régime.

Depuis le 14 février 2011, des manifestations se succèdent dans l’île. Initialement organisées par le Wefaq, le parti khomeiniste, elles dénonçaient la corruption et le système policier. Il s’agissait de réformer la monarchie et non de l’abolir. Cependant, le succès populaire du mouvement et la brutalité de la répression ont conduit à une rapide radicalisation, malgré une timide tentative d’ouverture du prince héritier [12].

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Le prince Khalil bin Ahmad bin Muhammad Al Khalifa, ministre des Affaires étrangères du royaume de Bahreïn (au centre) et ses amis de l’American Jewish Committee.

La monarchie a perdu sa légitimité après les révélations du resserrement de ses liens avec le mouvement sioniste. Depuis 2007, les Khalifa ont tissé des liens avec l’American Jewish Committee. Selon l’opposition bahreïnie, ils ont été noués par l’entremise d’Alain Bauer, le conseiller du président français chargé de la refonte du système policier bahreïni.

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Le secrétaire US à la Défense, Robert Gates, est venu le 13 mars 2011 à Manama rencontrer le roi de Bahreïn pour lui apporter le soutien des Etats-Unis. Le lendemain, l’armée saoudienne est entrée dans le royaume pour écraser la rébellion.

Désormais, la plupart des manifestants luttent pour le renversement de la monarchie ; ce qui constitue la ligne rouge à ne pas franchir aux yeux des autres monarchies du Golfe et de leur protecteur états-unien. C’est pourquoi le secrétaire US à la Défense, Robert Gates, s’est rendu le 13 mars à Manama. Officiellement, il a invité le roi à prendre en compte les réclamations de son peuple et à trouver une issue paisible au conflit. Bien sûr, ce type de conseil ne ressort pas d’un secrétaire à la Défense, mais d’un secrétaire d’État. En réalité, M. Gates est venu conclure le volet politique d’une opération militaire déjà prête.

Le lendemain 14 mars, les cinq autres monarchies du Conseil de coopération du Golfe ont donné leur accord pour l’activation du « Bouclier de la péninsule », une force d’intervention commune, prévue de longue date pour contenir la possible expansion de la Révolution khomeiniste. Le soir même, 1 000 soldats saoudiens et 500 policiers émiratis sont entrés à Bahreïn.

L’état d’urgence a été décrété pour trois mois. Le peu de libertés qui étaient tolérées ont été suspendues. Le 16 mars à l’aurore, les forces des monarchies coalisées, armées et encadrées par les États-Unis, ont délogé les manifestants des lieux où ils campaient, utilisant des gaz de combat à la place de gaz lacrymogènes, et des tirs à balles réelles. Les autorités reconnaissent plus de 1 000 blessés graves, dont plusieurs centaines par balles, mais uniquement 5 morts, ce qui est un ratio peu crédible.

La Doctrine Obama

Washington a donc tranché. Après avoir tenu un discours lénifiant sur les Droits de l’homme et avoir salué avec un enthousiasme forcé le « printemps arabe », l’administration Obama a choisi la force pour sauver ce qui peut l’être encore.

Comme lorsque les communistes renversèrent la monarchie afghane, c’est le vassal saoudien qui a été chargé par Washington de conduire la contre-révolution. Il a armé une faction de l’opposition libyenne, et a substitué au débat onusien sur des sanctions contre la Libye, le débat sur la création d’une zone d’exclusion aérienne, c’est-à-dire sur l’intervention militaire. Il est intervenu militairement à Bahreïn.

Rien ne distingue la « doctrine Obama » de la « doctrine Brejnev ». En 1968, les chars du Pacte de Varsovie mettaient fin au « printemps de Prague » pour préserver l’Empire soviétique vacillant. En 2011, les blindés saoudiens écrasent le peuple bahreïni pour préserver l’Empire anglo-saxon.

L’opération a été conduite dans le silence assourdissant des médias occidentaux, hypnotisés par les catastrophes naturelles et nucléaires qui frappent le Japon au même moment.

La Révolution française avait dû faire face à l’invasion des monarchies coalisées. La Révolution russe a dû affronter les armées blanches. La Révolution iranienne a dû résister à l’invasion irakienne. La Révolution arabe doit désormais vaincre l’armée saoudienne.

Thierry Meyssan
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Washington face à la colère du peuple tunisien par Thierry Meyssan

Publié par sylvainguillemette le 25 janvier, 2011

Alors que les médias occidentaux célèbrent la « Jasmine Revolution », Thierry Meyssan dévoile le plan US pour tenter de stopper la colère du peuple tunisien et conserver cette discrète base arrière de la CIA et de l’OTAN. Selon lui, le phénomène insurrectionnel n’est pas fini et la vraie Révolution, tant redoutée par les Occidentaux, pourrait rapidement commencer.

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Le général William Ward —ancien responsable de la répression dans les Territoires palestiniens devenu commandant de l’Africom— lors d’une cérémonie en mai 2010. L’armée tunisienne a été réduite au minimum, mais le pays sert de base arrière aux opérations « anti-terroristes » régionales et dispose de ports indispensables au contrôle de la Méditerranée par l’OTAN.
Les grandes puissances n’aiment pas les bouleversements politiques qui leur échappent et contrecarrent leurs plans. Les événements qui ont fait vibrer la Tunisie depuis un mois n’échappent pas à cette règle, bien au contraire. 

Il est donc pour le moins surprenant que les grands médias internationaux, suppôts indéfectibles du système de domination mondiale, s’enthousiasment soudainement pour la « Révolution du jasmin » et multiplient les enquêtes et reportages sur la fortune des Ben Ali qu’ils ignoraient jusque là malgré leur luxe tapageur. C’est que les Occidentaux courent après une situation qui leur a glissé des mains et qu’ils voudraient récupérer en la décrivant selon leurs souhaits.

Avant toute chose, il convient de rappeler que le régime de Ben Ali était soutenu par les Etats-Unis et Israël, la France et l’Italie.

Considéré par Washington comme un Etat d’importance mineure, la Tunisie était utilisée au plan sécuritaire, plus qu’économique. En 1987, un coup d’Etat soft est organisé pour déposer le président Habib Bourguiba au profit de son ministre de l’Intérieur, Zine el-Abidine Ben Ali. Celui-ci est un agent de la CIA formé à la Senior Intelligence School de Fort Holabird. Selon certains éléments récents, l’Italie et l’Algérie auraient été associés à cette prise de pouvoir [1].

Dès son arrivée au Palais de la République, il met en place une Commission militaire jointe avec le Pentagone. Elle se réunit annuellement, en mai. Ben Ali, qui se méfie de l’armée, la maintient dans un rôle marginal et la sous-équipe, à l’exception du Groupe des Forces spéciales qui s’entraîne avec les militaires US et participe au dispositif « anti-terroriste » régional. Les ports de Bizerte, Sfax, Sousse et Tunis sont ouverts aux navires de l’OTAN et, en 2004, la Tunisie s’insère dans le « Dialogue méditerranéen » de l’Alliance.

Washington n’attendant rien de spécial de ce pays au plan économique, il laisse donc les Ben Ali mettre la Tunisie en coupe réglée. Toute entreprise qui se développe est priée de céder 50 % de son capital et les dividendes qui vont avec. Cependant, les choses virent au vinaigre en 2009, lorsque la famille régnante, passée de la gourmandise à la cupidité, entend soumettre aussi les entrepreneurs états-uniens à son racket.

De son côté, le département d’Etat anticipe sur l’inévitable disparition du président. Le dictateur a soigneusement éliminé ses rivaux et ne dispose pas de successeur. Il faut donc imaginer une relève s’il vient à mourir. Une soixantaine de personnalités susceptibles de jouer un rôle politique ultérieur est recrutée. Chacune reçoit une formation de trois mois à Fort Bragg, puis un salaire mensuel [2]. Le temps passe…

Bien que le président Ben Ali poursuive la rhétorique anti-sioniste en vigueur dans le monde musulman, la Tunisie offre diverses facilités à la colonie juive de Palestine. Les Israéliens d’ascendance tunisienne sont autorisés à voyager et à commercer dans le pays. Ariel Sharon est même invité à Tunis.

La révolte

L’immolation par le feu d’un vendeur ambulant, Mohamed el-Bouzazi, le 17 décembre 2010, après que sa charrette et ses produits aient été saisis par la police, donne le signal des premières émeutes. Les habitants de Sidi Bouzid se reconnaissent dans ce drame personnel et se soulèvent. Les affrontements s’étendent à plusieurs régions, puis à la capitale. Le syndicat UGTT et un collectif d’avocats manifestent scellant sans en avoir conscience l’alliance entre classes populaire et bourgeoisie autour d’une organisation structurée.

Le 28 décembre, le président Ben Ali tente de reprendre les choses en main. Il se rend au chevet du jeune Mohamed el-Bouazizi et s’adresse le soir à la Nation. Mais son discours télévisé exprime son aveuglement. Il dénonce les manifestants comme des extrémistes et des agitateurs stipendiés et annonce une répression féroce. Loin de calmer le jeu, son intervention transforme la révolte populaire en insurrection. Le peuple tunisien ne conteste plus simplement l’injustice sociale, mais le pouvoir politique.

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Le producteur Tarak Ben Ammar, propriétaire de Nessma TV et associé de Silvio Berlusconi. Il est l’oncle de Yasmina Torjman, épouse du ministre français de l’Industrie, Eric Besson.
A Washington, on constate que « notre agent Ben Ali » ne maitrise plus rien. Le Conseil de sécurité nationale Jeffrey Feltman [3] et Colin Kahl [4] s’accordent à considérer que le moment est venu de lâcher ce dictateur usé et d’organiser sa succession avant que l’insurrection ne se transforme en authentique révolution, c’est-à-dire en contestation du système. 

Il est décidé de mobiliser des médias, en Tunisie et dans le monde, pour circonscrire l’insurrection. On focalisera l’attention des Tunisiens sur les questions sociales, la corruption des Ben Ali, et la censure de la presse. Tout, pourvu qu’on ne débatte pas des raisons qui ont conduit Washington à installer le dictateur, 23 ans plus tôt, et à le protéger tandis qu’il s’accaparait l’économie nationale.

Le 30 décembre, la chaîne privée Nessma TV défie le régime en diffusant des reportages sur les émeutes et en organisant un débat sur la nécessaire transition démocratique. Nessma TV appartient au groupe italo-tunisien de Tarak Ben Ammar et Silvio Berlusconi. Le message est parfaitement compris par les indécis : le régime est fissuré.

Simultanément, des experts Etats-uniens (mais aussi Serbes et Allemands) sont envoyés en Tunisie pour canaliser l’insurrection. Ce sont eux qui, surfant sur les émotions collectives, tentent d’imposer des slogans dans les manifestations. Selon la technique des prétendues « révolutions » colorées, élaborée par l’Albert Einstein Institution de Gene Sharp [5], ils focalisent l’attention sur le dictateur pour éviter tout débat sur l’avenir politique du pays. C’est le mot d’ordre « Ben Ali dégage ! » [6].

Masqué sous le pseudonyme Anonymous, le cyber-escadron de la CIA —déjà utilisé contre le Zimbabwe et l’Iran— hacke des sites officiels tunisiens et y installe un message de menace en anglais.

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(Capture d’écran) Le 2 janvier 2010, le groupe Anonymous (un paravent de la CIA) hacke le site internet officiel du Premier ministre et place un message de menace en anglais sur la page d’accueil. Le logo est celui du Parti pirate international, dont le membre tunisien Slim Amanou sera propulsé par l’ambassade US secrétaire d’Etat à la Jeunesse et des Sports du « gouvernement d’union nationale ».

L’insurrection

Les Tunisiens continuent spontanément à braver le régime, à descendre en masse dans les rues, et à brûler commissariats de police et magasins appartenant aux Ben Ali. Avec courage, certains d’entre eux payent le prix du sang. Pathétique, le dictateur dépassé se crispe sans comprendre.

Le 13 janvier, il ordonne à l’armée de tirer sur la foule, mais le chef d’état-major de l’armée de terre s’y refuse. Le général Rachid Ammar, qui a été contacté par le commandant de l’Africom, le général William Ward, annonce lui-même au président que Washington lui ordonne de fuir.

En France, le gouvernement Sarkozy n’a pas été prévenu de la décision états-unienne et n’a pas analysé les divers retournements de veste. La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, se propose de sauver le dictateur en lui dépêchant des conseillers en maintien de l’ordre et du matériel pour qu’il se maintienne au pouvoir par des procédés plus propres [7]. Un avion cargo est affrété le vendredi 14. Lorsque les formalités de dédouanement sont finies à Paris, il est trop tard : Ben Ali n’a plus besoin d’aide, il a déjà pris la fuite.

Ses amis d’hier, à Washington et Tel-Aviv, Paris et Rome, lui refusent l’asile. Il échoue à Riyad. Il aurait emporté avec lui 1,5 tonne d’or volée au Trésor public, ce que démentent les autorités encore en place.

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Marketing : le logo de la « Jasmine Revolution » apparaît au moment exact de la fuite de Ben Ali. Au centre, on reconnaît le poing levé, symbole ex-communiste utilisé dans toutes les « révolutions » colorées depuis Otpor en Serbie. Vu de Washington, l’important est d’affirmer que les événements sont finis et qu’ils s’inscrivent dans une dynamique internationale libérale. Aussi, le titre est-il inscrit en anglais et le drapeau tunisien est-il réduit à une simple fioriture sur la lettre R.

Du jasmin pour calmer les Tunisiens

Les conseillers en communication stratégique US tentent alors de siffler la fin de la partie, tandis que le Premier ministre sortant compose un gouvernement de continuité. C’est là que les agences de presse lancent l’appellation « Jasmine Revolution » (en anglais s’il vous plaît). Les Tunisiens assurent-elles viennent de réaliser leur « révolution colorée ». Un gouvernement d’union nationale est constitué. Tout est bien qui finit bien.

L’expression « Jasmine Revolution » laisse un goût amer aux Tunisiens les plus âgés : c’est celle que la CIA avait déjà utilisée pour communiquer lors du coup d’Etat de 1987 qui plaça Ben Ali au pouvoir.

La presse occidentale —désormais mieux contrôlée par l’Empire que la presse tunisienne— découvre la fortune mal acquise des Ben Ali quelle ignorait jusque là. On oublie le satisfecit accordé par le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn aux gestionnaires du pays quelques mois après les émeutes de la faim [8]. Et on oublie le dernier rapport de Transparency International qui affirmait que la Tunisie était moins corrompue que des Etats de l’Union européenne comme l’Italie, la Roumanie et la Grèce [9].

Les miliciens du régime, qui avaient semé la terreur parmi les civils durant les émeutes les obligeant à s’organiser en comités d’auto-défense, disparaissent dans la nuit.

Les Tunisiens que l’on pense dépolitisés et manipulables après des années de dictature s’avèrent fort matures. Ils constatent que le gouvernement de Mohammed Ghannouchi, c’est « du benalisme sans Ben Ali ». Malgré quelques ravalements de façade, les caciques du parti unique (RCD) conservent les ministères régaliens. Les syndicalistes de l’UGTT, refusent de s’associer à la manip états-unienne et démissionnent des postes qu’on leur a attribués.

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Ahmed Néjib Chebbi, un opposant « Made in USA ».
Outre les inamovibles membres du RCD, il reste des gadgets médiatiques et des agents de la CIA. Par la grâce du producteur Tarak Ben Amar (le patron de Nessma TV), la réalisatrice Moufida Tlati devient ministre de la Culture. Moins show-bizz, plus significatif, Ahmed Néjib Chebbi, un pion de la National Endowment for Democracy, devient ministre du Développement régional. Ou encore, l’obscur Slim Amanou, un bloggeur rompu aux méthodes de l’Albert Einstein Institute, devient secrétaire d’Etat à la Jeunesse et des Sports au nom du fantomatique Parti pirate relié à l’auto-proclamé groupe Anonymous.
Bien entendu, l’ambassade des Etats-Unis n’a pas sollicité le Parti communiste pour faire partie de ce soi-disant « gouvernement d’union nationale ». 

A l’inverse, on prépare le retour de Londres, où il avait obtenu l’asile politique, du leader historique du Parti de la Renaissance (Ennahda), Rached Ghannouchi. Islamiste ex-salafiste, il prêche la compatibilité de l’islam et de la démocratie et prépare depuis longtemps un rapprochement avec le Parti démocrate progressiste de son ami Ahmed Néjib Chebbi, un social-démocrate ex-marxiste. Dans le cas d’un échec du « gouvernement d’union nationale », ce tandem pro-US pourrait fournir une illusion de rechange.

Une nouvelle fois, les Tunisiens se soulèvent, élargissant eux-mêmes le mot d’ordre qu’on leur avait soufflé : « RCD dégage ! ». Dans les communes et les entreprises, ils chassent eux-mêmes les collaborateurs du régime déchu.

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Le vrai siège du pouvoir n’est plus au Palais de la République, mais à l’ambassade des Etats-Unis. C’est ici que l’on a composé le gouvernement Ghannouchi. Située hors de Tunis, dans un vaste campus barricadé, l’ambassade est un gigantesque blockhaus hautement sécurisé qui abrite les postes centraux de la CIA et du MEPI pour l’Afrique du Nord et une partie du Levant.

Vers la Révolution ?

Contrairement à ce qui a été dit par la presse occidentale, l’insurrection n’est pas encore terminée et la Révolution n’a pas encore commencé. Force est de constater que Washington n’a rien canalisé du tout, hormis les journalistes occidentaux. Plus encore aujourd’hui que fin décembre, la situation est hors de contrôle.

Thierry Meyssan

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