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Che, selon le timonier Martineau et ses alliés capitalistes

Posted by sylvainguillemette sur 21 février, 2009

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Comme d’habitude, le grand timonier Martineau crache son venin sur la gauche, outrepassant ses qualités d’historien en herbe au profit d’une suite de mensonges répétés maintes fois par nos adversaires idéologiques. Cette fois-ci, il s’en prend à la réputation du Che, relatant les «faits» rapportés dans le livre noir du communisme écrit par le ré-écrivain de l’histoire Stéphane Courtois, un livre qu’il dit «un ouvrage sérieux qui, en anglais, a été publié aux Presses de l’Université Harvard». Mais je demanderai au lectorat de se référer, quant à ces dires, à la partie ci-dessous pour conclure lui-même son opinion sur ce fameux bouquin.

D’autre part, le timonier Martineau pré-accuse les intéressés de s’être acheté des T-shirts du Che pour aller voir l’excellent film de Soderbergh. Or, tout bon communiste est capable de créer son propre chandail sans donner la moindre cenne à ces parasites bourgeois, j’en ai d’ailleurs deux faits sur commande, pour moins de 20$, certifié «Made in Quebec».

Comme autre lecture, Martineau nous indique le gâchis d’un exilé cubain, et devinez où se terre ce dernier? Miami! Bien sûr! Comme les autres, Humberto Fontova fait partie des dits «dissidents», lesquels furent pourtant prêts à renverser par les armes le gouvernement castriste, quitte à terroriser l’île socialiste aux seules fins d’y remettre une dictature bourgeoise qui les privilégiait, lui et les siens. Mais ne comptez pas sur le timonier Martineau pour vous faire part de ces attentats, comme ceux commis par Luis Posada Cariles par exemple (entraîné par la CIA –une organisation terroriste financée à même l’opium du beau-frère de Hamid Karzaï ou de la cocaïne d’Alvaro Uribe (l’assassin de syndicalistes)-), ou ceux de la force brigande qui tenta en 1961 de mener un coup d’État contre les castristes (Baie des cochons), mais en vain (Le débarquement fut également organisé par la CIA.). Décidément, Martineau a de la suite dans les idées…

Le timonier Martineau fait ensuite suivre ses idées avec des citations de Che Guevara, mais mises hors contexte. Par exemple, il impute une volonté nucléaire à Che, alors que Washington avait délibérément à cette époque, fait la menace d’user d’armes nucléaires contre les socialistes de Cuba. Mais mis hors contexte, les propos du guerrier peuvent en émouvoir quelques uns. Mais qui donc, déjà, a fait usage de ces armes maudites contre une autre nation, non pas à une, mais à deux reprises? Humberto Fontova et Martineau peuvent, s’ils le veulent, mettre des mots dans la bouche de leurs adversaires, mais ils devraient se regarder le nombril avant d’étendre leur imbécilité crasse sur la place publique. Washington a anéanti Hiroshima et Nagasaki aux seules fins de terroriser une population civile, déjà ébranlée par ses échecs majeurs dans le Pacifique. Ainsi, Washington donna également à Moscou, une bonne raison de se calmer les nerfs et de respecter l’empire qu’elle était devenue. Alors selon Martineau, les «ambitions révolutionnaires» de Che sont condamnables, mais pas les «ACTIONS» commises par les États-Unis d’Amérique, ces mêmes États où se retranche Humberto Fontova et les autres terroristes et putchistes dans son genre. C’est probablement la suite des idées dont je parlais ci-haut… Mais encore, Bush, dans ces 8 dernières années, a menacé plus de 5 fois d’autres nations d’utiliser des armes nucléaires et ce, sur la place publique. Condamnation de Martineau? Niet! Quedal! Absentes!

Ensuite, il enchaîne avec son fameux livre noir, où dit-on, que Che aurait exécuté, de ses mains, 14 000 personnes. Mais de fait, à Cuba, la volonté populaire appelait aux exécutions commises par les castristes et ne furent pas réclamées par le Che lui-même. Aussi, ce dont ne parle pas le timonier Martineau, c’est que ces 14 000 contrerévolutionnaires n’étaient pas que des ennemis de la révolution acclamée par le peuple, mais bel et bien des terroristes aptes à prendre les armes, ce qu’ils faisaient d’ailleurs, contre la population civile cubaine. Par exemple, les enseignants et les médecins envoyés par La Havane dans les régions retranchées et lointaines, étaient systématiquement attaquées par ces contrerévolutionnaires, lesquels n’hésitaient aucunement à abattre ces enseignants et médecins, aux seules fins de saboter la révolution en cour. Mais pour Martineau, c’est mieux que 14 000 castristes soient tués que 14 000 autres brigands qui attaquent des médecins et des enseignants –ainsi que des cultivateurs, des paysans, etc..- le soient. L’art de patauger dans la double-mesure…

Et quand Martineau dit : «Mais, bon, c’était pour une bonne cause, non? Quand George W. Bush emprisonne sans procès des ennemis des États-Unis, c’est un salaud. Quand Che Guevara emprisonne sans procès des ennemis de Cuba, c’est un héros.», il omet de dire que Cuba avait fait un choix et que ce choix était désiré de la majorité de l’île, n’est-ce pas ce que l’on appelle la démocratie? Les prisonniers de Cuba dont parle le timonier, des terroristes et putchistes, n’ont rien en commun d’abord, avec les prisonniers faits par Bush, lesquels sont pour la plupart innocents et retenus hors des règles de guerre –convention de Genève-. Aussi, il faut remettre les choses dans leur contexte, Cuba était en révolution, elle venait de se battre pendant quelques années contre la sanguinaire dictature de Batista (qui fut soutenu, et par Washington, et par le parti communiste à une autre époque) et elle avait connu ses multiples trahisons de part et d’autre. Bush, lui, est allé chercher de parfaits inconnus du fin fond de je ne sais où, pour leur imposer une doctrine vouée à l’échec, pour se simples raisons géostratégiques et des ressources humaines et naturelles. Il lui fallait des responsables pour le WTC/911 dont il était peut-être en partie l’auteur et une bande d’arabes faisaient selon lui l’affaire. Cela dit, je n’approuve pas tout ce que Cuba a pu faire et je n’y étais pas pour juger de leurs actes. Sinon, pour la cause, le timonier ne croit pas si bien dire! Cuba va beaucoup mieux qu’elle allait en 1958! Rien n’est parfait, mais désormais, les cubains ont tous accès à des soins de santé –ce qui n’était pas le cas du tout- et ont tous droit à l’éducation –ce qui n’était pas le cas du tout-. Castonguay ne serait pas populaire là-bas, sauf peut-être aujourd’hui, étant donné qu’il s’est rétracté sur la privatisation du système de santé.

Martineau compare ensuite Milosevic et Che en leur attribuant des ordres de condamnation à mort, que l’on sait aujourd’hui totalement faux. Le peuple cubain a ordonné plus d’exécutions que quiconque à Cuba, même que La Havane a commué certaines mises à mort en peines à perpétuité. Cet argument n’est donc pas valable et reflète plutôt la propagande de monsieur Courtois, lequel fait office de bonne source, selon le timonier, tout en étant soutenu par les capitalistes les plus voraces, quel hasard! Aussi, il n’est nullement question de Bush dans le texte de Martineau, qui pourtant, est responsable lui, d’un million de morts. Bush a ordonné 1 000 000 de morts irakiens, Martineau n’a rien à dire.

Martineau finit sur une note d’abrutissement collectif en citant Debray sur ce qu’il pensait de Che après qu’il l’ait accompagné en Bolivie : «cruel, fanatique et despotique»… Mais qui donc n’est pas cruel, dès lors qu’il tient une arme pour aller à la guerre? Qui donc n’est pas fanatique, lorsqu’il soutient un idéal, coûte que coûte? Et qui donc n’est pas despotique, avec un minimum de pouvoir entre les mains? Cette critique s’applique également à tout bon soldat de sa majesté la Reine Élisabeth II…, ça prend un bon mélange de tout ça pour devenir soldat, cher timonier Martineau!

(Notes et source, dont un paquet de remises en question du professionnalisme de monsieur Courtois)

«L’éditeur Maurice Nadeau, dans La Quinzaine littéraire, a considéré le livre comme « une escroquerie » : « l’escroquerie réside en ce que ce collectif d’auteurs appelle « communisme » ce qui en est précisément le contraire ». « Où donc ont-ils fait leurs classes ces « historiens » ? Pour quelques-uns, tiens, pardi ! chez Staline précisément ». « Nos « historiens et universitaires » s’obstinent à appeler « communisme » ce qui en bonne langue française et en connaissance honnête de l’Histoire s’appelle « stalinisme« , pour les Chinois « maoïsme« , pour les Cambodgiens « Khmers rouges« . Quand on fait la publicité d’un livre sur des millions de cadavres on n’a pas le droit de jouer sur les mots »[14]

«Le journaliste Gilles Perrault, dans Le Monde diplomatique, a précisé le fait que l’histoire et les traditions locales ont joué, dans chaque cas, un rôle important, et que le livre regroupe des phénomènes historiques trop différents pour être objet d’une condamnation unique : « Par quelle aberration peut-on englober dans la même condamnation des sandinistes nicaraguayens qui remirent démocratiquement en jeu leur pouvoir et les fous furieux du Sentier lumineux ? ». Il regrette que le livre ne discute pas du rôle des États-Unis dont l’obstruction est selon lui cause d’échec de plusieurs expériences communistes. Il reproche également aux auteurs du Livre noir d’avoir occulté l’importance de la contre-révolution comme facteur d’explication du processus de radicalisation de la terreur dans les systèmes communistes : « Un grand absent : l’adversaire. Chaque expérience communiste est décrite comme si elle se déroulait en vase clos, coupée du monde extérieur. Pourquoi Nicolas Werth s’abstient-il d’évoquer l’interventionnisme étranger acharné à juguler la jeune révolution bolchevique ? »[15]

«De même selon le World Socialist Web Site (structure trotskiste), le livre « jette arbitrairement ensemble des phénomènes historiques complètement différents tels que la guerre civile de 1918-21, le collectivisation obligatoire et la Grande Terreur en Union soviétique, le règne de Mao en Chine et Pol Pot au Cambodge, le gouvernement militaire de l’Éthiopie aussi bien que de divers mouvements politiques latino-américains, des sandinistes au Nicaragua au Sentier lumineux du Pérou[16]. »

«Pour l’historien Jean-Jacques Becker, le décompte « des morts du communisme » a une « valeur historique nulle », puisqu’il s’agit de réalités très différentes qui échappent à toute forme de comptabilité. De fait, la comparaison avec le nazisme, qui se réduit à une dimension statistique, est « illégitime ». Même si telle n’était pas l’intention de Stéphane Courtois, cela conduit à minorer le phénomène nazi, car, à l’arrivée, « l’extermination de six millions de juifs fait pâle figure à côté des « cent millions de victimes » du communisme ». Enfin, Stéphane Courtois a « définitivement quitté le domaine de l’histoire » lorsqu’il condamne les historiens d’avoir failli à leur devoir moral en ne mettant pas en valeur les crimes du communisme, ce qui est faux selon Jean-Jacques Becker[21]

«L’historien spécialiste de l’URSS Jean-Jacques Marie a dénoncé le fait que cette comparaison repose sur une fausse citation de Staline : « À la page 19 du Livre noir du communisme, Stéphane Courtois écrit « Le mot officiel de Staline […] était d’exterminer les koulaks en tant que classe. » Stéphane Courtois remplace « liquider » par « exterminer » et s’appuie sur cette citation modifiée pour affirmer : ici « le génocide de « classe » rejoint le génocide de « race ». » Donc le « communisme » par Staline interposé et le nazisme sont jumeaux puisque l’un tente d’exterminer une couche sociale et l’autre une race. Il est fâcheux que pour étayer cette affirmation Stéphane Courtois commence par trafiquer la formule de Staline. Les guillemets et le mot « officiel » n’y changent rien. »[25 »

«L’historienne Annie Lacroix-Riz, membre du PRCF, a qualifié l’ouvrage d’« opération politique et idéologique de grande envergure, à l’échelle tant de la France que de l’Europe unifiée. Cette opération éditoriale a donné l’élan décisif à l’assimilation entre nazisme et communisme qui peuple aujourd’hui les manuels scolaires […][26]. »

«L’historien américain John Arch Getty, professeur à l’université de Californie à Los Angeles, note que les famines sont à l’origine de plus de la moitié des victimes du communismes dénombrées par Stéphane Courtois. Il critique la méthode consistant à amalgamer des personnes mortes de faim dans des tragédies comme l’Holodomor, et les victimes des camps de travaux forcés comme le goulag, puis la comparaison avec le nazisme que tire Stéphane Courtois de ce décompte : « Les victimes de famines causées par la stupidité et l’incompétence d’un régime (ces morts comptent pour plus de la moitié des « 100 millions de victimes » de Courtois) peuvent elles être mises sur le même plan que le gazage délibéré des juifs ? L’arithmétique de Courtois est trop simpliste. »[27 »

«Courtois poursuit : « il n’était pas dans notre propos d’examiner en quoi la théorie marxiste pouvait, en tant que telle, avoir eu un rôle dans les crimes du communisme au XXe siècle. Cette question est cependant légitime. Ainsi, en 1872, Bakounine dénonçait l’idée de dictature du prolétariat comme l’institution d' »un poste d’ingénieur en chef de la révolution mondiale », qui mènerait inéluctablement à l’asservissement des masses. » Il distingue ensuite communisme et marxisme au profit du second :

« D’ailleurs, nombre de marxistes de la fin du XIXe siècle et de la IIe Internationale, tous imprégnés de culture démocratique et de respect de la personne humaine, furent parmi les premiers à dénoncer avec force l’expérience léninienne. À Tours en 1920, s’adressant à ses camarades socialistes qui allaient fonder le PCF, Léon Blum analysait « l’ensemble doctrinal » proposé par l’Internationale communiste : « Votre dictature n’est plus la dictature temporaire. (…) Elle est un système de gouvernement stable, presque régulier dans votre esprit. (…) C’est dans votre pensée un système de gouvernement créé une fois pour toutes. (…) Vous concevez le terrorisme comme moyen de gouvernement. » Il nous semble donc abusif d’assimiler l’idéologie communiste à l’idéologie marxiste, nombre de marxistes parmi les plus éminents ayant combattu le communisme de Lénine. (…) L’idéologie communiste, Lénine l’a définie. Cette doctrine, bientôt codifiée en « marxisme-léninisme » par Staline, est une doctrine d’élimination de la « bourgeoisie » (puis d’autres classes sociales, en premier lieu des fractions de la paysannerie), de dictature du prolétariat (devenue en fait dictature sur le prolétariat), de guerre civile permanente, d’agression et d’expansion par les armes du système soviétique. »[31»

«La moitié des auteurs — Nicolas Werth, Jean-Louis Margolin et Karel Bartosek — ont protesté publiquement contre le chapitre introductif de Stéphane Courtois, ils y refusent son rapprochement du génocide nazi et de la répression stalinienne, ainsi que le calcul du nombre de victimes, dont ils contestent à la fois l’opportunité et les chiffres utilisés, qui pour certains sont leurs chiffres mais augmentés sans raison par Courtois.

Dans un article du Monde daté du 14 novembre 1997, Nicolas Werth et Jean-Louis Margolin listent les principaux points mis en cause du chapitre introductif :

« la centralité du crime de masse dans les pratiques répressives des communismes au pouvoir ; l’assimilation entre doctrine communiste et mise en application de celle-ci, ce qui fait remonter le crime jusqu’au cœur même de l’idéologie communiste ; l’affirmation qui en découle de la grande similitude du nazisme et du communisme, tous deux intrinsèquement criminels dans leur fondement même ; un chiffrage des victimes du communisme abusif, non clarifié (85 millions ? 95 ? 100 ?), non justifié, et contredisant formellement les résultats des coauteurs sur l’URSS, l’Asie et l’Europe de l’Est (de leurs études, on peut tirer une « fourchette » globale allant de 65 à 93 millions ; la moyenne 79 millions n’a de valeur que purement indicative). »

Ils ajoutent : « On chercherait cependant en vain, dans le chapitre introductif comme dans le reste de l’ouvrage, la discussion serrée et approfondie que nécessiteraient des questions aussi complexes et délicates que la comparaison entre fascisme et communisme, ou la présence de potentialités terroristes dans la théorie marxiste elle-même. Nous n’entendons pas disqualifier ces indispensables questionnements. Mais, tout simplement, notre livre ne porte pas là-dessus. »

Nicolas Werth estime que : « le crime est certes une composante essentielle [du communisme], mais le mensonge qui a permis l’occultation de la terreur me paraît plus central que le crime lui-même. »[5] Jean-Louis Margolin va dans le même sens : « Cela [l’analyse de Stéphane Courtois] revient à enlever son caractère historique au phénomène. Même si le terreau communiste peut aboutir aux crimes de masse, le lien entre doctrine et pratique n’est pas évident, contrairement à ce que dit Stéphane Courtois »[6]. Werth et Margolin reprochent à Courtois son « obsession d’arriver aux cent millions de morts ». N. Werth décompte ainsi quinze millions de victimes en URSS, alors que Stéphane Courtois, dans son introduction, parle de vingt millions ; J.-L. Margolin explique « qu’il n’a jamais fait état d’un million de morts au Vietnam », contrairement à ce qu’écrit Courtois[7].

Des auteurs menacent de poursuite l’éditeur avant la sortie de l’ouvrage. Jean-Louis Margolin obtient le changement du titre, qui devait être Le Livre des crimes communistes, et l’adjonction du sous-titre[8].

Karel Bartosek et Nicolas Werth démissionnent de la revue Communisme fondée par Stéphane Courtois, Bartosek dit protester non contre le livre mais pour refuser « absolument toute approche idéologique et politique de ces souffrances »[9].

S. Courtois répond que « c’est une équipe entièrement de gauche et qui, parce qu’elle est de gauche, se pose des questions. »[10 »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Livre_noir_du_communisme

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Pour sortir de la crise, il faut renverser le capitalisme! (DR-Express)

Posted by L'Agitateur sur 21 février, 2009

DRE No202 • 13 février 2009 • [web ou pdf]


L’adoption, le mardi 3 février, du budget présenté par le ministre des Finances Jim Flaherty est venue mettre fin à la saga tragi-comique marquée par la création de cette «coalition» mort-née entre le Parti libéral du Canada, le Nouveau parti démocratique et le Bloc québécois. Elle marque ce faisant la réalisation d’une entente – fut-elle uniquement provisoire – sur une stratégie «nationale» de sortie de crise entre les principaux secteurs de la grande bourgeoisie canadienne, qui semblaient jusque-là incapables de convenir d’une position commune.

À l’exception des six députéEs représentant des circonscriptions de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, la totalité des députéEs libérales et libéraux ont donc voté en faveur du budget Flaherty. Certains ont vu là une «trahison» de la part des libéraux et de leur nouveau chef Michael Ignatieff; d’autres, le signe qu’il s’agit en fait d’un budget libéral, et non conservateur.

En fait, le budget adopté par la Chambre des communes est ni l’un, ni l’autre: c’est un budget capitaliste, d’abord et avant tout, inspiré du programme général de tous les gouvernements des grands pays industrialisés, qui repose sur l’utilisation optimale des ressources des États pour sauver la peau des bourgeois, des riches et des banquiers. Il n’y a eu, de la part du Parti libéral, ni trahison, ni volte-face: au contraire, la position adoptée par Michael Ignatieff se situe en droite ligne dans la «grande tradition libérale» ayant marqué l’histoire de ce pays. Et ceux qui feignent de s’en étonner sont soit hypocrites ou de parfaits ignorants.

Un budget au service des capitalistes

Après l’épisode burlesque de la «coalition» au début décembre et la prorogation de la Chambre des communes, le ministre Flaherty est passé aux choses sérieuses en annonçant la mise sur pied d’un «comité de sages», chargé de lui faire des recommandations pour faire face à la crise. Le comité, dont les membres recevront un salaire symbolique de 1 $ par année, est officiellement composé de onze «éminents Canadiens» qui ont été choisis, selon le ministre, «sans tenir compte de leur affiliation politique». Parmi les membres de ce comité «non partisan» (sic), on retrouve le PDG de Power Corporation, Paul Desmarais, Jr., de même que James D. Irving, président de J.D. Irving Ltd., Jack Mintz, ancien président de l’Institut C.D. Howe, et Isabelle Hudon, jusqu’à tout récemment présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et sacrée vedette du Québec inc. Ces gens-là ne sont en effet pas nécessairement «partisans», dans le sens où ils ne sont pas directement rattachés à l’un ou l’autre des partis bourgeois qui œuvrent sur la scène politique canadienne. Mais on ne leur fera certainement pas injure en affirmant qu’ils ont un parti pris certain envers les intérêts des capitalistes.

Cela dit, le comité semble avoir assumé son mandat avec diligence, car le budget présenté par le ministre Flaherty est justement venu répondre aux divers besoins des capitalistes.

L’on y prévoit, de fait, des investissements considérables pour favoriser la «relance». Au cours des deux prochaines années, le gouvernement fédéral injectera près de 12 milliards de dollars dans des travaux d’infrastructure. Quelque 7,5 milliards supplémentaires seront alloués à l’aide directe aux entreprises. L’ensemble des mesures prévues au budget, jumelées à la chute anticipée des revenus de l’État, entraîneront un déficit de près de 34 milliards de dollars pour l’année financière 2008-2009.

Soudainement, le gouvernement n’a donc plus peur de retourner en déficit: le dogme de l’équilibre budgétaire ne tient plus, car les capitalistes ont besoin de l’aide de l’État! Quand les pauvres avaient besoin de logements, que les malades avaient besoin de soins dans les hôpitaux et qu’il y avait lieu d’agir pour aider les populations autochtones qui n’ont même pas accès à de l’eau potable dans certaines régions, il n’était pas question, pour le gouvernement, de dégager de nouvelles sommes, car il ne fallait surtout pas créer de déficit. Mais pour les banques, les sociétés transnationales, les géants de l’auto et lescrosseurs du même acabit, tout cela ne tient plus, et «tout le monde doit faire sa part» pour les soutenir.

Peu de gens l’ont souligné, mais le budget comporte une aide sans précédent aux banques et aux institutions financières. Le professeur Michel Chossudovsky l’a fait remarquer, dans un article publié sur le site Web du Centre de recherche sur la mondialisation (www.mondialisation.ca): «Les médias ont fait grand cas du déficit de 85 milliards sur cinq ans du budget Flaherty, mais ils ont complètement passé sous silence le montant faramineux de 200 milliards $ (12% du PIB) prévu dans ce que le gouvernement appelle un “Cadre de financement exceptionnel” pour venir en aide aux institutions financières canadiennes.»

Déjà, rappelle Chossudovsky, le gouvernement Harper avait débloqué un premier montant de 25 milliards $ le 10 octobre dernier, puis un autre de 50 milliards le 12 novembre, pour racheter des prêts hypothécaires des institutions financières sans que personne, à Ottawa, n’ait cru bon de s’en indigner, ni même de poser des questions à ce sujet. Là, le budget Flaherty rajoute un autre 50 milliards de dollars aux mêmes fins, de même qu’un somme de 12 milliards «en vue de l’achat de titres à terme adossés à des prêts et à des baux portant sur des véhicules et du matériel». Au total, l’ensemble des mesures adoptées par le gouvernement Harper totalise un montant global de 200 milliards de dollars «afin d’appuyer l’offre de financement aux particuliers et aux entreprises ». Chossudovsky souligne avec ironie que les banques, qui détiennent une importante portion de la dette publique, seront à la fois les bénéficiaires du renflouage et les créancières de l’État. Elles gagnent donc sur tous les plans.

Par contre, le budget et le «plan de relance» du gouvernement Harper feront leur lot de perdantEs: savoir les travailleurs et les travailleuses, pour l’essentiel, qui viendront grossir en masse les rangs des pauvres et des nécessiteux. En fait, la crise est l’occasion pour les capitalistes – une opportunité, dira-t-on – d’appauvrir les travailleurs et les travailleuses et surtout, de les rendre encore plus dépendantEs, flexibles et malléables, afin d’assurer les futurs profits des détenteurs du capital. Encore là, c’est l’État, cet instrument par excellence de la dictature de la classe bourgeoise, qui est appelé à jouer le rôle de maître d’œuvre de cette vaste opération destinée à assurer la rentabilisation du capital, sur le dos des travailleurs et travailleuses.

On a vu, déjà, dans le secteur de l’automobile le gouvernement annoncer que l’aide qu’il allouera (et qui se chiffre, rien que dans ce secteur, à quelque quatre milliards de dollars) sera conditionnelle à ce que les entreprises visées réduisent massivement les salaires et les conditions de travail de leurs salariéEs. Cela, dit-on, au nom du sophisme qui veut que «tout le monde est responsable de la crise» et que par conséquent, «tout le monde doit faire sa part».

Pour les travailleurs et les travailleuses, pour les centaines de milliers, notamment, qui ont perdu leur emploi au cours des trois derniers mois et les centaines de milliers d’autres qui se retrouveront dans la même situation au cours des prochaines semaines, le budget Flaherty ne prévoit rien, sinon qu’une maigre prolongation de cinq semaines des prestations d’assurance-chômage.

Bref, le budget Flaherty est en ligne avec l’orientation générale des gouvernements de tous les pays capitalistes. De George W. Bush à Barack Obama en passant par Nicolas Sarkozy (qui veut «refonder le capitalisme»!) et le «gauchiste» Lula au Brésil, tout ce beau monde est uni derrière l’idée que toutes les ressources des États doivent être mobilisées pour sauver le capital.

Une unité relative, dictée par la nécessité

Le ralliement de Michael Ignatieff et des libéraux au plan de relance du gouvernement Harper ne signifie toutefois pas qu’il n’y a plus de divisions au sein de la classe dominante canadienne. Comme en toutes choses, cette unité demeure relative et elle est surtout dictée par la nécessité.

L’épisode de la «coalition», en décembre, a fait apparaître certaines divisions qui traversent la classe dominante. Ces divisions ressortent aussi de la succession des gouvernements minoritaires depuis l’élection de juin 2004, où les libéraux de Paul Martin avaient difficilement réussi à l’emporter.

Il est vraisemblable que les partis (le NPD, les libéraux et le Bloc) qui ont formé cette fameuse coalition représentent avec plus de vigueur l’axe central traditionnel de la grande bourgeoisie canadienne, basé en Ontario et au Québec, alors que les conservateurs s’avèrent plus liés aux intérêts des pétrolières et des secteurs de la grande bourgeoisie qui demeurent concentrés dans l’Ouest canadien.

Les divergences et les contradictions au sein de la classe politique canadienne témoignent aussi des difficultés de la bourgeoisie à pouvoir compter sur une équipe compétente, crédible et efficace, qui soit capable d’exercer un certain ascendant sur les masses populaires. Comme on le sait, la désaffection n’a jamais été aussi grande envers le processus parlementaire et la fausse démocratie bourgeoise, qui constituent un instrument central avec lequel la classe dominante est censée réussir à obtenir le consentement des masses à vivre sous la dictature du capital. De toute évidence, cet instrument a perdu une bonne partie de son efficacité, si bien que le rétablissement de la légitimité de son pouvoir demeure un objectif de toute première importance pour la bourgeoisie.

À court terme, le gouvernement Harper, qui n’est ni plus, ni moins voué à la défense du capitalisme que ses opposants libéraux, néo-démocrates et bloquistes, a fait ce qu’il fallait (ou vraisemblablement, ce que son «comité des sages» lui a dit de faire!) pour rétablir une unité relative qui corresponde aux intérêts immédiats du grand capital.

Contrairement à ce que certains veulent laisser croire, la vraie division n’est pas celle qui oppose ceux qui voudraient un État un peu plus ou un peu moins interventionniste. D’un côté comme de l’autre, les partisans de ces deux options s’entendent sur une même prémisse: il faut se serrer les coudes pour sortir de la crise. Et une fois que ce sera fait, il ne saurait être question de remettre en cause le modèle de développement basé sur la rentabilisation du capital et la propriété privée des moyens de production. Pour certains comme Sarkozy, il faudrait envisager un capitalisme moins axé sur la spéculation; pour d’autres tel Obama, il faudrait s’assurer d’un capitalisme plus «social», «plus doux» et moins «diviseur». Mais hors du capitalisme, point de salut!

Pour les travailleurs et les travailleuses, toutefois – pour ceux et celles qui produisent toutes les richesses et qui ont la capacité d’organiser et de diriger la société pour que les besoins de tous et de toutes soient enfin satisfaits – il faut envisager, lutter et s’organiser pour une «sortie de crise» tout autre. Car pour sortir vraiment de la crise, il faut sortir du capitalisme lui-même! Le vrai et l’unique plan de lutte contre la crise, c’est celui qui s’attaquera au système qui l’a créée et débouchera sur une société qui ne sera plus façonnée par le bien-être d’une poignée de parasites.

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