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Cuba et le nombre de « prisonniers politiques » par Salim Lamrani

Posted by sylvainguillemette sur 27 août, 2010

La question du nombre de « prisonniers politiques » à Cuba est sujette à polémique. Pour le gouvernement cubain, il n’y a pas de prisonniers politiques à Cuba, mais des personnes condamnées pour des délits inscrits au code pénal, notamment le fait d’être financé par une puissance étrangère. Amnesty International (AI), quant à elle, recense dans son rapport 2010 « 55 prisonniers d’opinion1 », parmi lesquels 20 ont été libérés en juillet 2010 et 6 autres le 15 août 2010, suite à la médiation de l’Eglise catholique et de l’Espagne, et deux autres auparavant2. Donc, selon AI, il reste actuellement 27 « prisonniers politiques » à Cuba. Enfin, l’opposition cubaine et Elizardo Sánchez de la Commission des droits de l’homme et de la réconciliation nationale (CDHRN) en particulier évoquent le nombre de 147 prisonniers politiques, moins les 6 récemment libérés, soit 1413. Les médias occidentaux privilégient cette dernière liste.

Il convient d’abord de faire la lumière sur un aspect de cette question avant d’évoquer le sujet du nombre exact de « prisonniers politiques » dans l’île : l’existence ou non d’un financement de l’opposition cubaine par les Etats-Unis.

Cette politique, clandestine entre 1959 et 1991, est désormais publique et attestée par maintes sources. En effet, Washington reconnaît cette réalité dans plusieurs documents et déclarations officiels. La loi Torricelli de 1992, et plus particulièrement la section 1705, stipule que « les Etats-Unis fourniront une assistance, à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba4 ». La loi Helms-Burton de 1996 prévoit, à la section 109, que « le Président [des Etats-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba5 ». Le premier rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre, adopté le 6 mai 2004, envisage la mise en place d’un « solide programme de soutien favorisant la société civile cubaine ». Parmi les mesures préconisées, un financement à hauteur de 36 millions de dollars est destiné au « soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante6 ». Le second rapport de la même Commission, rendu public le 10 juillet 2006, prévoit un budget de 31 millions de dollars pour financer l’opposition interne7. Le rapport prévoit également « d’entraîner et d’équiper des journalistes indépendants de la presse écrite, radiophonique et télévisuelle à Cuba8 ».

La représentation diplomatique étasunienne à La Havane, la Section d’intérêts nord-américains (SINA) confirme cela dans un communiqué : « Depuis longtemps, la politique des Etats-Unis consiste à fournir une assistance humanitaire au peuple cubain, particulièrement aux familles des prisonniers politiques. Nous permettons également aux organisations privées de le faire9 ».

Laura Pollán, du groupe dissident « les Dames en Blanc », admet avoir reçu de l’argent des Etats-Unis10 : « Nous acceptons l’aide, le soutien, que ce soit de l’extrême droite ou de la gauche, sans conditions11 ». L’opposant Vladimiro Roca confesse que la dissidence cubaine est stipendiée par Washington tout en rétorquant que l’aide financière reçue est « totalement et complètement légale ». Pour le dissident René Gómez, le soutien financier de la part des Etats-Unis n’est « pas une chose qu’il faudrait cacher ou dont il faudrait avoir honte12 ». De la même manière, Elizardo Sánchez confirme l’existence d’un financement de la part des Etats-Unis : « La question n’est pas de savoir qui envoie de l’aide mais ce que l’on en fait13 ».

La presse occidentale admet cette réalité. L’Agence France-Presse informe que « les dissidents ont pour leur part revendiqué et assumé ces aides financières14 ». L’agence espagnole EFE fait allusion aux « opposants payés par les Etats-Unis15 ». L’agence de presse britannique Reuters, « le gouvernement étasunien fournit ouvertement un soutien financier fédéral pour les activités des dissidents, ce que Cuba considère comme un acte illégal16 ». L’agence de presse étasunienne The Associated Press reconnaît que la politique de fabriquer et financer une opposition interne n’était pas nouvelle : « Depuis des années, le gouvernement des Etats-Unis a dépensé des millions de dollars pour soutenir l’opposition cubaine17 ». Elle précise : « Une partie du financement provient directement du gouvernement des Etats-Unis, dont les lois préconisent le renversement du gouvernement cubain. L’agence internationale pour le développement des Etats-Unis (USAID), qui supervise le soutien financier du gouvernement pour une ‘transition démocratique’ à Cuba, a alloué plus de 33 millions de dollars pour la société civile cubaine pour la présente année fiscale18 ».

Wayne S. Smith est un ancien diplomate étasunien qui a été chef de la SINA à La Havane de 1979 à 1982. Selon lui, il est « illégal et imprudent d’envoyer de l’argent aux dissidents cubains19 ». Il a ajouté que « personne ne devrait donner de l’argent aux dissidents et encore moins dans le but de renverser le gouvernement cubain » car « lorsque les Etats-Unis déclarent que leur objectif est de renverser le gouvernement cubain, et qu’ensuite ils affirment qu’un des moyens pour y parvenir est de fournir des fonds aux dissidents cubains, ces derniers sont placés de facto dans la position d’agents payés par une puissance étrangère pour renverser leur propre gouvernement20 ».

Evoquons à présent la position d’Amnesty International. L’organisation fait état de 27 prisonniers politiques à Cuba au 15 août 2010. Or, elle reconnaît en même temps que ces personnes ont été condamnées « pour avoir reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba21 ». Ainsi, l’organisation entre en contradiction car le droit international considère comme illégal le financement d’une opposition interne dans une autre nation souveraine. Tous les pays du monde disposent d’un arsenal juridique codifiant comme délits de telles conduites. Ainsi, les législations étasunienne et européennes, entre autres, sanctionnent lourdement le fait d’être stipendié par une puissance étrangère.

La liste élaborée par Elizardo Sánchez est plus longue et inclut tout type d’individus. Parmi les 141 noms, 10 autres avaient déjà été remis en liberté pour des raisons de santé, ce qui fait un total de 131 personnes. Au sujet de ces dix personnes, Sánchez a expliqué qu’il les maintenait dans sa liste car elles pouvaient être de nouveau incarcérées dans le futur. Quatre autres personnes ont accompli leur peine et sont sorties de prison. Il reste donc 127 individus. 27 autres personnes doivent être libérées d’ici le mois d’octobre, selon l’accord passé entre La Havane, l’Espagne et l’Eglise catholique.

Sur les 100 individus restant, près de la moitié ont été condamnés pour des crimes violents. Certains ont réalisé des incursions armées à Cuba et au moins deux d’entre eux, Humberto Eladio Real Suárez et Ernesto Cruz León, sont responsables de la mort de plusieurs civils, respectivement en 1994 et en 199722.

Ricardo Alarcón, président du Parlement cubain, n’a pas manqué de souligner ces contradictions : « Curieusement, ceux qui nous critiquent parle d’une liste [et pas de noms]. Pourquoi ne disent-ils pas qu’ils sont en train de demander la liberté de la personne qui a assassiné Fabio di Celmo23 ? ».

Associated Press (AP) a également souligné le caractère douteux de la liste de Sánchez et note que « plusieurs d’entre eux ne devraient normalement pas être considérés comme des prisonniers politiques ». « Une étude plus attentive permet de voir la présence de terroristes, de preneurs d’otages et d’agents étrangers ». AP note que parmi les 100 personnes restantes, « près de la moitié ont été condamnées pour terrorisme, prise d’otages et autres crimes violents, et quatre d’entre eux sont d’anciens militaires ou agents des services de renseignement condamnés pour espionnage ou pour avoir révélé des secrets d’Etat24 ».

De son côté, Amnesty International affirme qu’elle ne peut pas considérer les membres de la liste de Sánchez comme des « prisonniers de conscience » car elle inclut « des gens jugés pour terrorisme, espionnage ainsi que ceux qui ont tenté et même réussi à faire exploser des hôtels », indique l’organisation. « Nous ne demanderons certainement pas leur libération et ne les décrirons pas comme prisonniers de conscience25 ».

Miguel Moratinos, ministre des Affaires étrangères espagnol, qui a joué un rôle clé dans l’accord portant sur la libération de 52 prisonniers, a également mis en doute la liste de Sánchez et souligné son caractère aléatoire. : « Ne dites pas qu’il faut libérer 300 prisonniers car il n’y en a pas 300. La liste de la Commission des droits de l’homme de Cuba disait, une semaine avant mon arrivée, qu’il y en avait 202. A mon arrivée à Cuba, elle a affirmé la veille qu’il y en avait 16726 ».

A l’issue de la libération des autres 27 personnes incluses dans l’accord de juin 2010, il ne restera qu’un seul « prisonnier politique » à Cuba, Rolando Jimenez Pozada, selon Amnesty International. Associated Press note pour sa part que ce dernier a en réalité été « emprisonné pour désobéissance et pour avoir révélé des secrets d’Etat27 ».

Curieusement, la liste dressée par Sánchez, qui est la moins fiable et qui est dénoncée de toutes parts en raison de l’inclusion d’individus condamnés de graves actes de terrorisme, est privilégiée par la presse occidentale.

Le gouvernement cubain a effectué un geste notable en procédant à la libération des prisonniers considérés comme « politiques » par les Etats-Unis et certaines organisations telles qu’Amnesty International. Le principal obstacle à la normalisation des relations entre Washington et La Havane – du point de vue de l’administration Obama – est désormais levé. Il revient donc à la Maison-Blanche d’effectuer un geste de réciprocité et de mettre un terme aux sanctions économiques anachroniques et inefficaces contre le peuple cubain.

Notes

1 Amnesty International, « Rapport 2010. La situation des droits humains dans le monde », mai 2010. http://thereport.amnesty.org/sites/default/files/AIR2010_AZ_FR.pdf (site consulté le 7 juin 2010), pp. 87-88.

2 EFE, « Damas piden a España acoger a más presos políticos », 25 juillet 2010 ; Carlos Batista, « Disidencia deplora ‘destierro’ de ex presos », El Nuevo Herald, 15 août 2010.

3 EFE, « Damas piden a España acoger a más presos políticos », 25 juillet 2010

4 Cuban Democracy Act, Titre XVII, Section 1705, 1992.

5 Helms-Burton Act, Titre I, Section 109, 1996.

6 Colin L. Powell, Commission for Assistance to a Free Cuba, ( Washington  : United States Department of State, mai 2004). www.state.gov/documents/organization/32334.pdf (site consulté le 7 mai 2004), pp. 16, 22.

7 Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, ( Washington  : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 20.

8 Condolezza Rice & Carlos Gutierrez, Commission for Assistance to a Free Cuba, ( Washington  : United States Department of State, juillet 2006). www.cafc.gov/documents/organization/68166.pdf (site consulté le 12 juillet 2006), p. 22.

9 The Associated Press/El Nuevo Herald, « Cuba : EEUU debe tomar ‘medidas’ contra diplomáticos », 19 mai 2008.

10 The Associated Press, « Cuban Dissident Confirms She Received Cash From Private US Anti-Castro Group », 20 mai 2008.

11 El Nuevo Herald, « Disidente cubana teme que pueda ser encarcelada », 21 mai 2008.

12 Patrick Bèle, « Cuba accuse Washington de payer les dissidents », Le Figaro, 21 mai 2008.

13 Agence France-Presse, « Prensa estatal cubana hace inusual entrevista callejera a disidentes », 22 mai 2008.

14 Agence France-Presse, « Financement de la dissidence : Cuba ‘somme’ Washington de s’expliquer », 22 mai 2008.

15 EFE, « Un diputado cubano propone nuevos castigos a opositores pagados por EE UU », 28 mai 2008.

16 Jeff Franks, « Top U.S. Diplomat Ferried Cash to Dissident : Cuba  », Reuters, 19 mai 2008.

17 Ben Feller, « Bush Touts Cuban Life After Castro », Associated Press, 24 octobre 2007

18 Will Weissert, « Activistas cubanos dependen del financiamiento extranjero », The Associated Press, 15 août 2008.

19 Radio Habana Cuba, « Former Chief of US Interests Section in Havana Wayne Smith Says Sending Money to Mercenaries in Cuba is Illegal », 21 mai 2008.

20 Wayne S. Smith, « New Cuba Commission Report : Formula for Continued Failure », Center for International Policy, 10 juillet 2006.

21 Amnesty International, « Cuba. Cinq années de trop, le nouveau gouvernement doit libérer les dissidents emprisonnés », 18 mars 2008. http://www.amnesty.org/fr/for-media/press-releases/cuba-five-years-too-many-new-government-must-release-jailed-dissidents-2 (site consulté le 23 avril 2008).

22 Juan O. Tamayo, « ¿Cuántos presos políticos hay en la isla? », El Nuevo Herald, 22 juillet 2010

23 José Luis Fraga, « Alarcón : presos liberados pueden quedarse en Cuba y podrían ser más de 52 », Agence France-Presse, 20 juillet 2010.

24 Paul Haven, « Number of Political Prisoners in Cuba Still Murky », The Associated Press, 23 juillet 2010.

25 Ibid.

26 EFE, « España pide a UE renovar relación con Cuba », 27 juillet 2010.

27 Paul Haven, « Number of Political Prisoners in Cuba Still Murky », op. cit.

Salim Lamrani

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Cuba libère les terroristes et putchistes cubains

Posted by sylvainguillemette sur 14 juillet, 2010

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Sur un fond de plus sincères préoccupations

Cuba libère les terroristes et putchistes cubains qu’elle a arrêté en 2003, sans trop en faire de cas, certainement plus concernée par la potentielle guerre qui pourrait se dérouler vers la fin Juillet 2010, en Iran –mais qui déborderait de ces frontières…-.

C’est qu’une armada de grande envergure s’est placée en position de siège aux frontières de l’Iran, formée des armées navales, aériennes et terrestres états-uniennes et israéliennes. Certains de ces navires et sous-marins de guerre sont armés de «missiles à multiples têtes nucléaires», rappelant là la contradiction des propos paranoïaques de cet Axe avec ses gestes. Sans parler des mensonges sur l’Iran, qu’on nous avait répété sous George W. Bush Jr, à propos de l’Irak de Saddam Hussein –l’Axe du mal…-.

Les mensonges médiatisés d’un Empire

Mais pour revenir à Cuba, et je tiens à y revenir, il serait d’emblée opportun pour tout débat clair à ce sujet, sans totalitarisme, de mettre les faits au jour. Les dits «dissidents» n’étaient de fait que des traîtres à la nation drapés dans des linceuls de «révolutionnaires». Foutaise. Ces dits dissidents furent arrêtés avec du matériel subversif –prévoyant nuire à l’État de Cuba ou le renverser-, fourni par un État étranger. Le même crime, si commis aux États-Unis d’Amérique, est passible de la peine de mort, à titre de HAUTE TRAHISON.

De plus, nous connaissons la haine de Washington vis-à-vis le socialisme, elle qui est sous gouverne bourgeoise, de toute évidence. Et encore, tout honnête historien sait très bien par quels massacres –commis chez d’autres nations, contre celles-ci – sont passés les États-Unis d’Amérique pour arriver à leur hégémonie actuelle. Il faudrait donc tout un culot pour nier l’impérialisme des États-Unis d’Amérique, sachant qu’ils ont renversé officiellement plus de 45 États dans le monde en moins d’un siècle, qu’ils ont imposé les pires dictatures après le stalinisme et le nazisme, qu’ils ont massacré des millions d’êtres humains au nom de «leurs valeurs» partout dans le monde, qu’ils tirent les cordes sur plusieurs autres «démocraties» et qu’elle impose ses visions par les armes, tant économiques que par les armes à feu.

Durant des décennies, et plus encore, Washington a fait fi des autres nations avec qui elle partageait la Terre. Durant plusieurs décennies, Washington a bafoués toutes les règles élémentaires de «démocratie des autres nations», Washington a fait tuer ses opposants idéologiques partout sur la Terre. Elle a enlevé des millions d’individus, en a torturé autant et exécuté l’équivalent, sommairement, arbitrairement. Washington est sur tous les théâtres internationaux où il y a lutte de pouvoir. Et précisément lorsque le socialisme était du jour, Washington y était aussi, avec ses sbires, ses assassins, ses comploteurs, ses tortionnaires, ses saboteurs, ses terroristes, bref, ses agents de la CIA. Elle a même assassiné des présidents démocratiquement élus alors qu’ils étaient en fonction (Patrice Lumumba entre autre). Cuba n’y a pas échappé.

Tout au long des années où Cuba semblait s’isoler des autres nations du monde, de fait, ce n’était qu’un faible bassin de pays, apeuré par les menaces états-uniennes, qui faisait écho de ces menaces illégales et antidémocratiques. En réalité, plus de 190 pays de l’ONU condamnent depuis plus de 17 ans le Blocus exercé contre Cuba, et ces pays ont aujourd’hui des ententes sociales et commerciales avec l’île assiégée. Mais la réalité,  c’est que le droit d’exercer un Veto à l’ONU diminue toutes chances d’exercer la démocratie en son sein, et chaque fois qu’une condamnation des États-Unis d’Amérique ou de ses sbires a vu le jour, le droit de Veto était appliqué. Autrement dit, selon l’ONU et ses règles, Washington n’a jamais commis de crime à l’égard des autres nations (comme contre Cuba), ne commettra jamais de crimes à l’égard de ces nations et peut faire la morale aux autres nations, chez lesquelles  «elle ne commet pas de crime selon l’ONU»… Aberrant. Mais pourtant vrai.

Alors aujourd’hui, Washington et l’Union Européenne, toutes deux très en de ça des exemples qu’elles aimeraient que Cuba et les autres soient, font la comédie et manipulent l’information médiatique, au point d’en rendre Cuba coupable d’avoir emprisonné, pourtant, des gens qui auraient risqué la peine de mort aux États-Unis d’Amérique (pour haute trahison), pour le même crime. Et en réalité, ces putes à bourgeois –dont certains étaient bourgeois également-, nostalgiques de l’époque de Batista, où la bourgeoisie régnait en maître sur l’île déjà assiégée à cette époque, sont financées, armées et entraînées par Washington. Quant à l’Union Européenne, je vous renvois au fabuleux travail de monsieur Salim Lamrani, qui en avait long à dire sur les doubles-mesures qu’imposent celle-ci à Cuba.

La dissidence cubaine ne représente pas la volonté d’une nation.

Et si la dissidence cubaine était fabriquée de l’extérieur? Et si la dissidence n’était de fait qu’une poignée de gens financée à très haut niveau par la maison blanche? Eh bien! C’est précisément le cas! La maison blanche a bel et bien financé et organisé ces dissidents, qui ne représentent en rien la volonté de la population de l’île assiégée, assiégée ironiquement par les employeurs de ces dissidents!

En réalité, la population de Cuba, même si elle aimerait détenir plus de matériel et jouir comme d’autres, de ces babioles inutiles qu’on empile et refoule aux sites d’enfouissement ici, n’envie aucunement la liberté individuelle capitaliste, qui n’instaure au fait, que la liberté d’entreprendre à ceux qui en ont les moyens. Et par conséquent, qui dit moyens d’entreprendre, dit moyens d’exploiter. Et je ne crois pas que les Cubains sont envieux de la situation des pays de son calibre économique. Les Cubains n’envient certainement pas le système de santé dominicain, ou celui du Panama ou du Ghana. Et je ne crois pas non plus que les Cubains envient les États-uniens pour le leur, qui laisse en plan une population grosse comme cinq fois celle de Cuba!

En réalité, l’insurrection commandée par Washington n’est jamais venue.  Leur plan a échoué, et aujourd’hui, les Cubains peuvent regarder en arrière, puis en avant sans honte, sans remettre en question le socialisme lui-même. Les États-uniens ne peuvent pas en faire autant, sauf si les massacres ne les dégoûtent pas, et sauf si la démocratie ne leur est que superficielle. À toutes les nations que Washington a fait souffrir, les États-uniens ne s’en sont jamais excusé, tout au contraire! Ils ont récidivé. Et ils menacent aujourd’hui l’Iran, parce qu’elle voudrait faire ce que Washington fait, elle et ses sbires –Israël et les États-Unis d’Amérique possèdent un arsenal nucléaire qu’ils interdisent à l’Iran, défaite de la dictature du Sha. Car sous le Sha, Washington avait tenté de nucléariser l’Iran! Ironie? Non! Hypocrisie! Les armes nucléaires ne dérangent guère Washington, c’est «qui les possède» qui gêne amplement Washington, qui en possède également.-.

En réalité, la dissidence n’était qu’un groupe de mercenaires, à la solde de Washington. Ils ne représentaient pas un courant, ni une volonté populaire. Au contraire, les Cubains continuent après 50 ans de croire que c’était le bon choix, la bonne chose à faire que de nationaliser les moyens de production cubains. Mais c’était surtout leur droit, que n’ont pas respecté Washington et ses sbires. Et pour punir Cuba, Washington lui a imposé un Blocus illégal, d’ailleurs condamné par l’O.N.U.. Ensuite, étant donné que Washington ne s’arrête jamais à la légalité des choses, elle a orchestré des tentatives d’assassinat de Fidel Castro. Comme elle l’a fait pour d’autres dirigeants qui ne lui plaisaient pas ailleurs dans le monde. Ces tentatives vaines, Washington a fait du sabotage, largué des produits chimiques et bactériologiques sur les champs et les élevages cubains. Elle a ensuite financé du terrorisme. Par exemple, la CIA, l’organisation terroriste états-unienne par excellence,  a organisé des groupes de commandos, en vue de débarquer sur l’île cubaine et d’y installer un régime docile et servile –cela se passe en 1961, deux ans après la chute de Batista, le pion de Washington…-. Le débarquement de la Baie des cochons raté, Washington se venge sur les Vietnamiens, qu’elle tuera par millions avec ses épandages de l’Agent Orange et le largage 22 millions de tonnes de bombes –Sous de faux prétextes, aujourd’hui démentis, que la flotte états-unienne était attaquée par le Vietnam!-!

Plus tardivement, Washington paiera des mercenaires tels que Luis Posada Cariles –Elle le payait déjà depuis au moins 1961, où il a participé, lui aussi, au débarquement raté de la Baie des cochons.- pour «terroriser l’État cubain». Celui-ci posera des bombes dans des discothèques et des hôtels cubains. Puis, le 6 octobre 1976, il fait exploser l’avion commercial cubain 445, ce qui a coûté la vie à 73 personnes à la Barbade, incluant toute l’équipe junior d’escrime cubaine qui venait de remporter les jeux panaméricains. Bref, Washington qui interdit aux États de l’Axe du Mal de faire du terrorisme, ose se permettre ces droits qu’elle nie aux autres. -Ce n’est pas sans rappeler que dans les années 90, c’est Washington qui faisait exploser les voitures de Bagdad!-

Finalement, tout ce que l’on peut réitérer, c’est que Cuba vient de relâcher une bande de terroristes sans scrupule, financés à même les impôts des prolétaires états-uniens, pour accomplir ce que ces mêmes prolétaires états-uniens tentent soit disant de combattre dans des pays souverains, en y laissant leur vie. Cuba vient de laisser s’échapper des traîtres qui sans l’ombre d’un doute, récidiveront, au nom du ô capital et des intérêts qu’ils en retirent, manifestement.  C’est que c’est payant d’être un dissident antisocialiste…

Je ne voulais donc que corriger les mensonges honteux de nos médias de masse adorés, dont Radio-Canada, qui parle elle aussi de libération de prisonniers politiques –Assez ironique que Washington n’en dise aucun mot quant à son alliée inconditionnelle la Colombie, qui détient bien plus de prisonniers politiques que quiconque en Amérique latine!-, alors que ces gens n’ont guère été emprisonnés pour des raisons politiques, mais parce qu’elles détenaient du matériel subversif en vue de renverser l’État cubain, et que ce matériel fut fourni par un État étranger, ce qui constitue un acte de haute trahison, qui aux États-Unis d’Amérique, serait passible de la peine de mort. En bref, jamais Washington ne reconnaîtra la légitimité de ce qui se passe à Cuba, tant que celle-ci ne pliera pas au diktat de la bourgeoisie internationale, soit au salariat, donc au capitalisme. Les libertés que Washington prétend défendre, ne sont de fait que celles que les bourgeois obtiennent avec leurs capitaux, et qu’une masse laborieuse ne pourra jamais obtenir, étant donné qu’elle sera éternellement soumise au salariat de ces premiers. Les libertés que défendent donc les sbires de la bourgeoisie internationale ne sont que celles d’une minorité parasitaire, qui viennent brimer celles de la majorité populaire et laborieuse de ne pas se faire exploiter par cette minorité parasitaire qui n’a rien de légitime d’autre que le fait qu’elle possède les capitaux, dans un système économique où ces derniers sont indispensables pour jouer quelconque rôle, de quelconque importance.

Et pour terminer, j’aimerais rappeler qu’aux États-Unis d’Amérique, il existe aussi des prisonniers politiques. Plus de 1000 selon plusieurs sources indépendantes du département d’État! Même des prisonniers d’exception sans droit –GUANTANAMO-! Et les droits de l’homme ne sont pas respectés non plus, selon Amnesty International -Et cela, sans considérer les prisonniers politiques détenus dans des prisons secrètes états-uniennes à l’étranger…-. En fait, Amnesty International a un bien plus gros dossier états-unien que cubain! Et certains des «prisonniers politiques cubains» en étaient de droit commun. Par exemple, Radio-Canada et LaPresse ont parlé d’Orlando Zapata à Cuba, qui était, selon eux, un prisonnier politique. Or, Orlando Zapata était un prisonnier de droit commun, arrêté pour assaut contre son voisin et divers autres méfaits publics –exhibitionnisme par exemple-, dont l’assaut des forces de l’ordre –et les policiers de Toronto seraient très mal placés pour critiquer l’arrestation d’Orlando Zapata!-.

Les médias de masse – Les médias de masse ne vous diront pas que Cuba fut attaquée par 5 780 attentats terroristes, commis par des mercenaires à la solde de Washington, qui auront jusqu’ici coûté la vie à 3 478 personnes depuis 1959.-, même si nationalisés, ne servent que les intérêts de l’État qui les emploie, en l’occurrence ici, un État capitaliste canadien qui ne se retient pas pour féliciter les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés par ses amis idéologiques du moment, au nom du ô capital.

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Mensonges et vérités dans la guerre médiatique contre Cuba par Arnold August

Posted by sylvainguillemette sur 10 avril, 2010

(Source: http://www.voltairenet.org/article164842.html)

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Le traitement médiatique récent de la mort d’Orlando Zapata et de la manifestation des Dames en blanc, à Cuba, pose un vrai cas d’école : les imputations des médias dominants sont délibérément fausses. Il ne s’agit pas d’un mensonge véhiculé par un média particulier, mais d’une campagne massive à laquelle presque tous participent. Or aucune grande holding de presse ne trouve d’intérêt direct dans cette manipulation. Il s’agit uniquement d’un système politique qui se protège en dénigrant un modèle qui le conteste.

Manifestation des Dames en blanc à La Havane pour la libération des personnes condamnées pour espionnage au profit des Etats-Unis.

La guerre médiatique qui sévit actuellement contre Cuba — et qui semble destinée à un nouvel épisode — est basée sur quatre mensonges fondamentaux :
a) Les prisonniers cubains faisant l’objet d’une controverse ont été emprisonnés en raison de leurs convictions politiques [1] ;
b) Le prisonnier Orlando Zapata Tamayo, récemment décédé des suites d’une grève de la faim qu’il avait entreprise de son propre chef, était emprisonné pour des raisons politiques [2] ;
c) Tamayo est décédé en raison de négligence ou peut-être même de gestes délibérés de la part des autorités médicales et politiques de Cuba ;
d) Les Damas de Blanco (Dames en blanc) ont été harcelées physiquement par des citoyens, puis brutalement détenus par les autorités cubaines pendant leur manifestation du 18 mars à la Havane [3].
La majorité des médias de masse à la solde de l’oligarchie aux États-Unis, au Québec, au Canada et en Europe et au sein de l’Union européenne s’arrogent le droit de mentir sur Cuba ou sur d’autres pays qui, selon des critères déterminés par les normes de l’hémisphère nord, ne représentent pas des États « convenables » sur le plan politique. Mais pire encore, c’est que les médias issus du monopole ne croient même pas devoir répondre à cette accusation des plus graves.

Voici la transcription partielle d’une entrevue diffusée le 8 mars 2010 sur la chaîne HBO entre Bill Maher et Sean Penn, acteur et producteur hollywoodien (voir vidéo ci-dessous). Cette partie de la transcription aborde le thème des mensonges propagés par les médias. On parle ici d’Hugo Chávez, mais le procédé est le même pour toutes les victimes de campagnes diffamatoires.

— MAHER : Son image médiatique [celle de Chávez] est celle d’un bouffon. Or, toi, tu es déjà allé au Venezuela. Tu le connais, tu lui as parlé. Pour ma part, tout ce que je connais d’Hugo Chávez, c’est ce que j’en lis dans les médias. Un dictateur qui s’est emparé de plusieurs branches du gouvernement et qui voudrait être président à vie. Qu’est-ce que tu connais de lui que je ne connais pas, et qui pourrait attendrir mes sentiments face à cet homme ?
— PENN : Je crois que si vous préférez que 20 % d’une population puisse réaliser ses rêves, avoir une identité et être entendue, si cela vous convient que seuls 20 % y aient accès plutôt que les 80 % à qui Hugo Chávez en a offert la possibilité, alors vous pouvez le critiquer. Vous savez, il y a beaucoup de questions complexes qui dépendent strictement de notre point de vue. Ici, aux États-Unis, nous avons beaucoup de difficulté à concevoir ce qu’a pu être l’histoire du Venezuela, de l’Amérique latine et de bien d’autres endroits. Nous sommes très mono-culturels. De plus, nous sommes aveuglés par les médias. Par exemple, dans le cas d’Hugo Chávez. Selon vous, qui, aux États-Unis, pourrait se targuer d’avoir été élu démocratiquement à la suite de quatorze des élections les plus transparentes au monde, comme l’a été Hugo Chávez ? […] Le projet de collaboration en Haïti [avec Cuba et le Venezuela], lorsque l’on parle d’Hugo Chávez et d’autres personnalités que l’on représente comme des démons […] Parce que tous les jours, ce leader élu se fait appeler « dictateur » ici, et l’on acquiesce comme si de rien n’était ! Et l’on continue d’acquiescer. […]
— MAHER : Je dois me déplacer – vers le panel.
— PENN : Désolé.
— MAHER : Non, car nous allons vous réinviter un jour, que Chávez soit ou non un dictateur.

À l’écoute de cette émission, j’ai pu constater sans peine que Maher était profondément troublé par le commentaire de Penn. Une image vaut parfois mille mots. Ici, ceux-ci en disaient aussi long que les images. Maher a changé le sujet, prétextant qu’il devait passer la parole à un membre du panel. Or, ce n’était pas vrai. Il a simplement contourné le commentaire de Penn tout en échangeant quelques blagues avec lui. Il a affirmé qu’il allait le réinviter à son émission, « que Chávez soit ou non un dictateur ». Néanmoins, ce n’est pas de cela que Penn parlait. En effet, celui-ci a plutôt rejeté les accusations portées contre Chávez en se contentant d’établir les faits selon le critère employé par la frange dirigeante états-unienne elle-même, c’est-à-dire la victoire électorale. La question était et demeure donc la suivante : comment se fait-il que les médias issus du monopole puissent mentir impunément ? Comment peuvent-ils répéter des faussetés et s’en tirer à bon compte, tandis qu’aucune mesure n’est mise en place contre ceux qui pratiquent ce qu’on appelle le journalisme jaune ?

À la lumière de ce droit au mensonge autoproclamé, regardons de plus près les quatre points soulevés plus haut.

D’abord, les prisonniers en question n’ont pas subi leur procès ni été condamnés parce que leurs convictions politiques s’opposent à celles prônées par le système cubain. Cuba, comme la plupart des pays de l’hémisphère Nord, dispose de lois qui interdisent aux individus de collaborer avec une puissance étrangère au détriment de leur propre peuple. Considérons le cas des États-Unis à travers l’exemple suivant : le Bureau de contrôle des capitaux étrangers (Office of Foreign Assets Control, OFAC) est un organisme issu du département du Trésor et tire son autorité, entre autres, du Trading with the Enemy Act (loi sur le commerce avec l’ennemi). Chaque année, le président états-unien signe un mémorandum de prorogation à la Loi sur le commerce avec l’ennemi telle qu’elle s’applique au blocus des États-Unis contre Cuba. Par exemple, Obama l’a fait le 11 septembre 2009. Ainsi, non seulement en termes juridiques mais dans la réalité bien concrète, les États-Unis mènent une guerre non-déclarée contre Cuba afin d’en modifier le système politique. Selon le code pénal états-unien, article 115 intitulé « Trahison, sédition et subversion », la section 2381 stipule que tout citoyen états-unien qui « s’associe à ses ennemis [des États-Unis], en leur fournissant une aide et un soutien aux États-Unis ou ailleurs, est coupable de trahison et passible de peine de mort, ou d’une peine de prison supérieure à cinq ans et d’une amende supérieure à 10 000$. De plus, il lui sera interdit d’occuper une fonction officielle aux États-Unis. » En d’autres termes, un citoyen des États-Unis qui collabore avec un pays contre lequel ces derniers se considèrent en guerre afin d’appuyer cette puissance étrangère peut être condamné à mort.

Cuba, comme bien d’autres pays, dispose d’une législation semblable. En 2003, quelques citoyens cubains ayant subi été soumis à un procès équitable, ont été déclarés coupables et emprisonnés pour avoir travaillé en étroite collaboration avec la Section des intérêts des États-Unis à la Havane, laquelle leur avait fourni des fonds et du matériel afin de renverser les institutions constitutionnelles de l’île. Ces incidents ont été publiés et n’importe qui peut en vérifier l’exactitude.

Deuxièmement, Zapata a bel et bien subi un procès et été reconnu coupable, mais ce n’était aucunement pour des raisons politiques. Les médias de masse ne font que répéter ce dont ils veulent convaincre l’opinion publique. En réalité, depuis 1988, Zapata s’est adonné à toutes sortes d’activités criminelles, mais jamais rien de politique. À plusieurs reprises, il a été arrêté et reconnu coupable d’avoir troublé l’ordre public et par deux fois, d’avoir commis une fraude. Il est également coupable d’exhibitionnisme, de coups et blessures et de possession d’armes autres que des armes à feu. En 2000, il a fracturé le crâne d’un citoyen cubain et maintes fois fait preuve de violence contre les autorités carcérales pendant qu’il était emprisonné. Il a obtenu sa libération conditionnelle en mars 2003, onze jours avant que les soi-disant dissidents politiques ne soient arrêtés et qu’ils ne subissent leur procès. Le 20 mars 2003, il a commis un autre crime et fut à nouveau jeté en prison. Or, bien que ce dernier épisode soit tombé le même mois que le procès des soi-disant dissidents, il n’y est aucunement relié. Ce n’est qu’une coïncidence dont les dissidents et les États-Unis se sont servis pour présenter Zapata après coup comme un prisonnier politique. D’ailleurs, lors des très rares occasions où les médias de masse évoquent, ne serait-ce que vaguement, les déclarations de Cuba en ce qui a trait au véritable dossier criminel de Zapata, ils le font toujours dans des termes qui ridiculisent la crédibilité de la position cubaine, tout en omettant de fournir au public les renseignements cités plus haut, qui pourtant sont tous disponibles dans la presse de Cuba.

Troisièmement, Tamayo n’est pas mort en raison de la négligence ou de gestes délibérés de la part des autorités cubaines, ni médicales ni carcérales. Le 1er mars, un bulletin spécial présenté à la télévision cubaine lors des nouvelles quotidiennes exposait en détails les circonstances ayant conduit à sa mort. Cette vidéo circule toujours sur l’Internet pour les journalistes étrangers qui se soucient de véracité. Dans ce document, l’on peut voir des médecins, nutritionnistes et autres spécialistes cubains témoigner de leurs efforts pour sauver sa vie. Avec une grande rigueur scientifique, on y explique comment on l’a maintenu en vie à l’aide d’injections intraveineuses et autres méthodes. Néanmoins, lorsqu’un individu refuse de digérer sa nourriture, les organes vitaux amorcent un processus de détérioration irréversible qui conduit inévitablement à la mort, peu importe les efforts déployés pour sauver sa vie. Une psychologue a même témoigné de la façon dont elle avait essayé de le convaincre d’abandonner sa grève de la faim et d’adopter d’autres moyens pour faire entendre ses griefs. La vidéo montre également sa mère, qui affirme que son fils avait à ses côtés les meilleurs médecins cubains. Elle les a remerciés pour leur soutien. Enfin, un détail qu’il faut absolument prendre en compte : les déclarations de la mère furent enregistrées lors d’une discussion spontanée, sans qu’elle ne sache qu’elle était filmée. Voilà qui élimine tout soupçon voulant qu’elle ait fait ses déclarations sous la pression des autorités. Bien sûr, par la suite, elle a blâmé les Cubains pour la mort de son fils. Mais ce n’est là qu’un témoignage supplémentaire de la façon dont elle et Zapata furent manipulés par des forces politiques, et non une condamnation du traitement subi par le prisonnier.

Qui croire ? Pourquoi ne pas montrer la vidéo et permettre au public d’en tirer ses propres conclusions plutôt que de réitérer le même mensonge ? Pour ma part, après plusieurs visionnements du bulletin de nouvelles initial et de la vidéo diffusée sur Internet, j’ai constaté que les termes utilisés, les explications et le style des spécialistes cubains n’étaient rien d’autre que le prolongement d’un des attributs les plus remarquables de cette société et de sa culture politique. N’importe quel documentaliste ou journaliste non-Cubain qui travaille sur place et s’intéresse sérieusement à Cuba aura compris que cette nation est profondément humanitaire, et que l’être humain et la vie elle-même y sont tenus en très haute estime. L’humanité y est sacrée, et les valeurs qui s’y rattachent touchent tous les citoyens cubains sans aucune discrimination. Les commentaires et la sincérité démontrée par les spécialistes cubains représentent bien la vie quotidienne au pays. Et pour ceux d’entre nous qui la connaissent, le témoignage présenté à la télévision est tout à fait normal et naturel pour la société cubaine et ce, en toutes circonstances.

Néanmoins, il est important pour les médias de masse à la solde de l’oligarchie de garder cet aspect de la société cubaine à l’abri de l’opinion publique afin de pouvoir manipuler la situation à leur avantage lorsque les circonstances l’exigent. Ainsi, tandis que tous les yeux étaient rivés sur Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier, les médias états-uniens, qui sont restés sur place 24 heures par jour pendant plusieurs semaines, ont réussi à trouver le moyen de cacher au public que des professionnels de la santé et autres spécialistes cubains travaillaient en Haïti depuis plus de onze ans, de la façon la plus désintéressée qui soit. D’ailleurs, à partir du 12 janvier, ces travailleurs ont non seulement continué d’offrir leur soutien mais l’ont même augmenté. Sean Penn a eu le courage d’en parler pendant l’entrevue. On s’imagine donc difficilement comment les journalistes états-uniens, qui disposaient pourtant de moyens à la fine pointe de la haute technologie, sont parvenus à ne jamais rencontrer un seul médecin ou spécialiste de la santé cubaine après tout le temps qu’ils ont passé en Haïti. On ne comprend pas non plus comment ils ont fait pour ne jamais croiser un seul des milliers d’Haïtiens ayant reçu des soins offerts par les missions médicales cubaines au cours des onze dernières années et pendant les semaines après le tremblement de terre. Cette omission est tout à fait délibérée car lorsque l’occasion se présente (comme actuellement dans le cas de la mort de Zapata et des événements qui en ont découlé), elle permet de convaincre plus facilement l’opinion publique du mensonge selon lequel les fonctionnaires médicaux et le système de santé cubains peuvent être impitoyables. Bien sûr, il est indéniable que des situations comme celle qui concerne Zapata n’ont rien à voir avec l’exemple haïtien cité plus haut. Néanmoins, lorsqu’une société tout entière ainsi qu’une profession comme la profession médicale se fondent sur l’humanité des individus et sur la préservation de la vie humaine, le principe s’applique à tous. Aucune exception n’est possible et ce, sous aucune considération.

Cuba est une société qui s’exerce à la patience et à l’éducation depuis plus de cinq décennies afin de tout mettre en œuvre pour réparer quelque tort que ce soit et régler ses problèmes. Que ce soit au niveau des CDR de quartier (Comités de Defensa de la Revolución), dans les assemblées municipales et les délibérations au sein des conseils populaires, dans les organes gouvernementaux les plus directement et intimement liés aux citoyens des quartiers ainsi que dans les centres de production et de services, ou encore pendant les sessions où les élus rendent des comptes à leurs électeurs, lors des discussions et consultations des commissions parlementaires ou dans les commissions de travail permanentes du parlement, au sein des centres de travail, tous les problèmes sociaux sont traités sous le signe de la patience, de la compréhension et de l’éducation, lesquelles constituent une part fondamentale de l’autocritique initiée par le système lui-même. Qu’il s’agisse des problèmes à régler au quotidien, ou même d’une violation mineure de la loi ou encore d’une infraction plus sérieuse, comme des crimes impliquant des individus ou de petits groupes, il est tout à fait remarquable de constater de visu la patience dont les Cubains font preuve, utilisant toujours l’éducation comme principal moyen de changer les comportements qui affectent la société. Dans ce contexte, le contenu de la vidéo cubaine où les professionnels de la santé affirment avoir tout fait pour sauver la vie de Zapata me semble tout à fait normal et plausible. C’est ainsi que se font les choses à Cuba.

Ce n’est pas par hasard si l’administration Bush a brusquement interrompu la plupart des visites éducatives à Cuba. En effet, une majorité écrasante des jeunes et de leurs professeurs cessaient immanquablement d’être dupes des mensonges des médias de masse et constataient à tout le moins cette réalité : Cuba est une société pacifique fondée sur la valeur de l’être humain, ce qui transcende toute autre considération puisque cette réalité demeure la même en toutes circonstances. C’est ainsi que les étudiants rentraient aux États-Unis avec une vision de Cuba située à l’extrême opposé de ce qu’en disent les médias de masse.

Le quatrième mensonge qui circule actuellement concerne les Damas de Blanco. On affirme qu’elles ont été harcelées par les citoyens puis violemment agressées par les autorités cubaines pendant leur manifestation du 18 mars à la Havane. Qui sont donc les Damas de Blanco et quelle est leur importance ? Depuis 1960, le gouvernement états-unien soutien officiellement l’implantation de « groupes d’opposition » à Cuba, lesquels entretiennent des liens étroits avec les États-Unis. Or, dernièrement, dans le document de juillet 2006 intitulé Commission d’assistance à un Cuba libre [4], on réitère que ces groupes nécessitent « des programmes bien financés pour les rendre plus opérants » et on souligne le besoin « d’arriver à un consensus international en faveur de ces groupes » (page 16). Plusieurs personnes et de nombreux groupements sont cités dans ce rapport : l’un d’eux est le Damas de Blanco. L’un des individus ayant très clairement reçu l’aval états-unien il y a près de quatre ans est Guillermo Fariña. À l’époque, selon le document en question, il « avait entrepris une grève de la faim de longue durée » (page 19). Aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, il a entrepris une autre et se fait manipuler de la même façon que Zapata l’a été et l’est encore aujourd’hui.

Lorsque l’on parle de médias de masse, cela inclut You Tube ainsi que les rapports sur les derniers incidents concernant les Damas de Blanco. You Tube reflète la couverture médiatique biaisée et mensongère dont il est question dans cet article. Fabriquée à partir d’un montage d’extraits vidéo, d’images figées dont on ne sait si elles sont reliées avec les événements cités et de descriptions verbales à propos de confrontations, la vidéo fut ensuite montée de manière à donner une impression de violence. Néanmoins, il est possible de visionner la vidéo intégrale et sans montage qui fut présentée à travers le monde à la télévision, tout en ignorant le commentaire audio qui affirme à plusieurs reprises que les partisans pro-Cuba ont fait usage de violence à l’encontre des Damas de Blanco et que la police les a détenus brutalement. En réalité, même si les opposants aux Damas étaient absolument furieux et qu’ils hurlaient leur soutien à la Révolution, en aucun cas ils n’ont fait usage de violence. De la même manière, les policières qui ont fait monter les Damas dans des autobus de la ville pour ensuite les reconduire chez elles n’ont jamais violenté celles qui n’avaient pas été arrêtées. Même si les États-Unis reconnaissent et promeuvent officiellement les Damas de Blanco comme étant un véritable « groupe d’opposition » et que leurs liens avec eux sont d’une évidence irréfutable, jamais les autorités n’ont usé de violence à leur égard. Affirmer le contraire est un mensonge. Et le répéter dans l’espoir qu’on en vienne à le considérer comme une vérité est le genre d’hypocrisie que dénonçait Sean Penn lorsqu’il parlait de l’accusation répétée par les médias de masse à l’endroit d’Hugo Chávez, à l’effet qu’il s’agirait d’un dictateur.

Ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés suite à leur procès, en 2003, ainsi que leurs défenseurs – dont les Damas de Blanco – ne sont pas en conflit avec le gouvernement cubain ni avec les gens qui descendent immanquablement dans la rue pour combattre ces petits groupes et défendre la Révolution, à cause des opinions politiques des « dissidents ». Le problème, c’est qu’ils collaborent avec une puissance étrangère (les États-Unis) au détriment de leur propre peuple et de leur propre pays. Actuellement à Cuba, et plus que jamais auparavant, les discussions ainsi que les débats en profondeur et à grande échelle vont bon train, que ce soit dans les médias, les familles, les quartiers, les organisations de masse ou les différents niveaux de pouvoir populaire. On discute ouvertement des opinions contraires concernant les mesures qui devraient être prises afin d’améliorer le système socio-économique cubain. Par exemple, il peut s’agir de mesures pour donner plus pouvoir aux représentants élus ainsi qu’aux fonctionnaires œuvrant dans les organes de l’État et du gouvernement, pour régler les problèmes de corruption (qu’on ne peut aucunement comparer à ceux auxquels sont confrontés les pays capitalistes, que ce soit en termes de l’ampleur ou de la nature des actes reprochés), de production et distribution de nourriture et de marchandises nécessaires à la population. Or, ces délibérations n’ont pas pour but de remplacer le système socialiste actuel par un système capitaliste, ni de faire de Cuba un satellite des États-Unis comme c’était le cas avant la Révolution. Les « groupes d’opposition » se sont volontairement exclus de cet important débat qui n’est pas dirigé contre le système actuel, lequel fut établi de manière constitutionnelle. Au contraire, ces discussions sont même encouragées par le leadership historique révolutionnaire qui désire sincèrement voir le peuple participer de plus en plus étroitement au perfectionnement de son propre système. Par conséquent, la position tout à fait marginale de « l’opposition » ou des soi-disant « dissidents » par rapport à la société cubaine en général n’est pas la faute du système cubain, pas plus qu’elle n’en révèle un vice qui devrait être éliminé. Les « groupes d’opposition » sont les seuls responsables de leur isolement total. Si ce n’était des campagnes médiatiques, des fonds états-uniens et des autres appuis qu’ils reçoivent, les « dissidents » ne mériteraient pas une seule minute d’antenne en ce qu’ils n’affectent aucunement la vie politique cubaine à quelque niveau que ce soit.

Les soi-disant dissidents cubains, qui sont complètement isolés, insignifiants et marginaux dans la société et la vie politique cubaines, sont des traîtres à la nation tout comme leurs homologues de Miami. Et les traîtres sont imprévisibles. Ils n’obéissent qu’à leurs propres intérêts et à leur mentalité opportuniste. Ils peuvent être à la solde de n’importe qui puisque c’est ainsi qu’ils gagnent leur vie. Les traîtres, par nature, sont capables de vendre leur âme. Les peuples d’Europe et des États-Unis, qui n’obtiendraient que des bénéfices d’un meilleur rapport avec Cuba, devraient se demander s’il est possible que Washington, Bruxelles et les médias à leur solde aient créé un monstre qui, en plus de leur échapper, est au service l’extrême-droite. Ces individus gagnent leur vie dans l’unique but de créer des tensions entre Cuba et le tandem Europe/États-Unis. Et ces tensions, par essence, entravent les relations normales qu’entretiennent les nations entre elles. Pour sa part, le président Obama devrait se servir de son intelligence afin de dévoiler les intentions de l’extrême-droite qui cherche à saboter son initiative pour améliorer les relations entre les deux pays. Dans ce contexte, les journalistes sérieux, les parlementaires sincères et ouverts d’esprit, les personnalités politiques, les leaders syndicaux et les intellectuels ne devraient-ils pas être conscients de toute cette duperie ?

Comment se fait-il que Cuba soit actuellement victime d’une autre campagne médiatique et des pressions de Washington et de Bruxelles ? Il y a plusieurs explications. L’une d’entre elles est peut-être le fait que la rencontre des 22 et 23 février 2010, réunissant tous les États de l’hémisphère sauf le Canada et les États-Unis, ait débouché sur un accord pour établir une organisation régionale favorisant l’intégration économique, politique et culturelle. Il s’agit d’un événement historique. Tout le monde sait que dès 1959, Cuba a été l’initiateur et sert encore aujourd’hui de base politique et morale pour la coopération régionale, en dépit de conditions des plus défavorables. Les États-Unis et la vieille Europe n’ont jamais pardonné à Cuba d’avoir pris cette initiative il y a plus de cinquante ans. Ils n’ont jamais admis que Cuba refuse de suivre la voie de la capitulation aux mains des Occidentaux comme l’ont fait l’ex-URSS et l’Europe de l’Est. Défendre Cuba et sa Révolution aujourd’hui signifie défendre toute l’Amérique latine et les Caraïbes dans leur noble initiative d’intégration. La mort de Zapata a eu lieu à un moment des plus opportuns. De plus, sa manipulation par l’Union européenne, ses médias de masse et ceux de l’Amérique du nord sert admirablement la tentative de renverser la nouvelle tendance régionale en attaquant son inspiration première et sa plus prestigieuse : Cuba. Dans le document de 2006 cité plus haut, on peut lire que les États-Unis sont préoccupés par « l’axe » Cuba-Venezuela en ces termes : « Ensemble, ces deux pays encouragent une tendance alternative rétrograde et anti-états-unienne pour l’avenir de l’hémisphère, laquelle trouve une résonance […] dans la région […] » (page 24). Dans ce contexte, les États-Unis affichent clairement leurs visées pour organiser, maintenir et promouvoir leurs propres groupes et initiatives individuelles voués à l’opposition cubaine.

Mais Cuba n’est pas seule. Au contraire, car malgré toutes les tentatives pour l’isoler depuis plus de cinquante ans, le pays n’a jamais occupé une place aussi centrale dans la politique régionale et mondiale. Cette dernière campagne médiatique, qui repose sur des mensonges et sur la distorsion du réel, n’aura d’autres conséquences que d’éveiller la conscience politique des peuples du monde pour leur démontrer comment fonctionnent les médias de masse à la solde de l’oligarchie, c’est-à-dire par le mensonge et la manipulation.

 Arnold August
Auteur, journaliste et conférencier spécialiste de Cuba. Livre Democracy in Cuba and the 1997-98 Elections. Chapitre « Socialism and Elections » du livre Cuban Socialism in a New Century : Adversity, Survival, and Renewal, (University Press of Florida, 2004) édité par les professeurs Max Azicri et Elsie Deal. Prochain volume Cuba : démocratie participative et élections au XXIème siècle (automne 2010 en français, anglais, et espagnol). Membre de la Latin American Studies

Association (LASA).

[1] « Les mercenaires cubains de la Maison-Blanche », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 27 septembre 2009.

[2] « Le suicide d’Orlando Zapata Tamayo », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 1er mars 2010.

[3] « Les « Dames en blanc » de Cuba », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 1er juin 2008.

[4] « Le nouveau plan de Bush pour renverser les institutions cubaines », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 2 août 2006. On pourra télécharger sur cette page le rapport cité.

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Le suicide d’Orlando Zapata Tamayo

Posted by sylvainguillemette sur 4 mars, 2010

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Orlando Zapata Tamayo

La presse et les chancelleries occidentales se sont indignées du suicide en prison d’Orlando Zapata Tamayo, présenté comme une victime la « dictature cubaine ». Or, ce drame humain n’a pas le sens qu’on lui attribue : Zapata n’a jamais eu d’activité politique.
Une fois de plus, observe Salim Lamrani, la propagande déforme des faits et les instrumente pour justifier a posteriori l’hostilité de Washington vis-à-vis de Cuba.

Le 23 février 2010, Orlando Zapata Tamayo, détenu cubain, est décédé après avoir observé une grève de la faim durant 83 jours. Il était âgé de 42 ans. C’est la première fois depuis 1972 avec la mort de Pedro Luis Boitel qu’un détenu décède en détention dans ces conditions. Ce tragique évènement a fait la une des médias occidentaux qui ont souligné le triste sort des personnes détenues en prison à Cuba [1].

La disparition dramatique de Zapata a déclenché un émoi justifié à travers le monde. Le cas du détenu cubain suscite indéniablement une certaine sympathie et un sentiment de solidarité à l’égard d’une personne qui a exprimé son désarroi et son mal-être en prison en menant sa grève de la fin jusqu’au bout. L’émotion sincère qu’a suscitée cette affaire est tout à fait respectable. En revanche, l’instrumentalisation à des fins politiques du décès de Tamayo et de la douleur ressentie par sa famille et ses proches, faite par les médias occidentaux, foule au pied les principes de base de la déontologie journaliste.

Zapata, prisonnier politique ou détenu de droit commun ?

Depuis 2004, Amnesty International (AI) le considère comme un « prisonnier de conscience », parmi les 55 qu’il a recensés à Cuba, et note que Zapata avait entrepris une grève de la faim pour dénoncer ses conditions de détention, mais également pour exiger des choses impossible à obtenir pour un détenu, à savoir une télévision, une cuisine personnelle et un téléphone portable pour joindre sa famille [2]. Sans être Lucifer en personne, Zapata n’était point un prisonnier modèle. En effet, selon les autorités cubaines, il s’était rendu coupable de plusieurs actes de violence en détention, notamment à l’encontre les gardiens, à tel point que sa peine avait été portée à 25 ans de prison [3].

Curieusement, AI ne mentionne à aucun moment les prétendues activités politiques qui auraient conduit Zapata en prison. La raison est relativement simple : Zapata n’a jamais eu d’activités politiques anti-gouvernementales avant son incarcération. Au contraire, l’organisation reconnaît qu’il a été condamné en mai 2004 à trois ans de prison pour « outrage à agent de la force publique, trouble à l’ordre public et rébellion à agent de la force publique [4] ». Cette peine est relativement légère comparée à celles des 75 opposants condamnés en mars 2003 à des peines allant jusqu’à 28 ans de prison « pour avoir reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba [5] », comme le reconnaît AI, ce qui constitue un grave délit à Cuba mais également dans n’importe quel autre pays du monde. Là, AI n’échappe pas à une évidente contradiction : d’un côté, elle qualifie ces personnes de « prisonniers d’opinion » et, de l’autre, elle admet qu’elles ont commis un grave délit en acceptant « des fonds ou du matériel du gouvernement américain ».

Contrairement à ces derniers, Zapata n’a jamais été accusé par le gouvernement de La Havane d’être stipendié par une puissance étrangère et l’a toujours considéré comme étant un détenu de droit commun. Zatapa disposait d’un lourd passé judiciaire. En effet, depuis juin 1990, il avait été arrêté et condamné à plusieurs reprises pour « troubles à l’ordre public, dégradations, rébellion à agent de la force publique, escroquerie, exhibitionnisme, voies de fait et détention illégale d’armes de 6° catégorie ». En 2000, il avait fracturé le crâne du citoyen Leonardo Simón d’un coup de machette. Son casier judiciaire ne comporte aucun délit d’ordre politique. Ce n’est qu’après son incarcération de 2004 que sa mère Reyna Luisa Tamayo s’est rapprochée des groupes d’opposants au gouvernement, mais elle n’a jamais été inquiétée par la justice [6].

Emoi à géométrie variable ?

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont fait part de leur consternation et ont exigé la « libération des prisonniers politiques ». « Nous sommes profondément choqués par sa mort », a déclaré la secrétaire d’Etat Hillary Clinton qui a dénoncé « l’oppression des prisonniers politiques à Cuba ». Bruxelles s’est également exprimé en ce sens et a exigé « la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques ». La France a annoncé qu’elle « suivait sa situation de près et avait demandé sa libération, ainsi que celle d’autres détenus dont l’état de santé lui semblait particulièrement préoccupant [7] », par le biais du porte-parole de la Chancellerie, Bernard Valero.

Le président cubain Raúl Castro a fait part de ses « regrets » et a rappelé, en guise de réponse à l’émoi intéressé de Washington et de Bruxelles, « qu’en un demi-siècle personne n’avait été assassiné ou torturé pour des raisons politiques à Cuba » à l’exception de « la base navale de Guantanamo », en référence au centre de torture sous administration états-unienne. « Washington affirme être prêt à discuter avec nous et nous le sommes également, à propos de tous les sujets qu’ils voudront, je l’ai répété trois fois au parlement, tous les sujets. Mais nous n’acceptons les discussions qu’en cas d’absolue égalité entre les parties. Ils peuvent enquêter et poser toutes les questions sur Cuba, mais nous avons alors également le droit de poser des questions sur tous les problèmes des Etats-Unis [8] ».

Le président brésilien Lula da Silva, alors en visite à Cuba, a également fait part de ses regrets mais a tenu à souligner la double morale des médias occidentaux, de Washington et de Bruxelles en rappelant une triste réalité. « Je suis au courant de pratiquement toutes les grèves de la faim qui ont eu lieu au cours des 25 dernières années à travers le monde et il y en a eu beaucoup où des personnes en grève de la faim sont décédées dans plusieurs pays du monde [9] ». L’immense majorité de ces cas tragiques ont été ignorés par les médias et absolument aucun n’a disposé d’une couverture aussi importante que celle réservé au détenu cubain.

En guise de comparaison, en France, du 1er janvier 2010 au 24 février 2010, on ne compte pas moins de 22 suicides en prison, dont un jeune adolescent de 16 ans. En 2009, il y a eu 122 suicides dans les prisons françaises et 115 en 2008. Le secrétaire d’Etat à la Justice, Jean-Marie Bockel, a fait part de son impuissance à ce sujet : « Lorsque quelqu’un a décidé de mettre fin à ses jours et qu’il est très déterminé à le faire, qu’il soit en liberté ou en prison, […] aucune mesure ne l’empêchera ». A leur grand regret, les familles des victimes françaises n’ont pas eu droit au même traitement médiatique que Zapata, ni à une déclaration officielle publique du gouvernement français [10].

Le cas de Zapata est à mettre également en perspective avec deux autres faits bien plus graves mais qui ont délibérément été ignorés par les médias occidentaux, et qui illustrent clairement comment un fait divers, qui passerait inaperçu dans la plupart des pays du monde, est instrumentalisé et politisé dès lors qu’il s’agit de Cuba.

Depuis le coup d’Etat au Honduras et l’instauration de la dictature militaire le 27 juin 2009 dirigée dans un premier temps par Roberto Micheletti et ensuite par Porfirio Lobo depuis le 28 janvier 2010, plus d’une centaine d’assassinat, autant de cas de disparition et d’innombrables actes de torture et de violence ont été rapportés. Les exactions sont quotidiennes mais elles sont soigneusement censurées par les médias occidentaux. Ainsi, Claudia Larissa Brizuela, membre du Front national de résistance populaire (FNRP) opposé au coup d’Etat, a été assassinée le 24 février 2010, le lendemain du décès de Zapata. Il n’y a pas eu un mot à ce sujet dans la presse occidentale [11]. Un autre cas semblable illustre également la duplicité des médias occidentaux. En décembre 2009, à La Macarena en Colombie, le plus grand charnier de l’histoire de l’Amérique latine a été découvert. Pas moins de 2 000 corps étaient enterrés dans une fosse commune et selon les témoignages recueillis par des eurodéputés britanniques présents sur place, il s’agirait de syndicalistes et leaders paysans assassinés par les paramilitaires et les forces spéciales de l’armée colombienne. Le juriste Jairo Ramírez, secrétaire du Comité permanent pour la défense des droits de l’homme en Colombie, a décrit la scène effroyable : « Ce que nous avons vu donnait froid dans le dos. Une infinité de corps, et à la surface des centaines de plaques de bois de couleurs blanche avec l’inscription NN et des dates qui vont de 2005 à aujourd’hui. Le commandant de l’armée nous a dit qu’il s’agissait de guerrilleros morts au combat, mais les gens de la régions nous parle d’une multitude de leaders sociaux, paysans et défenseurs communautaires qui ont disparu sans laisser de trace ». Malgré les multiples témoignages et la présence de parlementaires européens, malgré le départ d’une délégation parlementaire espagnole sur place pour effectuer une enquête, rares sont les médias occidentaux qui ont accordé un espace à cette information [12].

Le suicide d’Orlando Zapata Tamayo est une tragédie et la douleur de sa mère doit être respectée. Mais il est des gens qui n’ont pas de scrupules. Les médias occidentaux, Washington et l’Union européenne n’ont que faire de la mort de ce dernier, comme ils n’ont que faire des morts honduriens et colombiens quotidiens. Zapata ne leur est utile que pour la guerre médiatique qu’ils mènent contre le gouvernement de La Havane. Quand l’idéologie prend le pas sur l’objectivité informationnelle, la vérité et l’éthique en sont les premières victimes.

Salim Lamrani


 

[1] Juan O. Tamayo, « Muere el preso político cubano Orlando Zapata », El Nuevo Herald, 24 février 2010.

[2] Amnesty International, « Death of Cuban Prisonner of Conscience on Hunger Strike Must Herald Change », 24 février 2010.

[3] Enrique Ubieta, « Orlando Zapata, ¿un muerto útil ? », Cuba Debate, 24 février 2010.

[4] Ibid.

[5] Amnesty International, « Cuba. Cinq années de trop, le nouveau gouvernement doit libérer les dissidents emprisonnés », 18 mars 2008.

[6] Andrea Rodriguez, « Prensa oficial reacciona a muerte de opositor », The Associated Press, 27 février 2010.

[7] El Nuevo Herald, « Rechazo mundial al régimen castrista », 25 février 2010.

[8] Raúl Castro Ruz, « Declaraciones del Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros Raúl Castro Ruz sobre el fallecimiento del recluso Orlando Zapata Tamayo », 24 février 2010.

[9] The Associated Press, « Washington Post cuestiona política de concesiones a Cuba », 26 février 2010.

[10] Charlotte Menegaux, « Les limites du ‘kit anti-suicide’ en prison », Le Figaro, 25 février 2010.

[11] Maurice Lemoine, « Selon que vous serez Cubain ou Colombien…  », Le Monde Diplomatique, 26 février 2010.

[12] Antonio Albiñana, « Aparece en Colombia una fosa común con 2.000 cadáveres », Público.es, 26 janvier 2010.

http://voltairenet.org/article164267.html

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