Reactionism Watch

Centre de Surveillance de la Droite Internationale

Vers une nouvelle alliance entre Cuba et la Russie?

Posted by sylvainguillemette sur 12 août, 2008

https://i0.wp.com/img.rian.ru/images/9958/42/99584257.jpg

Le 8 juillet 2008, la tension est montée d’un cran entre la Russie et les Etats-Unis suite à la signature d’un traité entre Prague et Washington concernant l’installation d’un radar, en République tchèque, pièce maîtresse du bouclier anti-missile étasunien. Malgré l’hostilité d’une majorité de ses citoyens, le ministre tchèque des Affaires étrangères Karel Scharzenberg a scellé l’accord avec la secrétaire d’Etat étasunienne Condoleezza Rice. Selon la Maison-Blanche, cet arsenal militaire est destiné à protéger cette région du monde des Etats voyous. Peu convaincu par ces explications, Moscou voit dans ce déploiement belliqueux une menace pour sa sécurité nationale1.

Le président russe Dmitri Medvedev et son ministre des Affaires étrangères ont dénoncé « le rapprochement d’éléments du potentiel stratégique américain à proximité du territoire russe2 ». Le Premier ministre Vladimir Poutine a également fustigé la duplicité de l’administration Bush : « On nous dit que cette défense sert contre les missiles iraniens, mais aucun missile iranien n’a de portée suffisante. Il devient alors évident que cette nouveauté nous concerne aussi nous, Russes3 ».

En guise de réponse, Poutine a lancé un appel en faveur de la restauration des relations avec Cuba, sans écarter une coopération d’ordre militaire. « Nous devons rétablir notre position à Cuba et dans d’autres pays », a-t-il affirmé. Les médias occidentaux ont fait allusion à l’éventuelle installation d’une base militaire russe dans les Caraïbes, pouvant entraîner une nouvelle crise similaire à celle d’octobre 1962, qui avait failli déboucher sur une apocalypse nucléaire4.

Le 31 juillet 2008, le président cubain Raúl Castro a reçu le vice-premier ministre russe Igor Serchine dans le but d’« élargir le processus de rétablissement des échanges économiques, commerciaux et financiers », selon la déclaration commune. La collaboration concerne notamment les secteurs de l’énergie, des ressources minières, du transport agricole, de la santé et des télécommunications. En aucun cas, le document officiel n’a mentionné un quelconque accord d’ordre militaire5.

En réalité, il est peu probable que La Havane accepte toute nouvelle coopération militaire avec le Kremlin pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les Cubains n’ont guère apprécié entendre les déclarations russes au sujet d’une nouvelle collaboration militaire sans être consultés. Ensuite, le gouvernement révolutionnaire sait pertinemment que l’installation d’un arsenal belliqueux étranger sur leur territoire ne ferait qu’exacerber les tensions avec Washington. Depuis 1960, les Etats-Unis imposent des sanctions économiques inhumaines à Cuba qui affectent les catégories les plus vulnérables de la population.

D’autre part, une base militaire russe ne serait d’aucune utilité aux Cubains, même pour leur défense nationale. Ils savent pertinemment, et depuis longtemps, qu’en cas d’agression militaire de la part de Washington, la Russie n’interviendrait pas pour les défendre et qu’ils ne pourraient compter que sur eux-mêmes. Fidel Castro avait évoqué cette éventualité lors de ses entretiens avec le célèbre journaliste Ignacio Ramonet :

« A un moment déterminé, nous sommes arrivés à la conclusion que si nous étions directement attaqués par les Etats-Unis, jamais les Soviétiques ne lutteraient à nos côtés. De plus, on ne pouvait même pas leur demander cela. Avec le développement des technologies modernes, il était ingénu de penser, ou de demander ou d’espérer que cette puissance se battrait avec les Etats-Unis, si ces derniers intervenaient dans la petite île que se trouvait ici à quatre-vingts milles du territoire nord-américain.

Et nous avons eu l’intime conviction que cet appui n’arriverait jamais. Plus encore : un jour nous avons directement posé la question aux Soviétiques, plusieurs années avant la disparition de l’URSS. « Dites-le-nous franchement ». « Non », ont-ils répondu. Nous savions qu’ils allaient répondre cela. Et donc, plus que jamais, nous avons accéléré le développement de notre conception et nous avons perfectionné les idées tactiques et stratégiques avec lesquelles cette Révolution a triomphé et a vaincu sur le terrain militaire une armée cent fois plus nombreuse en hommes et on ne sait combien de fois supérieure en armes. Après cette réponse, plus que jamais, nous nous sommes ancrés sur nos conceptions, nous les avons approfondies et nous nous sommes renforcés à un tel point que l’on peut affirmer aujourd’hui que ce pays est militairement invulnérable ; et non pas en vertu d’armes de destruction massive6 ».

Enfin, les Cubains ont bonne mémoire et se souviennent encore de la triple trahison dont ils ont été victimes par le passé de la part de Moscou. Tout d’abord, lors de la crise d’octobre 1962, Nikita Khrouchtchev avait décidé de retirer les missiles sans même prendre la peine de consulter le gouvernement d’Osvaldo Dorticos et de Fidel Castro. Ensuite, lors de la chute du bloc soviétique, du jour au lendemain, le président Boris Eltsine avait rompu les accords économiques, commerciaux et financiers avec La Havane, plongeant la nation dans la pire crise économique de son histoire. Enfin, en 2001, Vladimir Poutine a pris la décision unilatérale de fermer la station radar de Lourdes à Cuba, toujours sans consulter les autorités de l’île, pour répondre aux injonctions de George W. Bush. Pourtant, celle-ci était vitale pour la sécurité de la nation caribéenne et générait des revenus de 200 millions de dollars par an à Cuba.

La Russie et Cuba ont une longue histoire d’amitié qui n’est pas prête de se terminer. Les deux peuples s’apprécient et se respectent et les liens qu’ils ont tissés ne peuvent se rompre pour des questions de géopolitique. Mais ces affronts du passé ne peuvent être oubliés comme ne peut être éludée la réalité suivante : la défense de la nation cubaine ne dépend que des Cubains.

Salim Lamrani

Notes

1 Stéphane Kovacs, « Bouclier antimissile : Prague signe un accord avec les USA », Le Figaro, 8 juillet 2008.

2 Fabrice Nodé-Langlois, « Bouclier antimissile : Medvedev menace », Le Figaro, 9 juillet 2008.

3 Libération, « Poutine : ‘Le bouclier antimissile américain va relancer la course aux armements », 4 juin 2007.

4 The Associated Press, « Putin Calls For Restoring Position in Cuba », 4 août 2008.

5 Ria Novosti, « Russie-Cuba : un vice-premier ministre russe reçu par Raúl Castro », 1er août 2008.

6 Ignacio Ramonet, Cien horas con Fidel (La Havane: Oficina de Publicaciones del Consejo de Estado, 2006), tercera edición, pp. 415-16.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr

http://www.voltairenet.org/fr

 

Publicités

Une Réponse to “Vers une nouvelle alliance entre Cuba et la Russie?”

  1. sylvainguillemette said

    Information additionnelle qui n’a pas rapport avec le sujet, mais qui touche les efforts démesurés des contre-révolutionnaires anti-socialistes.

    « http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=954

    L’AUT’JOURNAL

    12 août 2008

    Par Jean-Guy Allard

    Robert Kent, patron de l’organisation Friends of Cuban Libraries, sera présent à Québec, au Congrès mondial des bibliothécaires, pour continuer à calomnier Cuba.

    Cette fois, cependant, ce collaborateur actif de la CIA a un sérieux problème: son vieil ami Frank Calzón, le propriétaire du Center for a Free Cuba qui finance ses activités, fait l’objet d’une enquête du Congrès américain en raison d’une énorme fraude survenue aux dépens de la USAID.

    Photo:Frank Calzon

    L’important évènement, organisé par la Fédération internationale des associations de bibliothécaires (IFLA) commencera ce 10 août et rassemblera plus de 4 000 bibliothécaires du monde entier.

    Depuis presque une décennie, Kent se consacre à la mission que Calzón lui a confié personnellement: dénigrer les bibliothécaires cubains légitimes du réseau national de bibliothèques, en stimulant un minuscule réseau de prétendus bibliothécaires créé par la Section des intérêts nord-américains (SINA) àLa Havane avec l’aide de ses informateurs rémunérés.

    Le plan fait partie de la stratégie conçue par la USAID avec son programme Cuba pour déstabiliser, à coups de dizaines de millions de dollars, la Révolution cubaine.

    Dans le cadre de ce projet, Calzón a dépensé des dizaines de milliers de dollars… mais une enquête récente du General Accountability Office (GAO) a découvert dans ses comptes de vertigineux trous parmi les prétendues opérations réalisées par son staff mercenaire en sol cubain.

    Les remontrances du GAO à Calzón et à d’autres délinquants qui vivent de la contre-révolution ont été telles qu’il y a quelques mois, la crise de la USAIDa provoqué la sortie du fonctionnaire corrompu Adolfo Franco qui arrosait de millions depuis des années les capos de la mafia cubano-américaine.

    Franco s’est réfugié dans l’organisation de la campagne du candidat républicain à la présidence, John McCain, qui est (quel hasard!) également chef de International Republican Institute (IRI), un autre bénéficiaire des bontés de la USAID.

    En avril dernier, Calzón a lui-même confessé que Felipe Sixto, son bras droit durant des années au Center for a Free Cuba, avait volé un demi-million de dollars au cours de son séjour dans cette dépendance de la Compagnie.

    Il y a quelques jours, le représentant démocrate Howard Berman, qui dirige la Commission des Affaires extérieures de la Chambre basse étasunienne, alarmé par les révélations du GAO, a ordonné la congélation des fonds du Center for a Free Cuba «en réponse au détournement de 500 000 dollars», selon les termes de la presse nord-américaine.

    En prenant la mesure, le politicien nord-américain a reconnu que depuis des années la mafia cubano-américaine détourne de façon scandaleuse les fonds destinés aux campagnes annexionnistes que le gouvernement nord-américain prétend mener contre Cuba.

    Le Congrès est alors allé jusqu’à congeler la totalité des 45 million assignés en 2008 au programme Cuba de la soi-disant Agence internationale pour le développement (USAID)… pour ensuite accepter les promesses de la Maison Blanche, du Département d’État et de la USAID d’enquêter à fond cet énorme système de détournement de fonds fédéraux, encouragé depuis des années par les Diaz-Balart et Ilena Ros-Lehtinen, congressistes cubano-américains affiliés à la mafia de Miami. La subvention de Calzón est cependant demeurée congelée en raison de son envergure.

    On ignore encore jusqu’à quel point Kent a mis la main dans le sac, mais il est probable que le New-yorkais devra bientôt justifier face aux experts comptables chaque centime qu’il a dépensé depuis dix ans dans ses aventures anti-cubaines qui l’ont conduit autour du monde, grâce à Calzón, son ami intime.

    UN BIBLIOTHÉCAIRE AVEC TRANSMETTEUR ET MONTRE GPS

    En février 1999, la «dissidente» cubaine Aleida Godinez a reçu la visite de Kent qui s’est présenté sous une fausse identité. Il a dit qu’il était bibliothécaire à New York et qu’il venait au nom de Calzón, déjà connu comme étant un vieil agent de l’Agence centrale de renseignement.

    La visite de Kent avait deux objectifs: sous-contracter Godinez pour le compte de Calzón pour enquêter sur des sujets sensibles de l’économie cubaine et l’inciter à photographier le lieu de résidence du vice-président du Conseil d’État, Carlos Lage Dávila. Une opération d’espionnage.

    Kent n’apportait aucun livre. Il venait avec une caméra, un appareil radio ondes courtes, un transmetteur-récepteur 10 bandes et une montre de marque Cassio avec GPS ainsi que beaucoup d’argent liquide.

    Le nord-américain a été détenu aux douanes et expulsé pour espionnage. Ce James Bond de pacotille ignorait qu’Aleida Godinez était un agent de la Sécurité d’État cubaine où elle est connue comme étant l’agent Vilma.

    UN COÛTEUX MÉCANISME DE PROPAGANDE

    Les États-Unis dépensent annuellement des dizaines de millions de dollars, de l’argent des contribuables, pour attaquer Cuba.

    L’organisation de Kent, Friends of Cuban Libraries, est un autre de ces «comités de canapé» dont tous les membres arrivent à s’asseoir sur un seul de ces sièges, créés selon les plans du QG CIA de Langley.

    Le gouvernement Bush qui a ruiné le pays avec la guerre en Irak, qui a autorisé la torture au camp de concentration de Guantanamo et qui a abandonné à son sort la population noire de la Nouvelle-Orléans, est le même qui prétend donner des leçons de respect des droits de l’homme à Cuba au moyen d’une énorme machine de propagande.

    Au congrès mondial des bibliothécaires d’Oslo, en Norvège, l’offensive de Robert Kent s’était convertie en une spectaculaire défaite. Abandonné par ses dernières recrues d’Europe de l’Est, il avait été exclu du podium.

    Au congrès suivant de Séoul, en Corée, Kent a fait long feu. Tandis que la résolution qu’il était arrivé à introduire à force de machinations n’a pas même être présentée, en raison de sa totale irrégularité, l’évènement a servi aux bibliothécaires de Cuba pour renforcer leurs relations avec d’autres pays.

    Quelques semaines plus tard, le gouvernement Bush, dans un autre effort inutile pour discréditer Cuba, a introduit comme conférencière Madeleine Albright, le faucon déplumé de l’ère Clinton qu’on avait récupéré de la boîte à ordures pour la guerre sale contre Cuba.

    Au congrès mondial des bibliothécaires qui s’ouvre à Québec, Kent arrivera avec son pantalon en accordéon, son inséparable serviette verte, pour effectuer son travail d’agent dans les couloirs du Centre des congrès, dans une opération de désinformation dirigée par le Département d’État de Bush.

    Il est probable qu’il se fasse accompagner par l’un des salariés cubains de service, généralement assimilés aux groupes les plus violents que tolère l’appareil judiciaire de Bush au sud de la Floride.

    Il revendiquera des appuis comme ceux d’ex dissidents d’Europe de l’est qu’il a recruté pour être, sans exception, liés aux services secrets étasuniens, ou d’organisations comme Reporters sans frontières, du mercenaire français Robert Ménard, chef d’une soi-disant ONG qui reconnaît, faute d’avoir le choix, recevoir le financement… de ce même Center for a Free Cuba de Frank Calzón.

    Il devra cependant faire face dans la ville historique qui fut le berceau de la Nouvelle-France, aux militants de la solidarité avec Cuba et à de nombreux bibliothécaires amis de l’Île qui se sont déjà lassé d’entendre la rhétorique usée de Kent, copiée de l’habituel discours de l’extrême droite nord-américaine. »

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :